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Technique

Composter le fumier de cheval, c’est possible

Le compostage du fumier de cheval est une alternative à son exportation. Il fournit un fertilisant utilisable sur prairies sans affecter la consommation de l’herbe par les chevaux.

19 février 2009 CLARISSE LEMIERE Vu 3840 fois
Le retournement du tas est nécessaire pour un bon compostage.

Le retournement du tas est nécessaire pour un bon compostage. - © .

Un problème d’évacuation
Écouler son fumier de cheval est un problème pour de nombreux élevages et centres équestres, car la demande des champignonnières est en forte baisse et les agriculteurs voisins sont peu intéressés par des fumiers souvent trop pailleux. Par ailleurs, les surfaces épandables de ces élevages sont souvent restreintes et le fumier de cheval, très pailleux, est un produit peu adapté à l’épandage sur prairies.


Des essais réalisés à la Jumenterie du Pin (Orne)
Ayant constaté également que les éleveurs de chevaux se débarrassaient de leur fumier puis achetaient des engrais pour fertiliser
leurs prairies, les Haras nationaux, en partenariat avec la Chambre d’agriculture de l’Orne, ont mené une étude sur le compostage du fumier de cheval. Des essais de compostage de différents produits (fumiers pailleux de boxes, fumiers de stabulations, mélanges avec des fumiers de bovins ou avec des tontes de pelouse) ont été réalisés depuis 2004. Les produits obtenus ont ensuite été réutilisés sur les prairies du Haras.


Principe et intérêts du compostage
Le compostage consiste à aérer de la matière organique contenant un peu d’eau et d’azote pour en accélérer l’évolution. La dégradation est réalisée par des micro-organismes. Elle permet d’obtenir un produit plus stable
et hygiénisé.
Les intérêts du compostage sont :
- de réduire le volume de fumier de 50 % et donc de faciliter l’épandage ;
- d’hygiéniser le fumier par la montée en température (destruction des parasites et graines d’adventices) ;
- de le stabiliser (ce qui limite le lessivage après épandage) ;
- de le désodoriser.


L’hygiénisation du fumier
Le compostage comprend une phase thermophile au cours de laquelle la température au sein du tas s’élève au-dessus de 50 °C.
C’est cette élévation de température qui va permettre la destruction des graines d’adventices, des virus, bactéries et parasites. Le maintien de la température au-dessus de 50 °C pendant 6 semaines est nécessaire à une hygiénisation satisfaisante (d’après Bigot, Bourneau, Legeas, 1997).
Les essais réalisés à la Jumenterie n’ont jusqu’ici pas permis de mettre en évidence la destruction de l’ensemble des parasites, car les fumiers à composter en étaient indemnes. L’étude se poursuit donc, avec des essais en laboratoire réalisés cet automne, pour reproduire les conditions du processus de compostage et vérifier la destruction de Rhodococcus et des principaux parasites du cheval.

Le fumier idéal
Les essais réalisés à la Jumenterie ont montré qu’un fumier pailleux de boxes ne se composte pas. Le fumier idéal est un fumier de stabulation riche en matière organique (C/N = 25-30 et 35 à 45 % de MS). Pour savoir si le taux d’humidité d’un fumier est convenable, le « test à la main » peut être pratiqué. Ce dernier consiste à prendre une poignée de fumier et à la serrer : l’eau ne doit pas couler et en desserrant, le fumier doit conserver sa structure. Un fumier pailleux nécessite d’être, par exemple, mélangé avec un fumier de bovin bien fait pour pouvoir être composté.


Valeur fertilisante
Les pâturages utilisés par les chevaux présentent souvent des déficits en phosphore et potassium et l’apport de compost permet d’éviter un appauvrissement préjudiciable à la production d’herbe.
Un épandage de 10 à 15 t de compost par ha apporte 37 à 55 U/ha de phosphore et 79 à 118 U/ha de potasse, rendant ainsi inutiles les apports d’engrais minéraux. L’azote présent dans le compost n’est pas disponible au moment de l’épandage. Une étape de minéralisation est nécessaire. Celle-ci nécessite de l’eau et de la chaleur, tout comme la pousse de l’herbe. Ainsi, la libération de l’azote intervient simultanément à la pousse de l’herbe, ce qui limite les pertes par lessivage. Cette libération va se faire progressivement, sur 4 années environ. C’est ce qu’on appelle « l’arrière effet ». Pour une meilleure minéralisation au printemps, un épandage d’automne est préférable. La dose recommandée se situe entre 10 et 15 t par ha. Une dose plus importante (au-delà de
20-25 t/ha) aura peu d’effets sur la pousse de l’herbe, et risque de poser un problème d’appétence, surtout en cas d’apport tardif au printemps. Un apport annuel est préconisé, même à doses plus faibles.

Réalisation du compost
Laisser vieillir le fumier en tas ne suffit pas à le composter. Deux retournements du tas à 6-7 semaines d’intervalle sont nécessaires. Les retournements peuvent être effectués à l’aide d’un épandeur ou d’une composteuse, disponibles auprès d’une Cuma. Le compostage a lieu au champ après disposition du fumier en andain. Les retournements aèrent le tas et relancent le processus de compostage. En faisant monter la température au sein du tas, ils permettront l’hygiénisation du compost.

Le coût
Le coût de production du compost va dépendre de l’équipement initial de l’exploitation. En effet, une exploitation qui ne dispose
pas d’un chargeur, d’une remorque et d’un épandeur devra faire appel à l’entreprise pour l’ensemble de ces travaux. Le retournement des tas par la composteuse revient à 1,25 €/t de fumier.
Il faut compter 16 secondes/t (10 secondes + 6 secondes) pour deux retournements.
L’épandage par entreprise va coûter de 0,91 € à 2,50 €/t selon l’équipement dont dispose l’éleveur. Au final, 1 tonne de compost épandue aura coûté entre 3,40 € et 5 € hors évacuation des boxes et de la stabulation. Compte tenu du coût actuel des engrais, la valeur fertilisante d’1 tonne de compost s’élève à environ 24 €.
Ainsi, même si on ne dispose pas de matériel, composter son fumier reste plus économique qu’acheter des engrais, mais demande plus de temps.

 
Tableau

Tableau - © .

 

Un point sur la réglementation
Pour les élevages de chevaux dont la production de compost est inférieure à 1 tonne par jour, la règle en vigueur est celle du Règlement sanitaire départemental. Pour ces exploitations, le fumier ayant séjourné plus de deux mois sous les animaux peut-être stocké puis composté au champ.
Le tas doit se trouver à plus de 35 m des rivières, à plus de 100 m des habitations et à plus de 5 m d’une route. (À noter : la région Nord-Pas de Calais est en zone vulnérable.)

 

 

 
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