Choisir sa période d’agnelage
Il faut choisir une race adaptée et valoriser plusieurs techniques basées sur la stimulation hormonale des reproducteurs. - © le syndicat agricole
Dans notre région, pour répondre à la demande des circuits courts (bouchers, fête musulmane…), il est indispensable de pouvoir vendre des agneaux sur toute l’année. Cependant, la période d’agnelage naturelle correspond au début du printemps avec une vente en été. Pour répondre à la demande du dernier trimestre, il faut pouvoir faire agneler dès septembre, ce qui implique de mettre les brebis en lutte au printemps et en début d’été. D’autres éleveurs choisiront la période d’agnelage en dehors des pointes de travaux des champs.
En production d’agneaux de bergerie, pour réussir le désaisonnement il faut d’abord choisir une race adaptée (Romane, Île-de-France, Suffolk, Boulonnaise…) et valoriser plusieurs techniques basées sur la stimulation hormonale des reproducteurs.
Pour déclencher les chaleurs des brebis : l’effet bélier
L’introduction d’un bélier dans un groupe de brebis après une séparation d’au moins deux mois entraîne l’ovulation des brebis en repos sexuel. Une grande partie des femelles ovulera 2 à 4 jours après l’introduction des béliers. Cette ovulation, qui est rarement associée à une manifestation des chaleurs, est peu fécondante ; ce premier moment est « silencieux ». Ce n’est qu’au cycle suivant, 17 jours après, que la brebis peut être fécondée. D’où l’intérêt des béliers vasectomisés introduits dans les lots de brebis pendant les 15 jours précédant l’arrivée des mâles reproducteurs. Ceux-ci seront alors en pleine forme pour la saillie.
Cependant, cette technique doit réunir plusieurs conditions pour réussir : les brebis doivent être en fin de repos sexuel et séparées complètement (contact, odeur, vue) de béliers ou d’agneaux pubères au cours des 2 mois précédents. Les béliers doivent être ardents et suffisamment nombreux (un pour 25 brebis). Enfin, les brebis doivent être préparées pour la lutte, c’est-à-dire en bon état corporel, et en reprise de poids. Pour atteindre cet objectif, un premier tri est à effectuer au tarissement, en éliminant les brebis trop âgées et les brebis à problèmes lors de l’agnelage précédent. Toutes les interventions provoquant un stress (tonte, déparasitage, vaccinations, parages d’onglons…) doivent être réalisées au moins un mois et demi avant la lutte.
Pour les agnelles, envisager plutôt la pose d’éponge
Pour toutes les races, la saison sexuelle des agnelles est nettement plus courte que celle des brebis. C’est pourquoi le recours aux luttes naturelles à contre-saison avec des femelles mises à la reproduction pour la première fois conduit à des taux de fertilité irréguliers et souvent médiocres. Cela se vérifie également avec les antenaises (agnelles âgées d’un an et plus). Une synchronisation des chaleurs avec des éponges de progestagènes garantit des résultats réguliers.
Cette méthode permet de grouper les agnelages et d’augmenter la prolificité, mais elle demande beaucoup de travail et de rigueur. L’intervalle entre la mise-bas et la pose d’éponge doit être d’au moins 60 jours. Cette technique nécessite de constituer des lots de 5 femelles par bélier, et de suivre scrupuleusement le protocole (délai entre pose et retrait, délai d’injection et dose de PMSG).
Pour avancer la saison sexuelle : les implants de mélatonines
Pour se reproduire, les ovins présentent un caractère saisonnier : leur activité sexuelle n’est pas constante tout au long de l’année. En effet, les moutons sont très sensibles aux cycles lumineux, qui se traduisent par la sécrétion d’une hormone : la mélatonine. Celle-ci est produite en forte quantité la nuit et stimule l’activité sexuelle. La saison sexuelle des ovins commence quand les jours raccourcissent, à partir de fin juin et s’arrête quand les jours rallongent. En période de jours longs, les moutons sont en « repos sexuel » par manque de sécrétion de mélatonine.
L’utilisation d’implants sous-cutanés permet d’avancer la saison sexuelle, à la condition que ce traitement soit appliqué après une période suffisante de jours longs pour qu’il y ait eu effectivement une phase de « repos sexuel ». Cette technique est surtout employée chez les béliers pour avancer la saison sexuelle, augmenter la quantité et la qualité de la semence, et obtenir des mâles ardents tôt en saison.
En monte naturelle, l’administration de 3 implants par bélier au moment où ils sont isolés du troupeau permet d’assurer une production de spermatozoïdes optimale lors de la période des saillies. Pour la brebis, un seul implant est utilisé.
Pour améliorer les résultats de reproduction : soigner le flushing
Pour les brebis, le flushing repose sur l’augmentation du niveau énergétique par l’introduction de 300 à 400 g de céréales ou pulpes sèches 3 semaines avant la lutte et 3 semaines pendant celle-ci. Même si l’avoine est un bon stimulant, son apport ne doit pas dépasser la moitié de la quantité de concentré. Il peut aussi être réalisé par la mise à disposition d’une herbe jeune et abondante, d’excellente qualité, mais il faut faire attention aux conditions climatiques, source de stress. L’objectif est d’obtenir une bonne prise de poids avant gestation et une meilleure ovulation. On estime une augmentation de productivité numérique de l’ordre de 10 à 20 % grâce au flushing.
Pour les béliers, le flushing doit démarrer 2 mois avant la mise en lutte et se traduit par l’apport de 500 g de concentrés. Cette quantité peut être modérée si le bélier a un bon état d’engraissement ou s’il est à l’herbe. L’apport de minéraux (Ca, P, Mg) sera constant durant cette préparation, et il ne faut jamais oublier un traitement antiparasitaire. La prévention des boiteries est indispensable pour ne pas handicaper le bélier lors de la saillie.
Il n’existe pas de limite technique à la combinaison de plusieurs techniques de désaisonnement, mais plutôt des limites économiques et de temps de travail. Souvent, l’effet bélier est combiné aux éponges, les implants de mélatonine étant finalement peu utilisés. Les éleveurs doivent choisir leur conduite de reproduction pour trouver la meilleure cohérence entre les besoins de la filière et leurs contraintes d’organisation du travail.
Philippe Gabelle, conseiller ovins (tél. : 03 27 61 36 94)
Chambre d’Agriculture du Nord-Pas de calais
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