La paille : une alternative pour compenser un déficit fourrager en troupeau allaitant
Compte tenu des conditions de sécheresse qui semblent s’installer et du déficit fourrager constaté chez la plupart des éleveurs à la suite d’un printemps froid et sec, la paille peut être un bon palliatif pour satisfaire les besoins des animaux du troupeau allaitant. C’est un fourrage encombrant et peu digestible. Mais bien complémenté, il s’avère une ressource intéressante, utilisable dans les rations de bovins.
Toutes les pailles disponibles sont distribuables
Tout type de paille convient à l’affouragement des bovins, sous réserve qu’elle ait été récoltée sèche et qu’elle soit stockée à l’abri des intempéries.
Les valeurs énergétiques, rassemblées dans le tableau 1, correspondent à des pailles distribuées seules et correctement complémentées en azote et en minéraux.
Les valeurs alimentaires de ces pailles sont cependant variables, notamment lorsqu’elles ne sont pas correctement complémentées. En effet, leur dégradabilité dans le rumen n’est pas optimale, et donc ces valeurs nutritives ne sont pas atteintes. Les pailles d’orge et surtout d’avoine ont une meilleure digestibilité.
À noter que la paille de pois est un bon fourrage. Sa digestibilité est supérieure de 26 % à celle d’une paille de blé pour la même teneur en cellulose brute. Ces bonnes valeurs nutritives, notamment en énergie et azote, la rendent intéressante.
Nourrir les micro-organismes du rumen pour améliorer la digestibilité de la paille
La paille est un aliment pauvre en sucres solubles, en matières azotées, en minéraux et en vitamines.
Il faut donc apporter en complément l’azote soluble et les glucides fermentescibles qui font défaut. Ainsi, il est possible de complémenter les rations avec :
- des céréales ;
- des concentrés azotés (tourteaux de soja, colza…) ;
- des sous-produits bien pourvus en azote et en sucres solubles (corn gluten feed humide ou sec, drèches...) ;
- des solutions liquides (5 à 10 % de la quantité de paille) enrichies ou non en mélasse et urée (réfléchir au mode de distribution et au stockage). La consommation de paille est maximale lorsque la ration contient autour de 25 % d’aliment concentré. Si la quantité de concentré est inférieure, les micro-organismes du rumen manquent de nutriments azotés et ont une moins bonne activité. À l’inverse, au-delà de 30 % de concentré dans la ration, celui-ci se substitue à la paille, dont la consommation diminue.
Quelques exemples de rations
- Pour des génisses d’élevage et des vaches allaitantes (tableau 2) : la paille peut remplacer une part importante des fourrages manquants. Elle peut constituer le principal fourrage de la ration chez les génisses âgées de plus de 15 mois ou chez des vaches allaitantes avant le 8e mois de gestation, à condition qu’elles aient pu être rentrées en bon état corporel. Dans le cas contraire, il est recommandé d’associer d’autres fourrages plus riches, pour satisfaire correctement les besoins des animaux.
- Pour des bovins à l’engraissement (tableaux 3 et 4) : pour les catégories d’animaux à besoins élevés, la quantité de concentré dans la ration est nécessairement importante, dépassant nettement les 50 % de MS ingérée, ce qui provoque une diminution de la consommation de la paille.
Des règles spécifiques doivent être appliquées pour éviter des troubles digestifs et métaboliques :
- ne pas briser les brins longs de la paille. Limiter le hachage ou la lacération qui réduit la fibrosité de la ration. Réduire le temps de malaxage avant distribution dans le cas d’une distribution par mélangeuse distributrice ;
- distribuer la paille à volonté, fractionnée en plusieurs repas pour inciter les animaux à consommer ;
- répartir les consommations de concentré dans la journée. Au-delà de 7 à 8 kg/jour, fractionner la distribution en 3 ou 4 apports ou passer en ration complète. L’addition de bicarbonate de sodium (150 à 200 g/jour) et de magnésium (30 à 50 g/jour) est recommandée pour prévenir les risques d’acidose ;
- réaliser une transition alimentaire progressive et lente. Les animaux s’habituent lentement à la paille. Il faut compter 1 à 2 mois pour que leur consommation de paille atteigne son maximum.
Ces différents exemples montrent l’intérêt d’utiliser la paille dans les rations des bovins allaitants d’élevage ou à l’engraissement.
Reste à l’éleveur à décider, en fonction des disponibilités de fourrages, de la facilité d’incorporation de la paille dans la ration, et bien sûr du coût de celle-ci.
PATRICK CARTOUX
Quelques équivalences pour estimer les besoins
Pour remplacer 10 tonnes de foin, il faut : 7 tonnes de paille + 20 qx de céréales + 8 qx de t. colza ; 7 tonnes de paille + 32 qx d’aliment complet à 16 % MAT.
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