Labour, hiver ou printemps?
D’une manière générale, les labours d’automne doivent être réservés à des sols argileux fortement structurés. - © G. Coisel
La période hivernale est propice à la remise en état des sols. En système classique, le labour assure de multiples fonctions.
Labourer... pour quoi faire ?
• Le labour permet d’améliorer l’état structural de l’ensemble de la couche labourée. Lors du retournement de la bande de terre, celle-ci se disloque, ce qui accroît la porosité et fragmente les volumes de sol tassés lors de la culture précédente. Par ailleurs, le labour, en remontant à la surface des volumes de terre qui, sinon, seraient restés protégés en profondeur, favorise l’action du climat et des outils de reprise. Enfin, le labour facilite la réalisation future du lit de semences.
• Il assure l’enfouissement des matières organiques présentes à la surface du sol. Grâce à une charrue bien réglée, les résidus de culture, fumier, Cipan, etc., seront enfouis et davantage exposés aux micro-organismes pour leur destruction.
• Il facilite la destruction des adventices et des repousses, et l’enfouissement de leurs graines. Pour être détruites, les adventices doivent être enfouies suffisamment profondément. L’enfouissement de leurs graines empêche la germination dans la culture à venir (vulpin) ; en revanche, pour certaines graines résistantes, un labour systématique en remonte une partie à la surface du sol l’année suivante.
• Il permet l’enfouissement des engrais de fond et des résidus d’herbicides. Grâce au labour, les éléments nutritifs peu mobiles dans le sol (phosphore, potassium...) sont mis à disposition des racines ; et les résidus laissés par la culture précédente, susceptibles de nuire à la suivante, sont dilués dans une masse importante de terre,
• Et enfin, le labour améliore la circulation de l’eau. En accroissant fortement l’infiltrabilité du sol, il permet d’éviter les excès d’eau. Il faut toutefois faire attention aux risques d’érosion lorsqu’une croûte de battance se crée après le labour : le micro-relief du sol créé par la charrue est favorable au déclenchement du ruissellement concentré.
Labourer tôt oui, mais pas partout !
L’action du climat sur le sol est très forte. Il faut donc pouvoir en bénéficier « à bon escient ». Pour accueillir des cultures de printemps aux exigences fortes en terme de structure, il faut obtenir des profils de sol avec des structures continues et homogènes, avec des zones profondes non reprises par les outils de préparation de sol.
Ces caractéristiques sont difficiles à obtenir dans les sols argileux et le labour d’hiver, en soumettant les sols à l’action du climat pendant une longue période, améliore la structure. L’action du gel et des alternances dessiccation/humectation ameublit et émiette le sol, limitant ainsi les passages pour les préparations superficielles de printemps. D’une manière générale, les labours d’automne doivent être réservés à ces sols argileux fortement structurés.
En sols « instables » (limons, limons battants et sables), les parcelles seront labourées juste avant les semis. En effet, ces sols ont la particularité de se prendre en masse sous l’action du climat, et les labours trop précoces peuvent être à refaire si l’hiver est très pluvieux.
Pour les terres de texture limoneuse peu battante à argilo-limoneuse, le choix des périodes de travail dépend des habitudes locales. Si l’observation montre que les sols ont tendance à se prendre en masse (battance importante), il vaut mieux retarder la date de labour et effectuer un labour très motteux. À l’inverse, si les reprises de sol au printemps sont difficiles, il faut modifier la technique en avançant la date de labour de la parcelle, ou en recherchant un labour plus émietté.
Pour bien labourer, travailler à vitesse modérée
Le labour d’hiver n’est pas une course de vitesse. Le profil à rechercher en sol argileux est celui d’un empilement de mottes de 10 à 15 cm, qui permet d’optimiser leur fissuration et de favoriser la circulation de l’air et de l’eau. La réalisation d’un tel labour suppose de travailler à vitesse modérée et d’utiliser des versoirs adaptés. L’inclinaison des bandes de terres créée lors du labour doit être d’autant plus faible que le labour est destiné à rester longtemps en place. Pour une bonne évolution du sol et de la matière organique, une inclinaison de 45 degrés des bandes de terre travaillée est recommandée. Il faut éviter de labourer en conditions trop humides, car les risques de « masticage » du sol sont élevés. C’est aussi dans ces conditions que l’on crée à la base du labour une semelle de labour, zone compactée qui perturbe fortement la pénétration des racines et de l’eau.
OL, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais
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