Floraison précoce, récolte avancée
Une plante est fleurie lorsqu’elle présente ses premières soies, une parcelle est fleurie quand 50 % des plantes présentent des soies. Il faut prévoir une visite au champ un mois après la floraison pour observer le remplissage du grain et estimer l’avancement de la culture. - © S. Roupnel
La floraison du maïs correspond à la sortie des soies. Une plante est fleurie lorsqu’elle présente ses premières soies, une parcelle est fleurie quand 50 % des plantes présentent des soies.
Cette année 2011, les floraisons femelles ont commencé très tôt, dès la troisième décade de juin pour les semis de fin mars ou de la première décade d’avril.
Avance exceptionnelle en végétation pour les semis précoces
On note une grande variabilité des parcelles cette année, liée essentiellement à la date de semis (et par conséquent, à la disponibilité en eau au semis).
Les semis précoces sont généralement beaux : la floraison femelle est en cours dans de nombreuses situations. On note de bonnes levées, des parcelles homogènes, des maïs entre 14 feuilles et floraison-fécondation dans les parcelles les plus avancées.
Les plantes sont cependant relativement courtes. Trois raisons à cela : le semis précoce (jours courts), l’exceptionnel rayonnement au printemps, et le manque d’eau au printemps... Belle promesse.
Des semis tardifs plus hétérogènes
À l’inverse, les semis tardifs de la mi-mai sont très hétérogènes, avec des manques à la levée et/ou des levées en deux dates. La faute au manque d’eau dans les sols au semis et à la levée. Le retour du froid sur des plantes peu développées les a longuement bloquées (rougissement). Dans les situations les plus difficiles, des plantes restent chétives. On remarque de nombreux échecs des semis de maïs derrière ray-grass.
Entre les deux extrêmes de dates de semis, on note une grande variabilité des parcelles.
De nombreux échecs de désherbage sont dus aux conditions climatiques. Le désherbage de pré-levée est en baisse, tandis que le désherbage de post-levée est en hausse. Mais on remarque aussi des désherbages tardifs sur des adventices et des maïs développés. Des phytotoxicités sont à déplorer, dues aux températures très fraîches de fin mai et début juin. On constate des difficultés de désherbage sur des doubles levées.
Du côté des populations de ravageurs
• Pyrale : le vol se poursuit et semble prendre de l’importance. Rappelons que les comptages de larves à l’automne 2010, en progression par rapport à l’automne 2009, restent d’un niveau faible, le plus souvent inférieur à 0,5 larve par pied.
La lutte biologique – trichogrammes – a été faite au début du vol.
En parcelles à risque, les interventions au stade limite passage tracteur ont pour la plupart eu lieu, celles positionnées près du pic sont dorénavant envisageables.
Il existe désormais 2 familles de produit pour lutter contre la pyrale :
- les pyréthrinoïdes : 6 matières actives sont homologuées contre la pyrale (cf. dépliant Arvalis-Institut du végétal 2011), sous forme liquide ou granulés pour l’une d’entre elles (cyperméthrine). Cette formulation est plus respectueuse des auxiliaires, mais nécessite un équipement particulier ;
- le chlorantraniliprole (Coragen) : homologué sur maïs grain à 0,125 l/ha (pas d’AMM sur maïs fourrage) pour lutter contre la pyrale entre 8 feuilles et remplissage des grains. Dans les essais d’Arvalis dans la région Centre, le niveau d’efficacité enregistré ces dernières années est régulièrement supérieur à celui de pyréthrinoïdes, optimal pour un positionnement à l’approche du pic de vol. Doté d’un mode d’action spécifique, cette spécialité est plus respectueuse des auxiliaires, ce qui permet d’envisager une lutte efficace contre la pyrale sans interférer sur les dynamiques des populations de pucerons.
Dans tous les cas, consultez l’étiquette des produits avant toute intervention : les doses maximales des produits autorisés sont réduites en période de floraison du maïs et de production de miellat. Tout traitement en présence d’abeilles est interdit.
• Pucerons : les niveaux de populations – sitobion et métopolophium – sont toujours restés en dessous des seuils de nuisibilité habituellement reconnus. Après avoir été soutenue à la fin du mois de juin, la fréquence de pucerons verts reste forte, mais les niveaux d’infestations régressent sous la pression d’une bonne installation des auxiliaires.
À surveiller plus particulièrement à l’approche de la floraison : Rhopalosiphum padi (puceron noir, cf. photo). Ce dernier est à surveiller courant juillet et août, notamment à l’approche de la sortie des panicules. Il s’installe sur la panicule, les feuilles du haut de la plante, et l’épi. Les dégâts sont dus à la présence d’un abondant miellat, sur lequel se développent des fumagines qui, par la formation d’une couche noire recouvrant le feuillage, limitent la photosynthèse. Le maïs réagit à cette perte de surface foliaire fonctionnelle en réduisant le nombre de grains à alimenter (avortement des grains principalement depuis la pointe de l’épi).
Observez vos parcelles tous les jours, et regardez si les auxiliaires sont présents (coccinelles, syrphes et chrysopes). Regardez comment les populations évoluent. Surveillez en priorité les parcelles ayant reçu un traitement à base de pyréthrinoïde contre les pyrales.
Si besoin est, intervenir immédiatement avec un insecticide de type pyrimicarbe (effet vapeur très intéressant) ou pyréthrinoïde (effet contact), ou bien leur association. L’avantage du pyrimicarbe est qu’il est moins virulent envers la faune auxiliaire ; il limite donc les réinfestations de pucerons par la suite, mais il sera moins persistant que les pyréthrinoïdes (8 jours contre 2 semaines pour les pyréthrinoïdes). Attention, à la floraison, seul le pyrimicarbe est autorisé (cf. dépliant « Protection du maïs »).
Maïs fourrage : la récolte sera précoce...
La date de floraison femelle est un indicateur de la précocité de la parcelle.
À partir de la floraison, on peut commencer à penser au chantier de récolte des ensilages, les parcelles ayant fleuri les premières seront récoltées les premières !
Rappelons qu’il faut environ 600 d/j base 6 depuis la floraison pour atteindre le stade 32 % MS de la plante entière.
Il faut prévoir une visite au champ un mois après la floraison pour observer le remplissage du grain et estimer l’avancement de la culture. Mieux vaut ne pas prendre de décision de date de récolte du fourrage avant cette visite.
Il est nécessaire cette année de planifier et d’organiser les chantiers de récolte bien plus tôt que d’habitude. La précocité de végétation déjà observée peut encore s’accélérer, car la dessiccation des grains est potentiellement plus rapide en août qu’en septembre ou octobre. Il est important de commencer les chantiers « à l’heure » pour ne pas terminer trop tard. Bonne moisson !
B. CARPENTIER
Arvalis – Institut du Végétal
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