Installer un groupe froid à moindre coût
L’idée de la société Cooche : profiter de la ventilation existante du couloir technique pour n’installer que la batterie froide de l’évaporateur. Nous voyons ici la batterie froide de l’Earl de Pacavas encastrée dans le caisson de réfrigération et présentant les capteurs de suivi de la température et de l’hygrométrie dans le bâtiment. - © © M. Martin – Arvalis
Voilà maintenant une décennie que les contraintes de qualité demandées par les acheteurs ont poussé les producteurs à investir largement dans des stockages réfrigérés, principalement pour le marché du frais lavé afin d’éviter le développement des pathogènes de présentation (gale argentée et dartrose), mais également pour le marché de la transformation pour les stockages long terme. Ceci représente un coût non négligeable, a fortiori lorsqu’il s’agit de construire un bâtiment neuf totalement équipé. Mais il est aussi possible de valoriser des installations existantes à moindre coût. C’est cette orientation qu’ont prise quelques producteurs de la région Nord-Pas de Calais en suivant les propositions d’aménagement avancées par la société Cooche.
Un évaporateur sans ventilateur
Une installation frigorifique permet de produire du froid artificiel à l’intérieur du bâtiment grâce au fonctionnement de deux échangeurs thermiques : la batterie froide (évaporateur) située dans le stockage et la batterie chaude (condenseur) placée à extérieur. L’évaporateur « piège » de la chaleur dans le bâtiment et la circulation du fluide frigorigène permet de la « rejeter » à l’extérieur par l’intermédiaire de sa compression. L’échange thermique ne peut se faire efficacement sur ces deux batteries que par la circulation d’un flux d’air continu au contact de leurs surfaces d’échange (plaques et ailettes).
Ceci implique la présence minimale d’un ou plusieurs ventilateurs sur chacune de ces batteries. Emmanuel Cooche, constructeur de bâtiments et installateur de ventilation du Nord de la France installé à Millam, a fait la proposition de profiter de la ventilation existante dans le couloir technique d’un stockage vrac pour supprimer le ventilateur de l’évaporateur. Pour ce faire, il convient de forcer l’air à passer en flux continu au travers de la batterie froide, en l’enchâssant dans la paroi du couloir technique, en réalisant un « caisson » au-dessus d’un ou plusieurs ventilateurs du couloir technique, selon le débit d’air requis pour obtenir un débit d’air optimal pour l’échange thermique. L’air « aspiré » dans le caisson est ensuite redistribué dans le bâtiment grâce au réseau de gaines existantes. Ainsi, seule la batterie froide suffit pour aménager ce type de stockage, réduisant de ce fait le coût de l’installation, tout en maintenant la possibilité d’utiliser la régulation existante et l’air extérieur lorsqu’il est propice à une ventilation de qualité (température et hygrométrie).
Un refroidissement efficace
du stockage
Afin d’examiner de plus près les performances de ce type d’installation, Arvalis-Institut du végétal et la Chambre d’agriculture du Nord ont mis en place un dispositif de suivi dans un bâtiment de la plaine de la Lys disposant d’une ventilation par caillebotis intégral. Avec l’évolution de sa gamme variétale, le producteur, l’Earl de Pacavas, a orienté son bâtiment vers un stockage des tubercules en caisses en aménageant un caisson de réfrigération au-dessus du couloir technique existant. La mise en place de capteurs de température en différents points du stockage a permis de dresser une bonne géographie thermique de l’installation. Les mesures recueillies montrent ainsi un refroidissement moyen de l’air de 2,3 °C en traversant la batterie évaporative. L’air se réchauffe ensuite légèrement sous l’action de la chaleur dégagée par le ventilateur
(+ 0,4 °C) mais il garde toujours un potentiel de refroidissement certain, qui se distribue ensuite progressivement dans le bâtiment, permettant de gérer correctement le stockage à la température de consigne choisie.
Une qualité de conservation
correcte pour les tubercules
12 sacs échantillons de la variété Agata placés dès la récolte au cœur des palox, eux-mêmes distribués à différents niveaux de hauteur dans plusieurs piles du stockage, ont par ailleurs permis d’apprécier de plus près les performances finales de la conservation.
Les résultats obtenus (cf. tableau ci-dessous) montrent ainsi que la ventilation dynamique n’a pas induit particulièrement de facettes sur les tubercules tout en limitant les pertes de poids à un faible niveau (3,3 %) bien qu’elles soient légèrement plus élevées à la base du stockage (4,1 %).
Ceci semble logique compte tenu de la distribution d’air par le caillebotis existant. Ce gradient apparaît également plus nettement en ce qui concerne la qualité de présentation des tubercules, avec un indice cumulé gale argentée + dartrose également plus faible à la base et plus élevé dans la partie haute des piles, le tout restant à un niveau compatible avec une bonne valorisation des tubercules sur le marché du frais lavé.
Les données complémentaires recueillies sur la distribution du CIPC au travers des résidus analysés sur tubercules, montrent par ailleurs des valeurs homogènes et faibles, largement inférieures à la LMR (10 ppm).
Conclusion
On peut dire que ce type d’aménagement apparaît ainsi pouvoir être proposé aux producteurs souhaitant équiper leur bâtiment ventilé existant d’un point froid à moindre coût.
Dans le cas du maintien d’un stockage en vrac par la suite, il est toutefois particulièrement recommandé d’être attentif à un respect soigné de l’hygrométrie de l’air ventilé pour maintenir un déficit de pression de vapeur faible entre l’air soufflé et les tubercules.
Michel MARTIN
ARVALIS — Institut du végétal
Hervé PHILIPPO
Chambre d’Agriculture
du Nord
tableau
Entretien avec Monsieur Monthuit, producteur
à Oye Plage (62)
M. Monthuit a opté pour ce type d’aménagement proposé par la société Cooche dans son bâtiment vrac, d’une capacité maximale de 750 t, équipé d’un réseau de gaines hors sol.
Quelle variété stockez-vous? Je cultive plusieurs variétés pour le marché du frais et je stocke dans mon bâtiment les tubercules de la variété Monalisa, jusqu’habituellement le printemps suivant, c’est-à-dire mars/avril.
Pourquoi avez-vous installé
un groupe de réfrigération?
Pour chercher à maintenir la qualité des tubercules telle qu’elle est à la récolte, et surtout éviter le développement de la gale argentée et de la dartrose en les maintenant à 5 °C.
Pourquoi avoir choisi ce type d’installation?
Parce qu’il me permettait d’économiser au moins 25 % par rapport à une installation traditionnelle. Ainsi, en s’appuyant sur l’existant, couloir technique, ventilateurs et régulation, mon investissement s’est élevé à environ 21000 ! pour le groupe froid, auxquels il faut ajouter 1500 ! pour la fermeture du couloir technique. L’ajout du froid me revient ainsi à environ 30 ! à la tonne stockée.
Quelle expérience avez-vous du fonctionnement de l’installation?
Durant la dernière campagne, j’ai utilisé 280 h en fonctionnement avec l’air extérieur et 300 h avec le groupe froid, auxquelles il faut rajouter 140 h de circulation, soit en tout 720 h de ventilation sur presque 6 mois de stockage.
Dans ces conditions, à combien s’élève le coût de la consommation électrique?
Le groupe froid et la ventilation avec l’air extérieur fonctionnent en heures creuses, tandis que la recirculation interne s’effectue principalement en heures pleines.
En mixant les deux tarifs, j’estime le coût de la consommation électrique à 100 ! par mois de stockage pour 300 t (1ère année) soit 2 !/t pour les 6 mois, hors abonnements. Quelle a été la qualité des pommes de terre livrées?
J’ai obtenu de très bons résultats commerciaux sur la qualité de présentation des pommes de terre livrées. Seules quelques facettes ont été observées en fin de campagne, mais elles n’ont donné suite à aucun refus de la part du négociant.
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