Insecticides sur choux : opter pour le respect de la faune auxiliaire
Quelques exemples de la faune auxiliaire : 1. chrysope ; 2. larve de coccinelle ; 3. syrphe adulte. - © DR
La mise en place du plan Écophyto 2018 nous interroge sur l’avenir de la lutte chimique, notamment en culture légumière où la gamme est déjà mince. Aujourd’hui, des choix peuvent être faits pour favoriser une lutte appuyée sur la présence des auxiliaires, mais à quel prix ?
Situation réglementaire
Le plan Écophyto 2018 a été voté suite au Grenelle de l’environnement. Il se définit comme tel : « Le plan Écophyto 2018 constitue l’engagement des parties prenantes – qui l’ont élaboré ensemble – à réduire de 50 % l’usage des pesticides au niveau national dans un délai de 10 ans, si possible. Il vise notamment à réduire la dépendance des exploitations agricoles aux produits phytos, tout en maintenant un niveau élevé de production agricole, en quantité et en qualité. » En conséquence, dans les prochaines années, les homologations seront de moins en moins nombreuses, alors que les retraits de matières actives se multiplieront. Le secteur légumier étant déjà mal pourvu, celui-ci risque de se retrouver avec de nouveaux usages orphelins, résultants d’une absence totale de moyens de lutte chimique contre certains ravageurs ou maladies. Dans cette perspective, il devient impératif d’intégrer les autres moyens de lutte, comme la prophylaxie ou les aides naturelles que sont les auxiliaires. Vient également en appui la surveillance sur le territoire des bios agresseurs par la mise en place du Bulletin de santé du végétal. Ce bulletin fait état de la situation sanitaire des cultures (grandes cultures, pommes de terre et légumes). L’analyse se fait à partir d’observations réalisées sur un réseau de parcelles qui donnent lieu à l’édition d’un bulletin indiquant les risques potentiels et les seuils de nuisibilité (cf. page 18).
Insecticides et auxiliaires : une cohabitation possible
Désormais, les homologations de produits prennent sérieusement en compte les nuisances possibles vis-à-vis de l’environnement (qualité des sols, pollution des eaux, respect de la faune sauvage...). Il devient donc judicieux de privilégier ces molécules afin de contribuer, dès aujourd’hui, à la mise en place d’un environnement riche et accueillant. L’installation autour de vos parcelles d’une faune auxiliaire suffisante pour aider à la lutte contre certains nuisibles prendra plusieurs années, et probablement plusieurs décennies pour que cela se mette en place à l’échelle territoriale. L’utilisation de matières actives respectueuses de cette faune, dont les principaux individus sont répertoriés dans le tableau 1, aidera à son implantation massive sur plusieurs générations d’individus pour une lutte plus active et efficace.
Des aménagements peuvent être faits pour favoriser leur implantation dans l’environnement, comme la mise en place de bandes enherbées, de haies, de bandes fleuries, de jachères sauvages, etc. Les fauchages tardifs des talus, fossés ou jachères permettent également de leur fournir un abri et un garde-manger durant leur période de développement et de reproduction.
Le point sur les insecticides en choux
Certains insecticides homologués sur les cultures de choux sont respectueux de cette faune prédatrice, autrement dit sélectifs. Ils permettent la corrélation entre la lutte chimique et l’action des auxiliaires. Ainsi, en cas de faible attaque, les auxiliaires seront alors suffisants pour gérer les populations de ravageurs. A contrario, lors de fortes infestations, les auxiliaires seuls ne pourront pas contenir les nuisibles, mais permettront par la suite la diminution du nombre d’interventions.
En regardant le tableau 2, on constate qu’il existe au moins un produit phyto respectueux des auxiliaires pour chaque ravageur existant sur la culture du choux. Ainsi, qu’il s’agisse d’une attaque de mouche, d’altise, de puceron ou de chenille, il est possible de faire le choix de sauvegarder la faune auxiliaire.
Contraste des prix
Le gros point négatif de ce raisonnement est le prix, souvent beaucoup plus élevé, des produits commerciaux. Comme indiqué dans le tableau 2, l’utilisation de ces matières actives sélectives des auxiliaires engendre des coût de traitement compris généralement entre 25 à 75 € de l’hectare. Sachant que le seul produit qui était encore abordable (15 €/ha), constitué de la molécule d’Esfenvalérate (Sumi Alpha), est depuis peu soumis à de nouvelles restrictions qui le rendent quasiment inutilisable. Ce constat vient en opposition avec le coût des interventions réalisées avec des substances non sélectives. Pour exemple, la Lambda-cyhalothrine (Karate), la Cyperméthrine (Cythrine L), la Deltaméthrine (Decis) ou encore d’autres pyrèthres, amènent à des coûts de traitement de l’ordre de moins de 10 à 20 € tout au plus de l’hectare.
Dans l’objectif de répondre au plan Écophyto 2018, le monde légumier se voit donc dans l’obligation de trouver de nouvelles solutions, ou du moins de nouvelles pistes de travail. Même si ces nouvelles directions sont actuellement plus coûteuses, et donc en déphasage avec la situation économique des marchés légumiers, la situation est telle qu’il est nécessaire d’agir pour ne pas subir.
Sophie Morel, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais
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