SDHI : comment les intégrer dans les programmes ?
Les SDHI devraient être homologués très prochainement, pour une utilisation dès le printemps 2012. Ils seront utilisés le plus souvent sous forme d’associations prêtes à l’emploi. - © V. Marmuse, CAIA
Les SDHI de nouvelle génération sont particulièrement intéressants pour lutter contre la septoriose du blé et les maladies de l’orge. Leur positionnement naturel sur blé est plutôt en second traitement dans le cadre d’un programme à 2 ou 3 traitements. Ils peuvent être aussi valorisés en traitement unique. Sur orge, leur place est aussi bien en T1 qu’en T2. Leur coût est très sensiblement plus élevé que les fongicides du marché. L’une des options pour contenir la dépense est d’ajuster les doses de manière à substituer 1 € d’un fongicide « classique » par 1 € de ces innovations SDHI. Augmenter la dépense n’est pas à exclure et doit se raisonner en fonction de la pression maladie, du rendement potentiel et de l’évolution du prix du blé. Ces innovations ont, en effet, capacité à contrôler efficacement de fortes pressions de maladie. Les SDHI devraient être homologués très prochainement, pour une utilisation dès le printemps 2012.
Les SDHI toujours en attente d’homologation
Dès la campagne 2011/2012, les firmes vont commercialiser de nouvelles spécialités fongicides incorporant des carboxamides** de nouvelle génération : le fluxapyroxad de BASF et le bixafen de Bayer. Les produits purs sont homologués sous les noms respectifs de Imtrex et Thore. Ils seront cependant utilisés le plus souvent sous forme d’associations prêtes à l’emploi. Les homologations pour ces associations contenant ces nouvelles molécules, codées respectivement BAS 701 F et F128 BCS et F133 BCS, sont attendues dans les prochains jours ou les prochaines semaines.
Les nouveaux produits à base de boscalid BAS 549 F et à terme BAS 667 (premier SDHI foliaire introduit sur céréales) bénéficient d’une amélioration de la formulation et par conséquent de l’efficacité. Là aussi, de nouvelles homologations sont attendues prochainement pour BAS 549 F.
Les performances des SDHI
Les points forts de ces nouvelles substances SDHI sont sur céréales, principalement la septoriose du blé et d’une manière assez générale les maladies de l’orge. Elles offrent donc une nouvelle possibilité de lutte fongicide en association avec des molécules existantes. Techniquement, ces solutions apportent un réel progrès et, à pleine dose, surpassent largement les meilleures solutions disponibles. Seul bémol : leur prix, qui porte ces solutions à des niveaux jamais atteints, soit pour une dose homologuée de 80 € à plus de 100 € !
Faut-il augmenter l’investissement fongicide en 2012 ?
On peut être tenté de faire progresser (toutes choses égales par ailleurs) l’investissement fongicide dans un contexte de cours assez soutenu des céréales. En effet, avec du blé à 18 € du quintal, la rentabilité des intrants augmente, et il devient possible, en dépensant 5 à 10 € de plus, d’aller plus loin pour chercher 1 ou 2 quintaux supplémentaires. Mais le pari n’est pas sans risque, tant le cours du blé est volatile.
Faut-il intégrer les nouveautés à base de SDHI ?
Il faut donc arbitrer entre des solutions économiques moins performantes et des solutions innovantes et plus performantes mais plus chères. À la lumière des résultats acquis dans les essais de 2010 et 2011, les SDHI ont parfaitement leur place dans les programmes de traitement, et sont malgré leur prix élevé tout à fait compétitifs par rapport aux solutions existantes, à condition d’adapter les doses au niveau de pression des maladies et du potentiel de rendement, et donc de rester dans des niveaux de dépense raisonnables.
À quelle dose introduire une solution SDHI ?
L’option la plus « pragmatique » consiste à substituer 1 € d’un fongicide classique, par 1 € de SDHI. Cette option s’inscrit dans la continuité et ne présente globalement pas de risque, eu égard à la performance de ces nouvelles molécules.
Une autre option consiste à accompagner l’introduction de ces innovations d’une franche augmentation de l’investissement fongicide, en misant sur le potentiel technique de ces nouvelles solutions. Un calcul possible, mais plutôt risqué, à réserver exclusivement aux situations dont on est sûr que la forte pression maladie et le fort potentiel de rendement vont justifier une augmentation significative de la dépense.
Une dernière option consiste à miser sur une embellie durable du prix du blé, à revaloriser son niveau de protection de 5 à 10 €, et à investir sur cette nouvelle famille de produits en particulier. En second traitement (T2), l’investissement peut alors être porté à 40-45 €.
Quand introduire les SDHI dans les programmes ?
A priori, si l’on choisit d’investir sur ces nouveautés, leur positionnement naturel est plutôt en second traitement (T2) dans le cadre d’un programme à 2 ou 3 traitements, mais peuvent être aussi valorisé en traitement unique. Ces molécules n’ayant pas d’activité marquée sur la fusariose de l’épi, leur place n’est donc pas en troisième traitement (T3). À l’inverse, elles pourraient occuper le segment des premiers traitements (T1). Mais ce segment est déjà occupé par les associations à base de chlorothalonil, qu’il s’avère difficile de déplacer et méritent, ne serait-ce que pour maintenir une certaine diversité des modes d’action, d’être conservées en premier traitement (T1).
Les autres solutions sont-elles hors-jeu ?
Si ces nouvelles solutions ont parfaitement leur place dans les programmes, les solutions autres que SDHI ne sont pas pour autant disqualifiées. Certaines solutions actuelles sur septoriose présentent certes une efficacité inférieure, mais un rapport qualité-prix qui reste satisfaisant. Sur rouille brune, les strobilurines associées à des triazoles conservent tout leur intérêt. Tout ne mérite donc pas d’être bouleversé, ni partout.
Arvalis-Institut du Végétal
* Inhibiteur de la Succinate Déshydrogénase.
** Les carboxamides représentent un des groupes chimiques de la famille des fongicides SDHI.
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