Le fourrage manque... L’ensilage de céréales : une solution possible
Attention, les céréales sont en avance, les dates repères d’ensilage ne sont pas d’actualité, il convient de prendre le temps d’aller observer les parcelles. - © DR
La sécheresse d’avril et mai a fortement ralenti la pousse de l’herbe. Il convient de réaliser rapidement un état des stocks fourragers pour évaluer si ceux-ci sont suffisants pour tenir jusque fin septembre. L’ensilage de céréales immatures est une solution possible pour pallier ce déficit fourrager.
Récolter à 30-35 % de MS
L’objectif est de récolter à 30-35 % de MS, c’est-à-dire au stade laiteux-pâteux, soit 30 à 40 jours après floraison. À ce stade, le grain s’écrase facilement et la plante commence à jaunir. Passé ce stade, la conservation devient difficile (tiges creuses et lignifiées) et l’ingestion diminue.
Attention ! Le bon stade est court, il dure moins d’une semaine. Il ne faut pas hésiter à changer de parcelle si celle initialement prévue est trop avancée le jour de la récolte.
Des délais à respecter
Il faut aussi respecter un délai de 3 à 4 semaines après le dernier fongicide, et de 4 à 5 semaines après le dernier insecticide (voir DAR des produits). La plupart des matières actives contenues dans ces produits perturbent les fermentations au silo et risquent de laisser des résidus qui pourraient passer dans le lait.
Le hachage doit être fin (1 à 2 cm)
Une coupe fine permet de bien tasser le silo et améliore les quantités ingérées. L’ajout de sel au-dessus du silo (2,5 kg/m2, mélangé dans les 25 derniers centimètres) améliore la conservation. Le silo doit être bâché immédiatement après récolte.
Attention à la taille du silo
La taille du silo doit permettre un avancement rapide du front d’attaque : 20 à 25 cm/jour en plein été, car ce produit chauffe beaucoup plus vite que du maïs. Le front d’attaque doit être bien chargé pour éviter son réchauffement prématuré. La densité d’un silo de céréales immatures à 30/35 % de MS est d’environ 180 kg MS/m3. Comptez 30 kg de MTS/m3 en moins pour un silo taupinière.
Valorisation par les animaux
Lorsque les céréales sont récoltées au bon stade, l’ingestion est analogue à celle d’un maïs à 25/30 % de MS ; par contre, sa valeur énergétique est plus faible. Elle dépend de la teneur en grain de la plante.
Les valeurs tables INRA (cf. tableau ci-dessus) donnent 0,70 UFL, mais il se peut que ces chiffres soient pessimistes car dans le Nord Ouest de l’Europe, c’est 0,80 UFL qui est retenu. En année sèche où le rapport grains/paille est plus favorable aux grains, c’est sans doute 0,80 UF.
Au niveau des PDI, les valeurs tournent autour de 60 gr/kg MS.
En plat unique, la production laitière est analogue à celle obtenue avec un ensilage d’herbe, et plus faible que celle obtenue avec du maïs (- 2 à 3 kg de lait avec des taux plus élevés).
En l’incorporant dans une ration maïs à hauteur de 3 à 5 kg de MS, les performances laitières ne sont pas modifiées par rapport à une ration 100 % maïs.
Un autre aspect à prendre en considération est la transition alimentaire avec la nouvelle récolte de maïs. Si le fait d’ensiler un peu de céréales vous permet de laisser fermenter ce nouveau maïs 3 semaines avant de l’utiliser, la santé de vos vaches laitières n’en sera que meilleure !
L’ensilage de céréales immatures peut être distribué comme fourrage principal à des animaux à besoins limités. Le maïs fourrage sera ainsi réservé prioritairement aux vaches laitières. D’après les essais réalisés sur génisses laitières par l’Institut de l’élevage et les EDE bretons, l’ensilage de céréales immatures distribué à volonté (environ 2 kg MS/100 kg PV) permet des performances identiques à celles observées avec le maïs fourrage rationné
Aspect économique
Le rendement au champs correspond à 170 % du rendement en grains attendu, duquel il faut déduire 15 % de perte pour évaluer le rendement à l’auge (cf. encadré « Exemple »).
Chacun peut donc faire son calcul en fonction de son potentiel grain et prendre position par rapport à d’autres solutions techniques.
Pour pallier un manque de fourrages en hiver, les solutions sont diverses.
Par contre, en été pour trouver un fourrage remplaçant le maïs, les solutions sont très restreintes. L’ensilage de céréales est un bon compromis technique et économique.
Blé ou escourgeon ?
D’un point de vue technique, les barbes sont irritantes pour la bouche et le tube digestif.
D’un autre côté, les escourgeons 2011 présentent une bonne masse végétative alors que les blés sont courts.
Ils libèrent aussi les sols plus tôt et permettent donc, si les sols se réhumidifient avec les pluies de ce début de mois, d’implanter une culture dérobée.
Avec la sécheresse de ce printemps, les parcelles de blé traitées avec une sulfonylurée (Archipel, Atlantis...) poseront sans doute des problèmes d’implantation de couverts, notamment de graminées type ray grass.
Si vous optez pour de l’escourgeon, il vaut mieux ensiler autour de 30 % de MS. Cela devient très urgent, voire trop tard, pour certaines parcelles.
Attention, les céréales sont en avance, les dates repères d’ensilage ne sont pas d’actualité, il convient de prendre le temps d’aller observer les parcelles.
Exemple
Un rendement de 80 qx, c’est 8 tonnes grains x 1,7 x 0,85 = 11,5 tonnes MS auge.
Si le grain est vendu 200 €/t et la paille en andain 40 €/t : 80 qx grains + 4 tonnes paille = 1 800 €/11,5 = 156 €/t MS auge, soit 0,19 €/UFL.
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