Le Syndicat Agricole 18 janvier 2017 à 13h00 | Par Le syndicat agricole

Vincent Peillon : « La France doit jouer un rôle central dans les orientations de la future PAC »

Après avoir traité la primaire de la droite et du centre, les candidats à la primaire de la gauche s'expriment à leur tour sur les orientations agricoles de leurs programmes.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Vincent Peillon
Vincent Peillon - © Parlement européen

Le député européen Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale de 2012 à 2014, développe ses principales mesures en faveur de l’agriculture française, comme le maintien du budget PAC, l’instauration de mécanismes de régulation et l’accompagnement des agriculteurs vers des modèles plus durables, notamment via la recherche et la vulgarisation des nouvelles techniques.

Quelle place accorder à l’agriculture française dans une société urbaine et de plus en plus déconnectée de l’agriculture ?
La question agricole ne se limite pas à l’économie. C’est une question politique qui renvoie à notre manière de vivre, à notre histoire, à notre santé, à notre lien avec la nature, avec notre environnement. L’agriculture, c’est d’abord et avant tout un choix de société. À ce titre, il est essentiel de reconnecter les citoyens avec l’agriculture. Réciproquement, celle-ci doit pouvoir mieux répondre aux attentes de la société. Premièrement, en termes d’alimentation, dont c’est la première vocation, par le développement de produits de qualité, accessibles au plus grand nombre. Deuxièmement, en termes d’environnement : l’agriculture a un rôle à jouer dans la préservation des écosystèmes. De ce point de vue, l’agriculture peut apporter une contribution positive dans la lutte contre le changement climatique. Enfin, elle a une fonction territoriale et économique fondamentale : elle permet de maintenir des territoires ruraux vivants, essentiels pour le monde urbain.

Vous êtes député européen et connaissez les rouages de l’Union européenne. Comment comptez-vous orienter la PAC 2020 pour mieux protéger les agriculteurs français ?
La PAC actuelle ne satisfait ni les agriculteurs, ni les citoyens qui sont également contribuables. Les réformes de la PAC engagées depuis les années 90 ont laissé le libre cours au seul marché, dévastateur pour les agriculteurs, l’emploi, l’économie des territoires et dangereux pour notre santé et notre sécurité alimentaire. La PAC doit être refondée. Cela passe par un changement de modèle de développement de l’agriculture, qui doit être plus durable et fondé sur la reconquête du marché européen, la qualité alimentaire, les circuits d’approvisionnement locaux, en se basant principalement sur les petites et moyennes exploitations familiales, plus créatrices de richesse et d’emplois sur les territoires. Le Parlement européen a déjà fait un certain nombre de propositions allant dans ce sens. La France aura aussi son mot à dire dans tout le travail préparatoire de la réforme à venir que la Commission va très prochainement lancer. Je veillerai personnellement à ce que la France, premier producteur agricole de l’UE, joue un rôle central dans les orientations de la future réforme de la PAC en maintenant son niveau budgétaire. L’objectif principal, selon moi, est de réintroduire des mécanismes de régulation des marchés, de créer des instruments de gestion des risques afin de lutter contre la très grande volatilité des prix sur les marchés. Par ailleurs, il s’agira de concentrer davantage les aides directes publiques vers les petites et moyennes exploitations, de favoriser toutes les formes d’agriculture durable et d’être attentif au renouvellement des générations. La transition écologique est une nécessité.

Comment les agriculteurs peuvent-ils y participer ?
Il faut arrêter de voir l’agriculture comme un problème pour l’environnement. L’agriculture constitue, au contraire, l’une des solutions au défi de l’environnement et du réchauffement climatique. L'émergence d'une société de la transition écologique, solidaire et innovante, est une nécessité. Il faut accompagner l’agriculture dans sa mutation vers de nouveaux modèles de développement plus durable. Des efforts ont déjà été entrepris par les agriculteurs mais il faudra aller plus loin en s’appuyant sur les savoir-faire et les expériences innovantes. Ainsi, je mobiliserai des moyens supplémentaires pour favoriser la vulgarisation, la formation et la recherche, afin de donner l’opportunité aux agriculteurs d’améliorer le stockage du carbone, de réduire les gaz à effet de serre et d’opérer la transition vers une agriculture biologique et durable. Il s’agira également de soutenir toutes les formes d’organisation collective qui permettront aux agriculteurs d’entrer dans un nouveau modèle de développement.

Vous souhaitez encourager les conversions à l’agriculture biologique. Plus largement, quelles orientations sont à privilégier, en matière de modèles agricoles ?
L’agriculture biologique est en pleine expansion. Pour répondre à une demande croissante des consommateurs, il est fondamental d’accompagner ce développement par un soutien direct aux producteurs et aux investissements. La conversion et la structuration de la filière sera une de mes priorités si je suis élu. Je m’engage à soutenir les circuits d’approvisionnement locaux et les circuits courts en privilégiant l’agriculture biologique et en dépassant les 20 % de produits biologiques dans les restaurations collectives publiques d’ici 2022. D’autre part, je souhaite renforcer les bonnes pratiques et l’éducation en faveur d’une alimentation plus saine et de qualité, notamment auprès des jeunes. Enfin, je propose d'appliquer une TVA à taux réduit sur les produits bio. Cela permettra à la fois de développer ce secteur et de démocratiser l’accès du bio à toutes les couches de la société.

Comment l’éducation et l’enseignement peuvent-ils contribuer à ces évolutions ?
Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que l’enseignement est un atout indispensable à la mise en œuvre de ces évolutions. Nous disposons dans notre pays d’un enseignement technique agricole de qualité dont les contenus des formations de base et continues doivent être adaptés en permanence à ces évolutions. En complément de ces efforts en faveur de l’enseignement, il importe de donner des moyens supplémentaires à la recherche pour favoriser une agriculture durable et de qualité.

Vous avez été député de la Somme pendant de nombreuses années, quel projet portez-vous pour les territoires ruraux, qui se sentent de plus en plus délaissés par les politiques à tous les niveaux ?
Je veux mettre en place une véritable politique des territoires ruraux, en complémentarité de la politique de la ville. Nous devons arrêter d’opposer l’urbain et le rural et favoriser une plus grande solidarité entre les territoires. Cette politique rurale devra mobiliser l’ensemble des acteurs pour valoriser les potentiels des territoires ruraux autour de projets structurants. À cette fin, il est indispensable de garantir partout la présence des services publics. C’est pour cela que je fais la proposition essentielle d’un droit opposable au maintien des services publics sur l’ensemble du territoire. L’égalité devant l’accès au haut-débit sera une de mes priorités. Je soutiendrai enfin l'ingénierie territoriale et généraliserai les « contrats de ruralité ».

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3703 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3703 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui