Le Syndicat Agricole 10 octobre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Vin - La bulle belge a la baraka

À la frontière franco-belge, le village de Haulchin vit au rythme des vendanges. Découverte d’un vignoble wallon.

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Le domaine des Agaises sur la colline surplombant Haulchin (Belgique).
Le domaine des Agaises sur la colline surplombant Haulchin (Belgique). - © DR

Une colline avec des vignes à perte de vue et des tracteurs enjambeurs sur les voies de campagne : l’entrée dans la province de Hainaut, pourtant au cœur du « plat pays », s’apparenterait plutôt à la célèbre route des vins d’Alsace tant le décor y est semblable. À Haulchin (Belgique), à seulement 3 km de la frontière française, non loin de Maubeuge, s’étend le plus vaste vignoble belge. La famille Leroy y cultive 18 ha de raisin destinés à la fabrication de la cuvée « Seigneur Ruffus », un vin effervescent en méthode traditionnelle.


Un pari fou mais mûrement réfléchi
Depuis une semaine, les vendangeuses automotrices remontent sans relâche les coteaux du domaine des Agaises, remplissant leur trémie dès l’aurore. Ce sont les 10e véritables vendanges pour Raymond Leroy qui a lui-même planté les premiers pieds de vigne sur cette terre wallone. « Depuis cinq générations, la Maison Leroy-Prévôt est dans le négoce de vin à Binche, explique-t-il. Afin de reprendre les rênes de l’entreprise familiale, je suis parti étudier l’œnologie à l’École nationale supérieure agronomique de Montpellier. C’est là que j’ai véritablement découvert le métier de vigneron ». À son retour au pays en 1982, Raymond Leroy ne peut s’empêcher de planter 800 pieds de Pinot noir dans sa propriété de Faurœulx. « Je voulais créer mon propre produit et repiquer une grande parcelle, mais aucun agriculteur du secteur ne souhaitait mettre à ma disposition quelques hectares ». Ce n’est que vingt ans plus tard, en 2002, qu’Etienne Delbeke, exploitant à Haulchin, décide enfin de relever le défi sur 2 ha.


La gestion de la vigne wallone
Le site d’implantation des vignes n’est pas choisi au hasard. Le lieu-dit des « Terres blanches », un terrain 100 % calcaire et exposé plein sud, est totalement similaire au terroir champenois assure Raymond Leroy. « Il suffit de creuser 15 cm de profondeur pour tomber sur des amas de craies, souligne le vigneron. D’une part, la terre emmagasine l’eau de pluie et la restitue durant les périodes plus sèches et, d’autre part, absorbe la chaleur la journée et la libère pendant la nuit ». Un cycle vertueux qui intéresse immédiatement les champagnes Gobillard, basés à Hautvillers dans la Marne. Ces derniers acceptent sans hésitation de gérer l’ensemble de la production, des vendanges jusqu’à la vinification, selon la « méthode traditionnelle », c’est-à-dire la « méthode champenoise » (crémant chardonnay – blanc de blanc). « En quinze jours, une société a été créée et 20 000 plants de cépage de Chardonnay ont été plantés », sourit Raymond Leroy. Depuis, le domaine s’agrandit presque chaque année. Avec, au total, 18 ha et environ 190 000 pieds de vigne (dont 2 ha de pinot noir et 2 ha de pinot meunier), le vignoble est aujourd’hui le plus grand producteur de Belgique. Signe de réussite, 6 nouveaux hectares seront plantés en 2015.


Une récolte vendue avant la cueillette
Cette année, les vendanges s’annoncent correctes, avec des volumes importants bonifiés par un mois de septembre ensoleillé, sec et sans dégâts liés aux conditions climatiques. « Nous devrions produire environ 120 000 bouteilles en 2014, la qualité et la saveur du vin devraient être à nouveau au rendez-vous », prédit Raymond Leroy. En effet, la cuvée « Seigneur Ruffus » s’est fait une place dans l’univers des vins. Le domaine des Agaises glane des récompenses prestigieuses à travers le monde : depuis 2 ans, le crémant Wallon est médaillé d’or au concours mondial de Bruxelles (2012 et 2013) ainsi qu’au concours des effervescents du monde de Dijon, entre autres. Les amateurs se bousculent donc pour découvrir le fleuron des vins belges, la totalité de la récolte annuelle étant déjà vendue avant même d’être cueillie. « Afin de recevoir au mieux les visiteurs, nous avons lancé cet été, avec mes deux fils, la construction d’un bâtiment au cœur des vignes qui accueillera aussi nos chais (lieu de la vinification où sont conservées les cuves, ndlr) », détaille le vigneron belge. Pour les grappes de raisin vendangées cette année, l’heure est au vieillissement en cuves durant 12 mois minimum. Ensuite, les bouteilles sont déposées horizontalement sur des clayettes afin que les levures transforment le sucre en alcool et surtout en gaz carbonique. Cette phase se nomme mise sur latte. Il faut donc prendre son temps et son tour pour déguster la bulle de Binche.


Simon Playoult

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