Des éleveurs captent les calories de leurs élevages
L’air des huit salles de post-sevrage dans lesquelles les jeunes porcelets entrent à un âge de 21 jours est brumisé en permanence pour le nettoyer de ses poussières et de son ammoniaque.
Une grande cheminée, la gueule en bas, aspire doucement cet air humide chargé de poussières d’ammoniaque. Le flux rejoint une canalisation installée dans les combles du bâtiment de post-sevrage, puis une petite salle dans des filtres baignés d’eau.
La température de l’eau atteint en moyenne 22 à 23 degrés. L’air épuré et froid s’évacue dans l’atmosphère, tandis que l’eau transite dans une pompe à chaleur pour concentrer les calories. L’eau retourne dans les salles de post-sevrage dans des canalisations suspendues, et restitue ses calories par rayonnement, à 30 degrés en début de lot, 25 degrés cinq semaines plus tard, lorsque les animaux rejoignent les salles d’engraissement. « Pour une calorie électrique dépensée, on arrive à restituer entre 3 et 4 calories dans le bâtiment d’élevage », se félicite Henri de Thoré. Hors le laveur d’air, l’éleveur de 655 truies naisseur engraisseur a payé 15 000 euros son récupérateur d’énergie et l’a amorti « en un an et demi », dit-il.
Vice-président de la coopérative porcine Léon-Tréguier dans le Finistère, Henri de Thoré est également en mission pour Coop de France sur différents dossiers, notamment le bien-être animal. « Lors de la reconstruction de mon atelier en post-sevrage, je me suis interrogé sur le lavage de l’air, et je me suis dit que tôt ou tard, ce dispositif serait rendu obligatoire », explique-t-il.
Maternité
Une fois l’investissement en lavage d’air décidé, son couplage avec un récupérateur de calories n’était plus qu’un jeu d’enfant. Henri de Thoré n’a pas muni sa maternité et son atelier d’engraissement du même système. « En maternité, les besoins de chaleur diffèrent totalement entre les porcelets et la truie qui allaite », précise l’éleveur. Dans la partie engraissement, la chaleur produite par les animaux couvre une partie de leurs besoins, l’énergie électrique le reste.
Premier éleveur de Bretagne à s’être lancé dans la récupération d’énergie, Henri de Thoré a depuis été rejoint par plusieurs dizaines d’autres éleveurs. Car entre-temps, les économies d’énergie sont devenues un enjeu essentiel. En 2005, les premiers signes d’une élévation durable des prix du pétrole et de ses dérivés conduisent l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) à commander aux instituts techniques des filières porcine, avicole et bovine une étude sur « l’utilisation rationnelle de l’énergie dans les bâtiments d’élevage ».
Chaleur
Dans l’étude sur la filière porcine publiée un an plus tard, il ressort que l’énergie consommée directement dans les ateliers, électrique dans les trois quarts des cas sert à 46 % au chauffage et à 39 % à la ventilation. La partie du post-sevrage absorbe plus d’un tiers de l’énergie. Il y a deux ans, l’étude ramenait le coût énergétique à une faible proportion : 2,2 % du coût de production. Très loin de la dépense alimentaire qui constitue 55 à 60 % du coût de production.
Mais les éleveurs de porcs confrontés ces dix-huit derniers mois à une crise violente des coûts (explosion des prix de l’aliment et de l’énergie), sont désormais très attentifs aux économies qu’ils peuvent réaliser. Ils comprennent parfaitement que leurs animaux produisent de la chaleur et qu’il est logique de la capter pour s’en servir. En Bretagne, un éleveur capte à une autre source la chaleur qu’il restitue ensuite à ses animaux de post-sevrage. Il a plongé des tuyaux d’eau glycolée dans son digesteur de lisier, avant passage en station de traitement.
Franck Jourdain
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