Stocks fourragers : une campagne difficile se profile...
La sécurité fourragère est un élément essentiel de la productivité et du revenu des élevages bovins et laitiers. L’année climatique 2010 se caractérise par des pousses d’herbe moyennes et des risques sur les rendements futurs des maïs fourrages. L’ensilage de céréales immatures au bon stade est un des palliatifs à ne pas négliger pour assurer des coûts alimentaires 2010 acceptables.
Un printemps froid et venteux qui a pénalisé les pousses et stocks d’herbe
Les mesures effectuées chaque semaine sur 6 sites (voir graphique ci-contre) mettent en évidence le retard de pousse en 2010, notamment en avril et début mai, non compensé par la 1ère quinzaine de juin, pourtant plus favorable. Au 5 juillet, le manque d’herbe par hectare est estimé à 750 kg MS par rapport aux années antérieures, soit moins 13 %.
Des maïs en « petites terres » qui souffrent du sec et des fortes chaleurs
Le vent froid et desséchant de ce printemps a pénalisé les démarrages des maïs. Les désherbages réalisés plus tardivement ont parfois bien « freiné » la pousse de début juin. En bonnes terres, avec des réserves utiles en eau suffisantes, le retard constaté de taille des maïs peut être compensé. La qualité dépendra des températures et du stress hydrique éventuel lors des fécondations fin juillet. À l’opposé, dans les petites terres « cranettes » et dans certaines parcelles de maïs après RGI ou dans certaines argiles à silex, dès maintenant il est possible de prévoir des baisses de rendement importantes, de l’ordre de 4 à 5 t MS par rapport aux références. Les petites pluies de début juillet auront peu d’effet, et la météo annonce de nouveau des températures élevées pour mi-juillet. Dans ces parcelles, baisse de rendement et de qualité des maïs sont dès aujourd’hui prévisibles.
Évaluer chez vous les manques éventuels de fourrages pour cet hiver
Chacun peux estimer un éventuel manque en prenant en compte :
- les boules foin et enrubanné réalisées ce printemps comparées à la même période de 2009 ;
- les pertes estimées sur les différentes parcelles de maïs ;
- les surfaces emblavées et le nombre d’UGB à nourrir cet hiver ;
- les réserves habituelles.
Exemple
Dans le cas présenté dans le tableau ci-dessous, le manque de stocks évalué sur les fourrages 2010 peut s’évaluer à 54 tMS. Soit de l’ordre de 500 kg de MS/UGB. À celui-ci peut s’ajouter une consommation supérieure de fourrages complémentaires d’été si le manque d’eau perdure.
Ensiler des céréales immatures : une solution d’actualité pour anticiper
Chaque fois qu’un manque de fourrages existe, les différentes solutions de rattrapage sont coûteuses. Les achats de maïs sur pied, les coproduits vont probablement voir leur prix augmenter. Il est préférable dès à présent de prévoir une partie du manque comblé par vos propres ressources.
L’ensilage de céréales immatures au stade grain laiteux pâteux reste une très bonne alternative. Pour la réussir, choisissez l’ensilage coupe fine (directe de préférence) des parcelles d’avoine ou de blé les plus tardives et à bon potentiel pour garder une bonne ingestion du produit, et assurez un tassement suffisant.
Avec les fortes chaleurs, la maturité des blés peut avancer très vite... si le bas des tiges vient déjà de « jaunir » sur une ou 2 feuilles il est possible d’arroser les dessus de silos pour maintenir une conservation correcte .
Prévoyez également des silos avec un avancement suffisant, surtout en cas de consommation estivale. Pour cela, évitez les silos trop hauts.
En règle générale, le conservateur n’est pas nécessaire, sauf éventuellement 2 à 3 kg de sel épandus par m2 superficiellement. Les consommations et les productions laitières observées avec des bons ensilages de céréales immatures à demi ration sont très satisfaisantes en rations mixtes (herbe d’automne et céréales ensilées ou maïs et céréales l’hiver).
Il n’est jamais agréable de devoir ensiler une parcelle initialement destinée à être moissonnée. Mais la surface ensilée autour du 10-15 juillet vous permettra dès le mois d’août de maintenir vos livraisons de lait, et cela se retrouvera dans la trésorerie de mi-septembre.
Ces ensilages de céréales compléteront utilement les autres pistes d’adaptation cet hiver. N’hésitez pas à évaluer avec vos conseillers d’élevage votre propre situation.
J.M. Lebrun
Chambre d’Agriculture
Nord-Pas de Calais
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