La fertilisation magnésienne
Le raisonnement de la fertilisation magnésienne repose sur 3 critères: les teneurs du sol en magnésium échangeable, les antagonismes avec la potasse, et le contexte type de sol-cultures. - © G. Coisel
Le magnésium est indispensable à la croissance et au fonctionnement des plantes. Il entre en particulier dans la composition de la chlorophylle, essentielle à la photosynthèse. Ceci explique l’effet visuel parfois flatteur d’un apport en végétation, lequel n’est pas synonyme pour autant d’une véritable carence. Dans les expérimentations, les pertes de productivité sont peu fréquentes et ne dépassent pas 15 % dans les sols fortement carencés, assez rares dans notre région. Certaines cultures semblent plus exigeantes que d’autres, notamment la betterave, la pomme de terre et le maïs.
Tenir compte des réserves du sol
Le sol contient des réserves importantes de magnésie, de l’ordre de 10 à 40 tonnes par hectare dans la couche arable, principalement au niveau des particules argileuses. Seule une très faible fraction est utilisable à court ou moyen terme par les cultures : le pool dissout à un instant donné (10 à 20 kg/ha) et le pool échangeable qui réalimente la solution du sol (environ 300 kg/ha).
Le diagnostic passe donc par l’analyse de sol et le dosage du magnésium échangeable. Celui-ci constitue un excellent indicateur de la biodisponibilité du magnésium dans le sol, qu’il faut interpréter en fonction du taux d’argile ou de la CEC du sol (capacité d’échange de cations, ou taille du « garde-manger sol »). Les teneurs sont souvent exprimées sous forme d’oxyde de magnésie (MgO) en ppm (parties pour million), mg/kg (milligrammes par kilo) ou en ‰ (pour mille) : 1 ‰ = 1 000 mg/kg = 1 000 ppm. Elles sont aussi fréquemment exprimées sous forme d’élément magnésium (Mg2 +) : dans ce cas, les teneurs sont exprimées en méq/100 g TF (milli-équivalents pour 100 grammes de terre fine), c’est-à-dire dans les mêmes unités que la CEC.
La mesure couplée de la CEC permet de déterminer le taux de saturation en magnésium (Mg2 +/CEC), qui doit être au moins de 3 %, et idéalement de 5 à 6 %. En raison d’antagonismes dans l’alimentation des cultures, il importe également de considérer le ratio potasse/magnésie (K2O/MgO) qui ne doit pas dépasser 2,2 à 2,4. C’est surtout un excès de potasse, essentiellement en sols sableux, sablo-limoneux ou limono-sableux, qui peut provoquer une carence induite, en dépit de teneurs pourtant correctes en magnésie. L’inverse est beaucoup plus rare. Attention donc à ne pas bloquer la magnésie par des apports massifs de potasse (plus de 200 uK2O). Dans les sols correctement pourvus en potasse et peu argileux, 100 à 150 uK2O en cultures exigeantes suffisent. Dans les rares cas où le sol est pauvre en potasse et où il faut remonter les teneurs en apportant plus que les exportations, il faudra prévoir par sécurité un apport de 30 à 40 uMgO. Hormis ce cas particulier, seuls les sols en dessous des teneurs seuils valoriseront une fertilisation magnésienne.
Les apports, lorsqu’ils sont justifiés, devront couvrir les pertes par lessivage et les exportations des cultures, soit 30 à 50 uMgO/ha/an. En sols sableux, la fertilisation devra être fractionnée, annuelle et apportée près des implantations. Dans les autres sols, elle pourra être bloquée pour 3 ans sur les cultures les plus exigeantes, et apportée indifféremment à l’automne ou au printemps.
Quelle forme d’apport choisir ?
Le choix des formes d’engrais est très important dans nos sols à pH neutres ou légèrement basiques. La voie foliaire est marginale par rapport à l’absorption racinaire. La forme sulfate (kiésérite) est la plus assimilable (ainsi que les effluents). Les formes hydroxydes, oxydes ou chaux magnésienne présentent des solubilités variables en fonction des modes de calcination. En général, leur disponibilité est faible à négligeable. Quant aux formes carbonates (dolomie), elles sont quasiment inertes dans nos sols. Enfin, ne pas oublier que les produits organiques apportent également de la magnésie en quantités significatives et sous forme minérale soluble : un épandage dispense souvent de tout apport minéral.
Pierre MORTREUX, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais
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