Le banc d’essai tracteur permet de faire le point sur l’état du moteur
Chez la plupart des constructeurs, la puissance annoncée est inférieure à 10 voir 25% à la puissance réelle du moteur. - © le syndicat agricole
L’opération de contrôle des tracteurs réalisée en juin dernier a attiré de nombreux agriculteurs. Organisée par la FRCuma et la Chambre régionale d’agriculture, avec le concours de la Société Aile, une centaine de tracteurs sont ainsi passés au banc. Une campagne de contrôle qui a pu se dérouler sur deux semaines en regroupant dans une même ferme les tracteurs d’un secteur. Cette opération est soutenue financièrement par le Conseil régional et l’Ademe (via le fond régional d’aides à la maîtrise de l’énergie et de l’environnement). Ce contrôle des tracteurs a une nouvelle fois était riche en enseignement.
Les nouveaux tracteurs sont surpuissants
Chez la plupart des constructeurs, la puissance annoncée est inférieure d’au moins 10 % à la puissance réelle du moteur ; dans certains cas, l’écart est de 20 à 25 %. Ainsi, un tracteur de 1 000 heures vendu pour 125 CV en faisait en réalité 150 CV, et ce cas n’était pas un cas isolé !
Pour transformer la puissance d’un moteur, il suffit soit d’augmenter la pression du turbo et/ou de modifier la programmation électronique de l’injection en augmentant la quantité de carburant fournit par la pompe. Le fait de disposer de plus de puissance permettra de compenser la perte d’énergie due aux boites de vitesse de type « powershift » ou des équipements de confort comme la climatisation, par exemple.
Il faut dire aussi qu’une même base moteur peut donner des puissances variant du simple au double ! Parfois, on peut se demander l’utilité de certains modèles, tant les puissances sont proches et que la tendance est de vendre le plus petit modèle en y appliquant les réglages moteurs des modèles au dessus ! Attention tout de même : car à augmenter de 20 % et plus la puissance, on pourrait engendrer des casses d’embrayage, de boites de vitesses, de ponts et d’autres organes de transmission.
L’usure de l’injection
En règle générale, au-delà de 3 000 heures, les injecteurs donnent des signes d’usure : (exemple pour un tracteur de 120-130 CV)
- de 3000 à 5000 h : + 1 l/h
- de 5000 à 7000 h : + 2 l/h
- de 7 000 à 10 000 h : + 3 l/h
Ces chiffres sont des moyennes. Il est évident que le type d’injecteur ou de pompe d’injection peut retarder ces surconsommations, de même que la façon dont le tracteur a été conduit. Un certain nombre de tracteurs, pas forcément avec beaucoup d’heures, présentent des anomalies dues notamment à des pompes d’injection déréglées ou ayant un mauvais calage.
La bonne conduite d’un tracteur
On ne le dira jamais assez, un moteur çà travaille au couple et non pas en puissance ! Le couple c’est la résistance à l’effort. Ainsi, à une charge de travail correspond un couple-moteur. Plus la charge est élevée, plus le couple l’est également, jusqu’à un certain point qu’on appellera le couple maximum, ce qui équivaut à un régime moteur de ± 1 300 tours/mn. En pratique, on détermine un régime à vide, par exemple : 1 900 tours/mn. Dès que l’on est en charge, il faut que le régime baisse automatiquement de 200 à 300 tours ; le couple augmente afin de travailler à 1 600 tours/mn par exemple, il restera encore quelques centaines de tours de baisse forcée au cas ou une difficulté se présenterait.
Il n’existe que deux raisons valables de ne pas travailler au couple : c’est, d’une part, lors de travaux à la prise de force où il faut un régime élevé (1 000 tours/mn) afin que l’outil soit efficace ; et d’autre part, lors de transports routiers où l’on veut aller vite en roulant plein gaz !
Il est à noter cependant que de plus en plus de tracteurs sont équipés de prises de force dites économiques (1 000 tours/mn prise de force à un régime moyen). De même, des boites de vitesses de type « vario » permettent de rouler à 40 km/h à des régimes moteurs intermédiaires.
Pour optimiser la conduite des tracteurs, la Chambre d’agriculture a fait l’acquisition d’un système, grâce au soutien financier de l’Ademe, permettant le suivi à distance de la consommation. Ainsi une fois le débitmètre branché, il sera possible pour un groupe de personnes de suivre en salle (à 1 km maxi du champs) les évolutions d’un tracteur au travail en demandant au conducteur, par liaison radio, de modifier certains paramètres comme par exemple, changer de vitesse, de régime moteur, de profondeur de travail du sol, etc... Cet outil très pédagogique sera en démonstration à la foire agricole d’Hazebrouck en septembre et par la suite lors d’autres manifestations ainsi que dans les lycées et instituts agricoles. Mais aussi ce week-end lors de la finale départementale de labour à Orchies (59) et le 30 août à Fleurbaix, finale de labour du Pas de Calais.
Au terme de ces contrôles, on constate que les tracteurs testés sont un peu à l’image de l’évolution des techniques et des adaptations du monde agricole, c’est à dire que la puissance moyenne augmente. On teste aujourd’hui très peu de tracteur en dessous de 100 CV, ce qui n’était pas le cas dans les années 1990. Les modèles testés sont aussi de plus en plus sophistiqués avec des équipements comparables aux véhicules routiers !
Hervé PHILIPPO
Chambre d’Agriculture
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