6 conseils pour réussir la mise en silo de l’ensilage
Sur l’exploitation, plusieurs tracteurs tasseurs permettront de confectionner simultanément deux silos et supporteront mieux le grand débit de chantier des ensileuses. - © S. Leitenberger
Le hachage a deux objectifs apparemment contradictoires : hacher fin pour faciliter le tassement du silo, et laisser des brins assez longs pour la mastication des vaches. Le tamis secoueur est un outil efficace pour juger la finesse de hachage.
Maîtriser la qualité du hachage
Les gros morceaux (> 20 mm) sont indésirables car ils gênent le tassement du silo, et provoquent des refus à l’auge qui entraînent une baisse de consommation des vaches. La présence de plus de 1 % de gros morceaux (soit le contenu d’un gobelet pour un seau de 10 litres) traduit un défaut de réglage ou d’entretien de l’ensileuse.
Concernant les particules moyennes (de 10 à 20 mm), il faut viser 10 % à l’auge. Moins il y a de particules moyennes, meilleur est le tassement, surtout si la teneur en MS du maïs dépasse 35 %. Dans les secteurs où le maïs ne se dessèche pas facilement (récolte en octobre, dans les régions maritimes), il n’y a pas d’inconvénient pour la conservation à augmenter la longueur de coupe (15 à 20 % de particules moyennes). Cependant, on a mesuré dans les essais sur vaches laitières une baisse de l’ingestion (- 0,5 kg de MS) pour un hachage trop grossier, ainsi qu’une baisse de l’efficacité de la ration quand le maïs contenait moins de 5 % de particules moyennes (- 5 % d’UFL valorisées). La longueur des particules n’est pas le principal facteur de maîtrise de l’acidose. Il faut d’abord veiller à la composition des rations et ne pas dépasser 28 % d’amidon dans la ration des vaches laitières en première moitié de lactation.
L’attaque des grains est à adapter à la maturité. L’amidon vitreux des maïs à plus de 32 % de MS a besoin d’être fractionné pour que sa digestion soit optimisée : c’est le rôle des éclateurs de grains, disponibles sur la plupart des machines. Rappelons enfin que la coupe des particules doit être franche et nette, ce qui nécessite l’affûtage régulier des couteaux de l’ensileuse.
Prévoir un avancement rapide du front d’attaque du silo
Dans le silo de maïs fourrage, les pertes interviennent surtout au front d’attaque, pendant l’utilisation de l’ensilage. L’une des conditions à respecter pour éviter les échauffements consiste à avancer le front du silo plus vite que la reprise des fermentations. On retient généralement les valeurs minimales suivantes d’avancement du front d’attaque : 10 cm par jour en moyenne en hiver, 20 cm par jour en moyenne en été. La largeur et la hauteur des silos doivent donc être adaptées.
Éviter la présence de terre dans le silo
La terre apportée par les roues des tracteurs et des remorques est une source de spores butyriques qui mettent en péril la bonne conservation du silo. Pour éviter ce risque, mieux vaut préférer les silos en sol bétonné, les zones de circulation proches du silo en terrain stabilisé.
Tasser pour enfermer le moins d’air possible dans le silo
Plus le maïs est récolté vert et humide, moins le silo tassé conserve de porosité. On estime qu’à 30 % MS, on enferme environ 1 litre d’air par kg de matière sèche. En quelques heures (3-4), il n’y a plus d’oxygène dans le silo et les bonnes fermentations se déroulent sans délai.
Quand le maïs fourrage est plus sec (35 % MS), chaque mètre cube du silo est plus difficile à tasser. Le hachage fin est utile pour augmenter la densité de matière sèche. L’air enfermé dans le silo représente alors 3 à 5 litres par kg de matière sèche. Les cellules encore vivantes du maïs sont moins actives : il faut donc beaucoup plus de temps pour épuiser l’oxygène enfermé (3 à 5 jours). Pendant ce délai, les bonnes fermentations lactiques ne démarrent pas, mais les levures et moisissures se multiplient. Si le silo est bien hermétique, leur activité s’oriente vers une vie ralentie et cesse d’échauffer le silo... Mais, plus tard, en présence d’air (trou dans la bâche, front d’attaque), les dégradations reprennent de plus belle : c’est la principale cause de pertes de matière sèche lors de la conservation du maïs fourrage.
Assurer la cohérence du chantier
Avec l’évolution vers des ensileuses de très grand débit, le tracteur tasseur n’a plus le temps d’effectuer un travail correct, surtout en cas de taux de MS élevé. Dans ce cas, il faut revoir la cohérence du chantier, soit par un retour à une machine moins performante, soit par la confection simultanée de deux silos avec deux tracteurs tasseurs.
Mettre le fourrage à l’abri de l’air du premier au dernier jour
L’absence d’oxygène est nécessaire pour que les fermentations se déroulent bien ; le renouvellement de l’oxygène relance les échauffements... Le jour de la récolte, la fermeture du silo doit donc être la plus hermétique possible, grâce à une bâche plastique, bien posée et bien protégée.
Bertrand Carpentier
Arvalis-Institut du Végétal
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