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Utiliser des légumineuses dans les rations d’hiver

Les fourragères (luzerne ou trèfle violet) peuvent contribuer à accroître l’autonomie des exploitations.

03 novembre 2011 Le Syndicat Agricole Vu 974 fois
Les légumineuses peuvent permettre une diminution des consommations intermédiaires dans l’alimentation des ruminants.

Les légumineuses peuvent permettre une diminution des consommations intermédiaires dans l’alimentation des ruminants. - © DR

L’évolution importante de la consommation des engrais azotés après 1950 a engendré une forte diminution des surfaces implantées en légumineuses. Cependant, depuis quelques années, la recherche d’autonomie des exploitations, de réduction des coûts de production et l’intégration des contraintes liées à la protection de l’environnement, ont remis les légumineuses au menu des vaches. Dans ces conditions quelle est la meilleure façon d’utiliser les légumineuses dans les rations d’hiver ?


Des qualités agronomiques reconnues
On estime que la fixation symbiotique rhizobium légumineuses peut produire entre 100 et 300 kg d’azote/ha/an. L’azote produit se retrouve dans la récolte exportée (protéines des graines et fourrages), et dans le sol, utilisable pour la culture suivante. Bien connue des systèmes bio et reconnue par de nouveaux utilisateurs dans les exploitations conventionnelles, la luzerne a un pouvoir structurant grâce à sa racine en pivot profonde. Les fauches successives permettent de désherber correctement les parcelles, notamment en présence de chardons.


La qualité de la récolte a toute son importance
En ration mixte 1/3 légumineuse 2/3 maïs, les essais menés par l’Institut de l’élevage mettent en évidence une légère diminution du lait produit de 0,6 litres avec la luzerne comparé au maïs 100 %, à égalité de concentré. À l’inverse, l’effet est positif de 0,6 litres dans le cas d’ensilage de trèfle violet plus riche en sucre. En ration utilisant davantage de légumineuses, la perte de lait dans les essais peut atteindre 10 %.
Dans les élevages bios où les luzernes sont souvent récoltées en foin, la perte de feuilles explique la baisse de valeur énergétique de la ration, qu’il faut compléter avec des fourrages énergétiques, comme la betterave fourragère ou le maïs grain inerté.
Dans les élevages conventionnels, souvent en ration mixte avec 20 à 35 % d’ensilage de luzerne, soit 3 à 6 kg de MS associée au maïs ensilage, l’économie de correcteur azoté est possible entre 500 g et 1 kg/jour de correcteur azoté type tourteau de soja par rapport aux pratiques en maïs plat unique.
La fibrosité et les substances tampons contenues dans la luzerne expliquent la bonne valorisation globale des rations.
Les associations avec des graminées peuvent constituer des rations de base d’un haut niveau d’apport protéique. Dans ce cas, le foin récolté un peu tardivement a une valeur énergétique plus faible et est moins ingéré. Il faut donc veiller à faire des foins au bon stade !
La tendance donne la préférence aux rations mixtes. Le maïs, par sa simplicité, a souvent pris une place importante dans les élevages. L’introduction d’une culture nouvelle, surtout quand elle amène une moindre dépendance de l’extérieur, ne doit pas être considérée comme un handicap, mais comme une chance d’acquérir plus d’autonomie, donc plus de maîtrise de son système fourrager.

Jean TERREL, conseiller lait bio,
Jean-Marie LEBRUN, Service production laitière, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais

 

Témoignage d'un éleveur faisant partie du programme Dairyman

« En zone de culture, la luzerne a son intérêt en troupeau laitier »

En 2009, vous avez implanté 5 ha de luzerne. Pourquoi ?
Avec les cours élevés des tourteaux et la volatilité du prix du lait, nous cherchons à gagner en autonomie azotée. Dans mes 3 parcelles anciennes jachères fixes, j’ai implanté ces 5 ha fin août.

Après 2 années culturales, quel bilan ?
L’année dernière, j’ai été déçu des rendements, notamment dans l’une des parcelles. Il est vrai que ces parcelles sont de « dernière catégorie » et que j’y faisais avant des maïs à 11 tMS au lieu de 16 à 17 tMS dans mes bons limons...
Par contre, en 2011, après chaulage et apport de potasse cet hiver, j’ai réalisé 4 coupes et nous avons évalué le rendement moyen à plus de 12 tMS. Dans ce type de sol, cela me convient.

Cela fait 4 chantiers de récolte : comment êtes-vous organisé ?
J’ai ensilé le 3 mai, 15 juin et 3 août et enrubanné le 15 septembre. J’assure la fauche avec le matériel de la Cuma et je travaille à l’heure avec l’entreprise pour l’ensilage. Dans des chantiers bien organisés, en 2 h nous avons ensilé les 5 ha, mais c’est vrai qu’il faut gérer 4 fois cette petite demi-journée de chantier avec le bâchage.

Pourquoi le choix de l’ensilage ?
Je privilégie la valeur alimentaire en énergie et azote, et je préfère garder le maximum de feuilles. Pour cela, je laisse sécher une seule journée et je réalise un stockage en silos par tranche avec un peu de maïs sans aucun conservateur, et cet automne j’ai complété avec de l’ensilage de maïs. La luzerne représente un peu plus de 25 % du silo.

Au final, quel intérêt pour votre élevage ?
Cet hiver, je prévois d’économiser de l’ordre d’1 kg de correcteur azoté (50 % soja/50 % colza) par vache et par jour. Les vaches consomment très facilement le mélange. Déjà, l’an dernier, à moindre quantité de luzerne (15 % ration), j’avais observé une amélioration de l’état sanitaire du troupeau. Au final, les simulations effectuées dans le cadre du projet Dairyman annoncent un effet positif de plus de 2000 € sur mon exploitation. À la fin de cet hiver, nous y verrons plus clair. Mais dès cet été, j’ai semé une parcelle supplémentaire de luzerne.

 

Structure
- 1 ménage + 0,3 salarié en groupement.
- SAU : 98 ha dont 50 % en SFP ;  chargement 2,1 UGB/ha.
- 497 000 litres produits par 52 vaches à 9 400 litres.

 


 
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