TechniqueSemis sous couvert : passer de l’expérimentation à la concrétisation

Le semis sous couvert (qui consiste à laisser en permanence une couverture sur le sol et à ne quasiment plus la travailler) est un peu l’étape ultime des Techniques Culturales Simplifiées.

De conception brésilienne, le Semeato permet de semer sous un épais matelas de couverts végétaux.

De conception brésilienne, le Semeato permet de semer sous un épais matelas de couverts végétaux.
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Depuis maintenant une demi-douzaine d’année, la bêche est devenue l’outil de travail indispensable pour certains agriculteurs du GRDA du Haut Pays. Un paradoxe depuis qu’un groupe d’agriculteurs pratique, de façon encore expérimentale, le semis sous couvert grâce à l’acquisition en commun d’un semoir de conception brésilienne, le Semeato.
« Au bout de 6 ans, nos constats sur le plan économique et technique sont plutôt encourageants » souligne Christophe Parmentier, animateur au GRDA du Haut Pays. Contrairement aux idées reçues, aucune perte de rendement n’a été constatée, avec même un léger mieux en terres très difficiles.
« Dans tous les cas, les pertes de productivité rencontrées proviennent de sols compactés, d’où la nécessité de commencer cette technique sur un sol très bien structuré » poursuit l’animateur de la structure régionale. Le travail du sol est ici assuré par les vers de terre et les racines des couverts végétaux, « même si dans certains cas extrêmes nous ne nous interdisons par de recourir au décompactage » reconnaît Christophe Parmentier.
Plus rassis, les champs offrent une meilleure portance et le tissu racinaire intense, toujours présent, fait office « d’amortisseur ».
Concernant le grand dilemme des limaces, elles semblent ne pas être plus présentes qu’ailleurs, à condition de ne pas laisser un sol trop motteux, de bien refermer la ligne de semis et d’intervenir, si possible, en conditions sèches.
Autre constat étonnant, ces techniques semblent alléger le poste désherbage, et ce grâce à une couverture permanente du sol et à des rotations plus longues et variées. « Je pense même, qu’à terme, l’emploi de désherbants non sélectifs pourrait être fortement diminué » explique l’animateur du GRDA.
En parallèle de ces points positifs, des contraintes importantes subsistent.
Il faut d’abord réussir deux cultures annuelles, et ce en bonnes conditions.
La gestion des résidus de récolte est aussi problématique, il faut éviter absolument l’asphyxie des sols et favoriser leur décomposition par le travail des vers de terre et l’implantation de couverts végétaux.
Les jours disponibles pour intervenir sont, de plus, plus restreints : 25 jours pour le labour, 20 jours en TCS et 15 jours en semis sous couvert, en moyenne décennale du 20 septembre au 1er novembre.
Le respect du sol et l’acquisition d’un savoir-faire sont également indispensables. « Il faut être prêt psychologiquement et agronomiquement, à se remettre en cause. Les échanges avec d’autres, la formation et les expériences personnelles sont la clé du succès » confesse Christophe Parmentier.
Enfin, l’ensemble des agriculteurs du groupe d’échange avoue avoir gardé le même objectif majeur à savoir : « continuer à produire et à dégager du revenu dans le temps, sans pour autant avoir la contrainte du toujours plus. Toujours plus de matériel, de puissance, de rendement… »


C.D.

 
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Une expérience réussie dans le Haut Pays

Jean-Luc Maeyaert est tout « sauf un dogmatique » comme il se définit lui-même ; s’il est arrivé au semis direct sous couvert, c’est avant tout par intérêt économique mais aussi « par souci perpétuel
de se remettre en cause ».

Un système d’exploitation repensé
Ce jeune agriculteur installé à Verchocq, a donc complètement modifié son système d’exploitation. D’une rotation classique, maïs, blé, escourgeon, il est passé à une succession de cultures, avec l’introduction de nouvelles plantes comme le colza, la féverole, l’avoine, le méteil ou encore le Ray Grass.
« À travers cette succession culturale je cherche, avant tout, à mieux faire travailler mon sol, mais surtout à ne pas me laisser envahir par les mauvaises herbes » témoigne Jean-Luc Maeyaert. Cette mutation agronomique a été accompagnée
d’une réduction drastique du parc matériel. Aujourd’hui, il suffit d’un seul tracteur de 95 CV et d’un semoir de semis direct pour faire tous les travaux de semis et de travail du sol.

Des résultats plutôt positifs
Sur le plan des résultats, ce jeune éleveur a constaté une baisse de ses rendements d’environ 5 % pendant 6 ans. « C’est surtout vrai en terres limoneuses, en biefs c’est plutôt l’inverse que l’on constate » tient à nuancer l’éleveur.
On constate, de plus, une hausse des intrants de 45 euros, due à l’emploi d’engrais strater et au coût des semences d’interculture, une baisse de la production de paille d’environ 0,8 t par hectare et par an, et la substitution de la ration vache laitière par l’incorporation de 25 % d’un mélange à base de méteil et d’ensilage ou d’enrubannage d’herbe.
Mais ces quelques points négatifs sont largement compensés par une baisse des charges de mécanisation de 165 euros par hectare, dont 28 litres de gazole par hectare et par an !

Beaucoup de réflexion et quelques investissements
Le non travail du sol et sa couverture totale s’accompagnent cependant d’un très gros travail de réflexion en amont.
Ainsi, l’interculture est assurée par un mélange de tournesol, vesce, lin et radis. Le radis pour la restructuration du sol, la vesce pour l’apport d’azote, le lin et le tournesol pour leur pouvoir couvrant, qui vient concurrencer les adventices.
La mise en œuvre de cette technique nécessite, également, quelques investissements : un éparpilleur de menues pailles, une herse étrille, mais surtout un semoir de semis direct qu’il convient de rentabiliser sur au moins 200 hectares.
Mais Jean-Luc Maeyaert ne retient, pour l’instant, que le temps gagné : 2 h 30 par hectare et par an, et la hausse de sa marge semis nette de 110 euros par hectare.
« Néanmoins, prévient-il, au-delà des chiffres, c’est tout le système d’exploitation qu’il faut repenser en acceptant quelques échecs et surtout une longue période d’apprentissage. »
Une réussite qu’il conditionne, en outre, à deux biais incontournables : la réflexion et l’échange avec d’autres agriculteurs pratiquant les mêmes techniques et, plus encore, le respect du sol et de toute la vie qu’il recèle.

C.D.

 

 

 

 
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