PhytosanitairesBas volume : de la théorie à la pratique

Agri Conseil prône le traitement des cultures en bas volumes. Rencontre avec Vincent Franquet, créateur et gérant de la société.

Dans une conjoncture économique particulièrement morose, où les prix des denrées agricoles restent désespérément bas alors que les engrais et les produits phytopharmaceutiques ont connu une hausse spectaculaire de leurs prix, beaucoup d’agriculteurs tentent par tous les moyens de réduire leurs coûts de production.
Pionnière dans ce domaine depuis une vingtaine d’année, la société Agri Conseil basée à Vitry-le-François, tente de répondre à cette difficile équation en mettant, par exemple, en avant le traitement des cultures en bas volumes. Rencontre avec Vincent Franquet, créateur et gérant d’Agri-Conseil.

Qu’entend-on par traitement à bas volume ?
Par définition, le bas volume débute vers 70/80 l de bouillie/ha. Travailler à ces volumes permet essentiellement d’intervenir dans des conditions d’absorption et de fixation optimales des matières actives. Le bas volume est un outil et non une fin en soi.
La finesse des gouttelettes de pulvérisation permet une bonne couverture en nombre d’impacts par cm2, mais les traitements de ce type doivent être réalisés sans vent et par une hygrométrie minimum de 70/80 %. Ces conditions étant essentielles, les créneaux de bonnes conditions climatiques sont réduits. Le bas volume permet de traiter un maximum de surfaces dans de bonnes conditions.

Cela nécessite-t-il des adaptations particulières des pulvérisateurs utilisés ?
Tous les appareils sont capables de traiter en bas volume. L’investissement sur le pulvérisateur se résume à un jeu de buses adaptées au bas volume et des filtres adaptés à ces buses. À côté, l’investissement indispensable est l’achat d’un themo-hygro-anémomètre, un sachet de papier hydro-sensible pour tester la qualité de répartition de la bouillie en fonction des réglages (vitesse/pression/hauteur) et des conditions climatiques. Soit un investissement total de moins de 500 euros pour une économie de phytosanitaire allant de - 30 à - 50 % selon les cultures présentes sur l’exploitation.

Quelles conditions doit-on privilégier pour réussir cette technique ?
La toute première est, sans nul doute, de se former ! Car cette technique nécessite de savoir choisir la juste dose de produit en fonction des conditions climatiques au moment du traitement. Il faut une autonomie certaine de l’exploitant dans ses choix techniques et la formation que dispense Agri-Conseil a cet objectif de rendre de l’autonomie technique aux agriculteurs. Aucun technicien, même proche de l’exploitation, ne peut être présent au remplissage de chaque pulvé ! En suivant un conseil fait par d’autres, l’optimisation des doses ne sera que partielle.

Doit-on passer beaucoup plus souvent dans les cultures où l’on fait du bas volume ?
Il faut anticiper, traiter sur des adventices jeunes, plus sensibles pour diminuer les doses. Traiter avant l’apparition des maladies pour éviter qu’elles ne s’installent. En fait, par rapport aux pratiques dans une région donnée, c’est un passage de plus. Ce qui, finalement, est moins un souci en bas volume.
Comment vous situez-vous par rapport à la législation existante sur les mélanges des produits phytopharmaceutiques ?
Les programmes bas volume sont totalement réglementaires.
Nous subissons le poids de l’histoire et l’origine du bas volume avec les travaux de Clément Gentet et Bernard Demaine. À cette époque, au début des années 80, les mélanges réalisés étaient assez « détonants » Les parcelles bas volumes se repéraient à leur couleur jaune… Nous en sommes loin aujourd’hui, le virage de la réglementation sur les mélanges en 2002 nous a imposé une totale refonte de la méthode. Il est absolument inconcevable, aujourd’hui, d’engager les agriculteurs dans une technique non réglementaire.

Croyez-vous que la méthode du bas volume peut être un moyen d’atteindre l’objectif du plan Écophyto 2018, à savoir réduire de 50 % l’utilisation de ces produits à cette échéance ?
La question est tout à fait pertinente, c’est en effet un moyen qui doit être précédé d’une réflexion agronomique de fond, ainsi que d’une recherche génétique adaptée à ces nouveaux objectifs.
Aujourd’hui, nous sommes capables, en céréales, de réaliser - 50 % de phytosanitaires, dans la mesure où l’on est sur une rotation avec 4 cultures minimum, alternant automne et printemps. Il reste du travail en légumes de plein champs, mais nous avons déjà des résultats encourageants. La pomme de terre est pour le moment le plus gros morceau !


Propos recueillis par C.D.

 

Résistances et réductions de dose, pas si simple que cela…

« Je ne nie pas cette problématique, mais je mets tout en œuvre pour minimiser ce risque.
Il me paraît essentiel de définir ce qu’est la bonne dose. Si on parle de désherbage, il me semble que la bonne dose est celle qui fonctionne ! La dose de produit nécessaire est assez variable en fonction des conditions climatiques, du stade et du nombre d’adventices par unité de surface. Si l’on sait détruire des vulpins jeunes en bonnes conditions avec 100 g d’Atlantis ou d’Absolu, alors il n’y a pas de risques spécifiques. Si l’on rate son désherbage avec 300 g, alors le risque est bien plus grand !
Ce débat sur la dose est un faux débat qui ne doit pas occulter les fondamentaux. La réflexion agronomique est bien plus importante que ces querelles de clocher. Travail du sol, rotation, date de semis, alternance des matières actives et des modes d’action… Voilà des éléments capitaux dans la gestion des risques de résistance. La dose de produit en devient presque anecdotique.
Pour ce qui est des maladies fongiques, c’est pratiquement le même débat. Je préconise systématiquement une réflexion sur le choix de variétés tolérantes, de ne pas semer trop dense, de raisonner les dates de semis, de « fabriquer » ses variétés sur son exploitation en réalisant des mélanges de variétés complémentaires dans l’optique de diminuer la pression parasitaire. Pour en arriver après toute cette réflexion aux traitements, je recommande de démarrer tôt la protection fongicide pour éviter que les champignons ne s’installent sur la plante. En outre, je prône systématiquement des associations de matières actives à sites d’action différents sur la cible… Jamais donc de produits unisites seuls.
Quand l’INRA avance qu’en dessous de 0.25, l’Opus ne peut pas fonctionner et que l’on crée des résistances, certes, mais dans quelles conditions climatiques sont réalisés ces 0.25 ? Combien de produit pénètre effectivement dans la plante ? Quid des associations de matières actives complémentaires et leurs synergies ? Comment se comportent les souches de septoriose résistantes ?
Aujourd’hui, il y a plus de questions que de réponses sur ce sujet… »

 

Agri-Conseil en quelques mots

Mettre en place un système de production économique et respectueux de l’environnement, contribuer à s’affranchir au maximum de la dépendance actuelle aux pesticides et aux engrais de synthèse, c’est un peu le credo que développe depuis plus de 20 ans Vincent Franquet, fondateur d’Agri-Conseil. Spécialiste du conseil technico-économique et sur la réduction des charges, cette entreprise se veut « être au service des agriculteurs en travaillant avec eux et pour eux ».
Composée de plusieurs ingénieurs agricoles, elle propose des formations en France, en Belgique et en Suisse. Elle édite également des flashs techniques, disponibles sur abonnement, pour aider et conforter les agriculteurs dans leurs choix.
Enfin, sur le terrain, Agri-Conseil anime également plusieurs groupes d’agriculteurs sur la réduction des intrants et la maîtrise du bas volume. Pour en savoir plus : www.agri-conseil.com

 

 

tous les commentaires Vos réactions

  1. 1

    MERCI POUR L'ARTICLE PULVERISATION BAS VOLUME

    FRANJOUX - le 23 avril 2010 à 10:51:37
  1. 2

    Bonjour Monsieur. Je suis élaéiculteur en Cote d'Ivoire utilisant le traitement à très bas volume (ULV)pour le contrôle des adventices dans mes plantations de palmier à huile.J'utilise comme matériel des pulvérisateurs à dos à pression d'air de la marque BIRKY( fabriqués par CIBA -GEGY) qui m'ont toujours donnés entière satisfaction grâce à leur simplicité technique. Je rencontre actuellement quelques ennuis sur mon parc d'appareil faute de pièces de rechange car il semblerait que le fabricant de ces machines a arrêté les activités. Vous qui êtes dans le métier,ne pouvez-vous pas me donner des infos sur la firme qui a reprise les activités de CIBA dans ce volet de pulvérisateurs BIRKY? Je souhaite renouveler mon parc de pulvérisateurs.Dans le cas contraire,ne connaissez-vous pas un autre fabricant de appareils fonctionnant de la même manière que le BIRKY et qui pourrait être pour moi une solution de rechange!J'exclus d'avance tous les appareils à entrainement électrique.D'avance Merci

    Paul - le 01 septembre 2010 à 13:55:02

 
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