Analysons nos marges pour améliorer nos pratiques
Les éleveurs laitiers adhérents des groupes Lait du Pas-de-Calais se réunissent 5 à 7 fois chaque année pour échanger sur leurs choix techniques, leurs organisations de travail, mais aussi leurs résultats de gestion technique lait grâce à l’outil informatique GTEL. Ces données technico-économiques qui vont jusqu’à la marge brute, constituent des références utiles sur lesquelles s’appuient les conseillers élevages de la Chambre d’agriculture.
Sur la dernière campagne, nous pouvons comparer les chiffres de 182 exploitations laitières issues des différents GRDA du département (voir la carte ci-contre) auxquelles s’ajoutent 4 dossiers bio.
La typologie de ces exploitations est assez variée
Deux critères principaux permettent de qualifier les exploitations d’élevage : le pourcentage SFP/SAU et le nombre d’UGB VL par rapport au total UGB. Le chiffre charnière pour les différentes catégories est pour les deux critères 65 % (Voir le tableau 2).
La comparaison entre ces systèmes met en évidence de fortes disparités en termes de main d’œuvre, de surfaces, de capital, de spécialisation. Toutefois, il existe relativement peu de différence de marges brutes (avec primes) entre systèmes, alors que des variations de marge de plus de 100 €/1 000 l se rencontrent souvent au sein d’un même système…
Dans cet échantillon, ont été isolées 126 exploitations dont nous avons les données depuis 3 ans ou plus. Cependant, certaines sont en inventaires « année civile » et d’autres (la majorité, 105 exploitations) sont en « année laitière ». L’extrême fluctuation des prix du lait (et de la viande) entre 2007 et 2008 ne permet pas une comparaison facile entre ces deux catégories (Voir le tableau 1).
On constate que les prix du lait et de la viande étaient en forte évolution sur 2008 et que, de plus, les attributions de 15 % de prêt de quota avaient concouru à une bonne marge brute. Sur la dernière campagne laitière 2008-2009, le déstockage des animaux a fait chuter les cours de la viande, et les prix du lait sont restés stables en moyenne sur un an (la forte baisse actuelle ne s’est amorcée qu’à partir d’avril 2009).
Malgré des ajustements techniques de diminution des quantités d’engrais (vu les prix) et de concentrés (pas autant de prêt de quota), les charges sont en hausse ; les coûts des aliments et des engrais n’ont pas régressé suffisamment, donc le coût alimentaire et principalement les coûts des concentrés pèsent sur la marge de l’élevage.
En moyenne, la bonne productivité des fourrages, aussi bien l’herbe que les maïs en 2008, avait reconstitué des stocks et contribué aussi à la formation de bons résultats technico-économiques.
Agir sur le coût alimentaire !
Quand on veut analyser les écarts de marge aux 1 000 litres, il faut isoler des exploitations comparables dans leur système ; l’échantillon des éleveurs spécialisés lait, soit 72 dossiers, a été repris. L’écart de marge brute technique entre le quart supérieur et le quart inférieur est de 100 euros ! Les charges d’alimentation expliquent la moitié de cet écart avec 33 % dus au concentré, 9 % à la surface fourragère et 9 % pour les achats de fourrages grossiers. Sur ces 50 euros, on impute 43 euros au coût alimentaire des vaches laitières (Voir tableau 3).
Les repères de coûts alimentaires ont bien augmenté depuis 2 ans avec l’envolée des prix des céréales et des concentrés. Mais on constate aussi qu’il n’y a quasiment pas de liaisons entre le système fourrager et le coût alimentaire. En effet, en théorie, plus la part de maïs diminue dans l’assolement fourrager au profit de l’herbe, plus on peut faire d’économies sur les concentrés correcteurs azotés et sur la complémentation au pâturage. Cependant, quand on analyse les chiffres en classant les producteurs à partir du pourcentage de maïs dans la SFP, il n’y a que de très faibles écarts entre chaque catégorie. En effet, dans l’échantillon retenu, quand la part de maïs augmente, la quantité de lait par hectare de SFP s’accroît suffisamment pour que le coût alimentaire « vaches » soit un rapport quasi constant de l’ordre de 85 à 90 euros pour 1 000 litres.
C’est donc la pratique de rationnement de l’éleveur qui détermine avant tout autre critère le niveau du coût alimentaire. Dans le tableau 4, l’échantillon a été trié sur le coût de concentré des vaches pour comparer les résultats du quart inférieur appelé « économes » et le quart supérieur baptisé « dépensiers ».
Le coût de concentré passe de 35 à 70 euros, en raison principalement des quantités distribuées et du prix moyen de ce concentré. En effet, les vaches consomment quasi le double de concentré alors que la part de tourteau de colza diminue, ce qui n’est pas très logique… Traduit en fonction de la production de lait, on passe de moins de 150 grammes au litre à plus de 250 ! Il y a dans ces quelques chiffres de significatives économies à réaliser dans notre échantillon « dépensiers » !
L’écart s’accentue encore sur le coût alimentaire des vaches qui passe de 67 à 106 euros ; pourtant, les niveaux de production sont assez voisins et les taux TB et TP sont identiques.
La maîtrise par l’éleveur de la distribution du concentré aux vaches se révèle une fois de plus être la source de l’efficacité économique : la différence de marge est de 47 euros pour 1 000 litres !
Dans une conjoncture de prix de concentré élevé, il s’avère encore plus nécessaire de vérifier régulièrement les quantités distribuées, et d’utiliser des tourteaux les moins chers comme le tourteau de colza. Les VL 18 du commerce et TAF sont eux aussi beaucoup plus coûteux que le concentré fermier fait à partir de céréales aplaties sur l’exploitation. Ces arguments sont souvent répétés dans les différentes réunions de synthèse des GTE, car cette vigilance sur le coût alimentaire peut représenter une marge supplémentaire de 18 000 euros pour l’exploitation moyenne de notre échantillon.
Francis Lammin
GRDA DU TERNOIS
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