Le Syndicat Agricole 25 octobre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Vin - Des vendangeurs en terre de mineurs

Le terril viticole d’Haillicourt (62) a connu ses premières vendanges cette semaine. Un procédé et une récolte uniques au monde.

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L’aspect très pentu du terril (60 à 80 °) ainsi qu’un sol rocailleux, drainant et filtrant ont favorisé la pousse du raisin. © DR Olivier Pucek et Henri Jammet ont réalisé les premières vendanges sur un terril. © DR À chacun sa technique pour affronter les pentes du terril. © DR

Il faut un certain sens de l’équilibre pour manoeuvrer la hotte de vendangeur emplie de grappes jusqu’au pied du terril. Chaque pas est un savant calcul pour éviter de glisser sur cet amas de schiste noirâtre culminant à 155 mètres au-dessus du niveau de la mer. Certains s’aident d’un bâton tels des alpinistes, d’autres utilisent leurs bras comme balancier ou préfèrent franchir les lacets escarpés en position assise afin de préserver le moindre grain. Des conditions de récoltes extrêmes qui n’ont pas effrayé Henri Jammet et Olivier Pucek, deux vignerons charentais lancés à la conquête d’un terril du Nord-Pas de Calais.


Deux amis et deux accents
Implanter des vignes dans le bassin minier n’était pas gagné d’avance. Tout a démarré il y a bientôt 4 ans, lors d’une discussion entre viticulteurs. « J’ai parlé à mon voisin, Henri Jammet, des terrils de mon enfance et de cette idée. Après une courte réflexion, nous avons décidé de relever le défi », se rappelle Oliver Pucek, né à Bruay-la-Bussière et qui cultive quelques hectares de vignes en Charente (16). Après 2 ans de tractations préalables, quelques essais et l’aménagement du terrain, les premiers pieds de vigne sont plantés en mars 2011. L’idée folle d’un terril viticole attise désormais la curiosité de toute une ville. Tous les 2 mois, l’accent chantant d’Henri Jammet, venu prendre soin du « domaine » d’Haillicourt, est remarqué sur les coteaux du terril 2-bis. « Aujourd’hui, je suis très enthousiasmé par la couleur dorée du raisin et par la qualité sanitaire. Nous pouvons analyser les résultats obtenus », souligne le vigneron originaire du Sud-Ouest.


Un réel potentiel viticole
Les premières vendanges sur terril semblent concluantes. Même si 300 jeunes plants ont été perdus au début, le lieu possède un réel potentiel viticole estime Henri Jammet : « le sol noir profite au maximum des rayons du soleil du Nord-Pas de Calais, notamment au début de l’automne. Il stocke la chaleur et est capable de la restituer aux plantations ». Il a tout de même été nécessaire de planter sur le versant Sud du terril. L’aspect très pentu (60 à 80 °) ainsi qu’un terrain rocailleux, drainant et filtrant favorisent la pousse. « Le terril, qui est un monticule situé en plaine, bénéficie des vents. Le raisin évolue donc lentement vers la pourriture et peu de mildiou et d’oïdium sont constatés », indique le producteur. Un endroit qui n’a donc rien à envier à d’autres terroirs viticoles.


Cépage et arômes
Le cépage utilisé à Haillicourt n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit d’un Chardonnay. Un vin blanc a été préféré à un rouge en raison des conditions climatiques de la région. « La variété se défend bien face à un climat peu chaud. L’entrenoeud est court ce qui signifie que la pousse entre 2 feuilles est lente donc de qualité », explique Henri Jammet. Selon le professionnel, le vin sera plutôt rond « et la maturation prédit un produit avec de l’arôme ». C’est Pauline Stanko, ancienne pharmacienne de la ville, qui veillera à la vinification tout au long de l’année à venir. « Je suis allé plusieurs fois apprendre la technique chez Henri Jammet et j’ai quelques connaissances en chimie, explique-t-elle. Mon rôle sera de mesurer chaque jour les cuves afin de gérer le taux de levure du vin ». La patience est de mise avant de déboucher la première bouteille, un an d’attente sera nécessaire à l’affermissement de la « cuvée de terril ». En attendant, elle reposera au calme, dans la cave de l’ancien presbytère d’Haillicourt.

Simon Playoult

Zoom sur... Une reconversion 50 ans après

Gérard Foucault, maire d’Haillicourt, a soutenu le projet de terril viticole depuis le départ : « Nous finançons un tiers du projet et une Sarl de 7 producteurs, dont Henri Jammet et Olivier Pucek, assure le reste. Johann Cordonnier, employé communal, a bénéficié d’un contrat d’insertion pour entretenir le site toute l’année.
Il s’occupe principalement du désherbage et du traitement. C’est une reconversion pour notre terril 2-bis. La mine de la ville a ouvert en 1907, plusieurs milliers de mineurs y ont travaillé, rassemblé dans les corons, toujours existants aujourd’hui. À sa fermeture, le 14 avril 1956, la fosse mesurait 336 mètres de profondeur.
Pierre Bachelet chantait « Au Nord, c’était les corons », maintenant, c’est les vignerons ! Quand au nom du vin, j’ai proposé aux viticulteurs de l’appeler “le Charbonnnay”. Verdict dans un an. »

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