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Le méteil grain, idéal pour l’alimentation des veaux et la reproduction du gibier

Associer des céréales (blé, triticale, avoine, seigle), des protéagineux (pois, féveroles) et des légumineuses (vesces), tel est le principe du méteil, pour une ration énergétique et é

17 octobre 2011 Marianne BOUTRY Vu 2782 fois
Olivier Lenne, en compagnie de Damien Brebion (à droite), technicien à la Fédération des chasseurs
du Nord, et d’un administrateur, Didier Villain (à gauche).

Olivier Lenne, en compagnie de Damien Brebion (à droite), technicien à la Fédération des chasseurs du Nord, et d’un administrateur, Didier Villain (à gauche). - © DR

La Fédération des chasseurs du Nord mène des actions pour inciter les agriculteurs à préserver ou implanter des cultures lieux de refuge pour le gibier (bandes enherbées, haies, Cipan...). Cependant, « pour pouvoir développer des couverts favorables à la faune, il est primordial que les agriculteurs y trouvent un intérêt », explique Damien Brebion, technicien à la Fédération des chasseurs du Nord.
En 2010, une plateforme d’essai chez un agriculteur de Villereau avait permis de tester différents mélanges de méteil qui ont été récoltés en fourrage ou ensilés. Mais la date de récolte de ce fourrage n’est pas en adéquation avec la période de nidification de la faune, qui se retrouve très vite sans habitat.
Cette année, un essai a été fait chez Olivier Lenne et son père Michel. Les éleveurs, installés en Gaec à Sebourg, ont implanté du méteil et ont attendu la maturité des grains pour le moissonner. Récoltée plus tard, la culture prend un double intérêt : alimentaire pour les bovins et lieu de reproduction pour le gibier.


Gagner en autonomie alimentaire
« Nous voulons gagner en autonomie alimentaire sur les ateliers veaux et jeunes animaux. L’aliment démarrage est cher, plusieurs centaines d’euros la tonne », explique Olivier Lenne.
Le mélange emblavé en 2010 était composé de blé et de triticale (30 %), d’avoine (30 %), de vesce (15 %), de pois (15 %) et de seigle (10 %).
Ainsi, au Gaec Lenne, les veaux reçoivent jusqu’à 2 mois un aliment commercial à 263 €/t composé pour 19 % de matière azotée. Puis, de 2 mois à 1 an, un mélange composé à 70 % du méteil issu de l’exploitation avec un complément de 30 % d’aliment acheté à l’extérieur à 316 €/t
(19 % de matière azotée).
Olivier Lenne aurait souhaité donner plus de méteil. Mais l’analyse des graines a révélé un taux de matière azotée trop faible (11 %, alors qu’il en faudrait 18 %). La composition du mélange qu’il a implanté en 2010 n’était pas suffisamment riche en protéine. « En plus, nous l’avons récolté assez humide (17 %), ce qui pénalise le taux de protéine. ».
Toutefois, Olivier et Michel, qui sont aussi chasseurs, retentent l’expérience cette année. Pour les semis de mi-octobre, la Fédération des chasseurs continue à les accompagner et leur a proposé d’affiner le mélange en ajoutant plus de pois et de la vesce, qui est autour de 35 % de matière azotée. Ainsi, le méteil devrait être plus énergétique.


Revoir le mélange pour dégager plus de valeur nutritionnelle
L’objectif n’est pas d’alimenter les vaches laitières qui ont besoin de beaucoup de matières azotées (soja à 48 %). Mais le méteil est bien placé pour l’élevage ou l’engraissement. Olivier Lenne compte qu’il réalise avec le méteil grain une économie de 150 €/t par rapport à un achat à 100 % d’aliment. Et les fanes et pailles sont ramassées et données en complément de fourrage aux vaches.


Une zone tampon, véritable couvert faunistique
« Les 1,20 ha de méteil ont abrité 3 couvées de perdrix », se réjouit Olivier Lenne. Et cela grâce à une récolte en grains qui intervient plus tard, lorsque les perdreaux sont prêts à prendre leur envol. « En fourrage, on vient déranger les poules perdrix en train de couver ou happer les jeunes juste nés. » Le mélange de plusieurs espèces attire le gibier, friand de ce couvert où l’on peut se cacher et circuler facilement. Olivier Lenne a même observé du gibier allant se réfugier dans le méteil lorsque la luzerne a été fauchée.
Autre avantage : ces quelques centaines d’ares apportent de la diversité en plaine. « Une bande de quelques mètres suffit à casser une plaine céréalière. En zone de cultures, cela fait un bon couvert, car la faune ne se plaît pas dans le maïs », explique Didier Villain, administrateur du Cambrésis et responsable de la commission aménagement de territoire à la Fédération des chasseurs. Par ailleurs, le méteil peut aussi être implanté comme couvert d’hiver (il entre dans les 3 % de SET). Non récolté, il a alors l’avantage de nourrir et d’abriter le gibier durant la période froide, ainsi que l’été quand la plaine est dénudée.
Avec le méteil, la démarche des chasseurs a certes un but cynégétique, mais « elle colle avant tout à la réalité économique agricole tout en trouvant un bénéfice pour la faune sauvage ».

 

zoom sur...Un itinéraire technique facile et économique

Le semis a été fait au 10-15 octobre, avec un semoir de précision réglé comme pour un blé. Puis le méteil n’a nécessité presque aucun suivi cultural. Certes, cette dernière campagne, la pression des maladies a été faible. Et M. Lenne peut se vanter de n’avoir utilisé aucun produit phytosanitaire sur cette culture. D’autant que le méteil offre une couverture de sol suffisante, ce qui limite la propagation des mauvaises herbes. Concernant l’engrais : 50 unités d’azote via du lisier ont été épandus, puis 50 unités de minéraux au stade début tallage. « C’est une culture économique. »
Les doses de semis du méteil sont de 125-130 kg/ha pour un très bon rendement de 85-90 qx. La semence vaut environ 120 €/ha, ce qui est moins onéreux que le maïs pour lequel il faut compter environ 160 €/ha de semence et ajouter les coûts des fongicides et désherbants...
Récolte
Le mélange de céréales et de protéagineux a été moissonné en même temps que les autres cultures. « La moissonneuse était réglée comme pour des pois. Les grilles doivent être suffisamment ouvertes pour ne pas casser les graines. Il n’y a pas eu de perte de grain derrière la machine, raconte Olivier Lenne, qui a vu le chauffeur de l’entreprise un peu étonné devant cette végétation inhabituelle à moissonner. »

 

Carte d’identité du Gaec Lenne

2 associés, père et fils : Michel et Olivier.
Type : exploitation de polyculture-élevage.
Situation : Sebourg (Hainaut, 15 km de Valenciennes).
Surface : 120 ha (45 ha prairies, 35 ha maïs, 30 ha céréales, 10 ha betteraves).
Cheptel : 200 bovins (80 vaches laitières, les élèves
et des taurillons à l’engraissement).

 

 

 

 
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