Sécheresse: faire le point et étudier les différentes alternatives
Pour l’heure, la préoccupation majeure est de s’assurer de faire la soudure, tout en estimant la quantité des stocks hivernaux consommés. Si l’incertitude de la météo à venir rend difficile l’élaboration d’un plan d’action à long terme, il convient néanmoins de réfléchir dès à présent aux alternatives possibles. Le maître mot est d’être réactif sans pour autant se précipiter…
Réfléchir à sa politique alimentaire
Après l’état des lieux des stocks, de l’herbe sur pied, du maïs en silo, de l’herbe récoltée (ensilage herbe, foin, enrubanné) et enfin de la paille, 3 postes sont à analyser :
1. Avec des stocks d’herbe à pâturer faibles, il faudra malgré tout garder une rotation, voire contenir les vaches sur un parcellaire limité pour laisser un temps de repos à la végétation (ce sera bénéfique en cas de précipitations). Ceci implique une distribution de fourrage importante.
2. Distribuer une ration en cohérence avec le potentiel des animaux, sans pour autant pénaliser la production de lait. Son prix reste en effet attractif pour les deux mois à venir, et la quantité réalisée ne sera plus à faire si la sécheresse persistait. Pour cela, l’ouverture des silos d’herbe réalisés 3 semaines plus tôt (ou de l’enrubanné) peut s’avérer nécessaire. L’utilisation de paille comme fourrage peut d’ores et déjà s’envisager. La quantité de maïs distribué dépendra du stock restant. Enfin, un éventuel apport de concentré ou de sous-produit pourra être réalisé afin d’atteindre l’objectif de production.
3. Estimer la quantité des stocks hivernaux qui seront consommés et commencer à prévoir des achats de fourrages ou de sous-produits, de paille, voire l’ensilage de céréales immatures.
Quelques pistes à explorer
1. La paille :
La récolte de paille sera faible, et sûrement insuffisante pour couvrir les besoins habituels dans de nombreuses exploitations. Pour pallier un déficit fourrager, elle reste très intéressante, notamment pour les animaux à faibles besoins (génisses, vaches allaitantes, bœufs à l’entretien…). Il est donc impératif d’élargir ses recherches pour ce fourrage, afin d’essayer de contractualiser des achats (à prix raisonnable) dès aujourd’hui. Cela doit être une préoccupation majeure. Tout est bon à prendre : fane de pois, paille de colza…
2. Les sous-produits :
Ils peuvent se substituer aux fourrages, en partie seulement pour les rations vaches laitières (30 % de la ration). En revanche, ils peuvent être utilisés plus largement pour les animaux à faibles besoins, avec par exemple un support paille. Aujourd’hui, les quantités offertes sont limitées voire nulles pour certains (pommes de terre et dérivés). De la pulpe sèche reste en stock pour un prix de l’ordre de 235 €/tonne, de même pour le corn gluten feed sec à environ 200 €. La disponibilité de produits humides est variable : un peu de drêches de brasserie (environ 50 €/t), de la purée de pois (40 à 45 €/t), du corn gluten feed humide (90 €/t), et pour finir des produits issus de la transformation du blé à un prix avoisinant les 90 €/t.
À l’automne, d’autres sous-produits arriveront sur le marché, et notamment la pulpe de betterave surpressée qui est souvent à un prix très compétitif (spéculation !).
3. La céréale immature :
Beaucoup de ventes de céréales ont d’ores et déjà été contractualisées. Il est donc impératif de faire le point sur les quantités vendues et les quantités de récolte espérées. Honorer ces contrats est à ce jour une obligation. Le prix moisson au 25 mai est de l’ordre de 188 €/t pour l’escourgeon, et de 221 €/t pour le blé. La paille est aujourd’hui à 90 €/t. Par exemple, un rendement potentiel de 75 q et 2,5 t de paille générera un revenu de 1 782 €/t (frais de battage déduit). Avec cette même céréale, le rendement en récolte immature sera de 7 à 8 t de MS, ce qui nous conduit à un prix à la tonne de MS de 237 €. Cela est à comparer avec les sous-produits disponibles.
La décision ou non de récolter de la céréale immature est difficile au regard de son prix à la tonne de MS.
4. Le maïs ensilage :
L’achat de maïs sur pied initialement destiné à une récolte en grains peut être envisagé. Avec un rendement de 13-14 t de MS/ha, ceci reste une solution qui est souvent compétitive vis-à-vis des sous-produits.
5. Interculture fourragère :
Il peut s’agir de RGI, mélange avoine/pois/protéagineux ou avoine/vesce pour constituer des stocks d’automne. C’est une autre piste à ne pas négliger si la météo le permet, d’autant plus que les terres vont être « libérées » tôt cette année. Toutefois, il faudra veiller à la disponibilité de la semence auprès de votre fournisseur habituel.
6. Réduire le cheptel :
La vente d’animaux est une solution extrême. Néanmoins, il peut être utile de faire dès aujourd’hui le point sur son cheptel et peut-être envisager de vendre les animaux à productivité faible, sans potentiel et à une valeur acceptable.
Pour finir
Il convient de procéder par étapes en fonction des événements météo pour le mois à venir. Dans un premier temps, il faut assurer la soudure. Se couvrir largement en paille (dans la mesure du possible) reste la priorité. Le choix de la céréale immature se fait soit par obligation (stock très faible), soit à titre d’assurance.
Fin juin, nous aurons une meilleure visibilité sur le potentiel des maïs à venir, au cas où la récolte s’annonce mauvaise. Il faut aussi réagir rapidement sur l’achat de fourrages car, dans cette situation, on peut s’attendre à une spéculation forte et à un approvisionnement difficile. Mais pour l’heure, gardons espoir, le maïs est une plante « coriace » et on peut imaginer une pousse d’herbe à l’arrière-saison spectaculaire comme l’an dernier ; éléments qui favoriseront des récoltes suffisantes pour reconstituer une partie des stocks.
Vincent Claisse
Nord Conseil Élevage
Sècheresse : un rendez-vous pour faire le point au cas par cas
Nous vous donnons rendez-vous les 9 et 10 juin à Haut-Lieu sur le site de Cevinor à l’occasion des Journées de l’herbe en Avesnois, 2 jours consacrés à la culture de l’herbe. Au-delà du programme prévu – infos techniques sur l’utilisation des surfaces en herbe, l’élevage allaitant, les économies d’énergie, mais aussi vente de matériels d’occasion, animation de chiens de troupeau avec des bovins, contention bovine et démonstrations de matériels – vos conseillers techniques de l’Adarth, de Nord Conseil Élevage ou de la Chambre d’agriculture de région seront à votre écoute pour étudier avec vous les solutions possibles pour répondre à la situation actuelle sur votre exploitation.
Pour l’ADARTH, Quentin DE WILDE
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