Couverts d’interculture et fertilisation azotée
À partir de la destruction du couvert, une partie de l’azote absorbé (0 à 60 %) va être assez rapidement minéralisée et utilisable par la culture de printemps à venir. - © S. Leitenberger
La couverture des sols se généralise. Pour ceux qui se demanderaient comment elle influe sur la dynamique de l’azote, voici quelques réponses.
Absorption d’azote à l’automne
Les Cultures intermédiaires pièges à nitrates (ou Cipan) permettent de réduire efficacement les pertes de nitrates, en particulier après des apports organiques de fin d’été. La quantité d’azote absorbée et soustraite au lessivage dépend principalement du développement de la Cipan : elle avoisine 30 kg N/ha/tMS. Selon la date de semis, les conditions pédoclimatiques et l’azote disponible dans le sol, les développements peuvent varier de 0,5 à plus de 5 tMS/ha. Les quantités d’azote présentes dans les biomasses des légumineuses pures sont similaires, sauf qu’une part variable provient de l’air et non du sol (l’azote minéral du sol inhibe le développement des nodosités au profit de l’absorption racinaire). Les mélanges Cipan + légumineuse présentent quant à eux des capacités proches des Cipan pures en termes de piégeage de nitrates, avec des rapports carbone/azote intermédiaires.
Restitution d’azote en hiver et au printemps
À partir de la destruction du couvert, une partie de l’azote absorbé (0 à 60 %) va être assez rapidement minéralisée et utilisable par la culture de printemps à venir (sous 2 à 4 mois environ), le reste rejoignant le pool des matières organiques du sol (fourniture d’humus et entretien de l’activité du sol). Le taux de minéralisation va dépendre principalement du rapport C/N du couvert, ce qui explique qu’en règle générale, à absorption égale, les légumineuses pures voire associées fourniront le plus d’azote, suivies par les crucifères puis par les graminées. Néanmoins, l’état végétatif des plantes doit être pris en compte, en particulier avec les moutardes qui peuvent être vertes et cassantes quand elles sont jeunes ou non stressées, et dures et lignifiées lorsque les conditions ne leur sont pas favorables (ou en fin de cycle lors de la formation des siliques). La restitution d’azote sera de l’ordre de 30 à 50 % dans le premier cas, et proche de zéro dans le second. Retenons que les Cipan pures sont en moyenne neutres sur les conseils de fumure (avec de légères réductions après des hivers pluvieux, et l’inverse après un hiver sec), et que seules des mélanges associant des légumineuses (ou des légumineuses pures) bien développées permettent de réduire significativement les apports d’engrais (une quarantaine d’unités en moyenne). Pour que cet itinéraire soit rentable, il faut donc à la fois réussir son mélange et ne pas investir plus de 40 €/ha de semences. La date et le mode de destruction vont conditionner le déclenchement et la vitesse de minéralisation des couverts : des destructions mécaniques (broyeur, cover-crop, voire rouleau, charrue...) vont accélérer la dégradation, à la différence d’un gel ou d’un passage d’herbicide. Le couvert, qui avait plus ou moins épuré le profil azoté, va alors restituer son azote : une partie sera éventuellement mesurée dans le reliquat sortie hiver, et le reste (0 à 30 uN) sera compté dans le poste « minéralisation des résidus de cultures intermédiaires ».
Pierre MORTREUX
Chambre d’agriculture
de région Nord-Pas de Calais
(Dans le cadre du projet Interreg Sun).
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