Sol compacté : l’intervention n’est pas systématique
Les problèmes de tassements sévères ou de lissage en profondeur peuvent nécessiter une intervention. - © L. Vimond
Enracinements contrariés avec une zone sans fissure, ni cavité, ni galerie de vers de terre ? Pas de doute, votre sol est tassé. Restructurer profondément le sol sera-t-il rentable ? La réponse n’est malheureusement pas simple. Votre choix va dépendre de 3 facteurs. D’abord, la gravité du compactage. Ensuite, s’il peut être réduit par le climat et le travail classique du sol. Et enfin, si la culture à implanter va bien se développer.
En labour, restructurer un sol en profondeur est rarement nécessaire. Sauf en systèmes légumiers où souvent les besoins en terre fine demandent une intervention régulière. Si un tassement profond (à plus de 30 cm) est suspecté, décompacter ou sous-soler mérite réflexion, car l’intervention coûte cher (60 €/ha). Mieux vaut d’abord vérifier sa présence par un profil racinaire. L’enracinement reste le meilleur indicateur de tassement à ce jour. Il est d’autant plus révélateur que la culture est sensible (lin, pomme de terre, maïs, betterave).
En non-labour, les agriculteurs cherchent en général à bouleverser le moins possible leur sol pour ne pas perturber la vie biologique et mélanger les horizons. Cependant, la baisse naturelle de porosité des sols les interroge. Comme pour le labour, les problèmes de tassements sévères ou de lissage en profondeur peuvent nécessiter une intervention. Mais même si aucun accident n’a été diagnostiqué, un travail profond peut améliorer le comportement de la culture (meilleur ressuyage, enracinement plus facile, réchauffement du sol...).
Tout dépend de la nature du sol
Ce constat est surtout vrai pour les sols à tendance limoneuse. En effet, ce sont les plus sensibles au compactage et les moins aptes à se régénérer. Dans les sols limoneux à moins de 16 % d’argile, restructurer son sol va dépendre de la culture à implanter et du travail du sol prévu (cf. tableau). Les sols limoneux avec 16 à 22 % d’argile ont une capacité de restructuration qui peut permettre de réduire sensiblement les interventions. Il suffit de se référer à la dernière colonne du tableau, quel que soit le travail du sol prévu. Dans ce cas, le suivi et le diagnostic seront encore plus importants. En cas de tassement sévère et avant l’implantation de pommes de terre, une intervention systématique s’impose.
Pour les sols sableux (60 % de sable grossier), le compactage n’empêchera jamais l’enracinement ou la circulation de l’eau et de l’air. Une intervention au-delà de 20- 25 cm n’est pas nécessaire.
Pour les sols d’une teneur en argile supérieure à 22 %, la structuration naturelle permet bien souvent d’économiser une intervention profonde.
Se fier au diagnostic et à l’expérience
Sachez qu’aujourd’hui aucune règle ne remplace votre expérience dans le domaine du travail profond. Seules plusieurs années d’observation des parcelles vous permettent d’adapter votre stratégie à vos contraintes (sol, système, équipement). Vous pouvez construire votre propre référentiel en regardant comment évoluent des bandes que vous avez implantées avec ou sans restructuration. Vous devez régulièrement aller voir ce qui se passe dans vos sols en utilisant une bêche. Cela vous permet d’estimer le comportement de vos sols et des racines dans la zone travaillée. C’est d’autant plus important en non-labour où l’on espère, à terme, limiter les interventions mécaniques grâce au développement de l’activité biologique des sols. Le diagnostic intervient ponctuellement pour comprendre un accident de culture ou juger de la nécessité d’une intervention avant implantation.
DAVID LEDUC
À savoir : Passages de pulvé
En labour, le décompactage des passages de pulvé est souhaitable si les ornières sont très marquées et si l’on change de voies de passage l’année suivante. Dans le cas contraire, le décompactage ne fait qu’empirer les problèmes (sol plus creux). En non-labour permanent, sauf cas exceptionnel, il est préférable de « sacrifier » cette zone pour y faire systématiquement circuler les engins (pulvérisateur, mais aussi bennes, chariot...).
À noter : après une récolte en conditions humides (ensilage, récolte de betteraves...), les ornières peuvent aussi justifier un travail profond, même en non-labour où les sols sont plus portants, car il permet d’aplanir le sol et de semer dans de meilleures conditions.
Zoom sur... Le tassement sous toutes ses formes
Le tassement ou compactage peut survenir à différentes profondeurs. Il résulte, soit de passages d’engins sur la parcelle, soit d’actions mécaniques de l’eau (battance, prise en masse). Dans tous les cas, il se traduit par une diminution de la porosité du sol. Il réduit, voire empêche, la circulation de l’eau, de l’air, et l’exploration racinaire. Son impact sur le rendement peut être important et la qualité pénalisée : par exemple, des betteraves fourchues vont augmenter la tare terre.
Les principaux problèmes rencontrés en labour sont la battance et la semelle de labour. Hubert Boizard, chercheur à l’Inra, s’inquiète aussi des tassements profonds. « Dans les systèmes avec légumes et cultures industrielles, les récoltes répétées en conditions humides peuvent engendrer des compactages à plus de 30 cm. Une zone tassée peut aussi apparaître lorsque l’on relève le labour entre l’ancienne profondeur et la nouvelle ». En non-labour permanent peuvent s’ajouter des semelles dues aux déchaumages intensifs et un affaissement de l’ancien fond de labour (entre 15 à 30 cm de profondeur).
Le pénétromètre est un outil de mesure de résistance du sol à la pénétration : une tige est enfoncée tous les 5 cm sur une ligne de 3 m. Il mesure et enregistre la résistance tous les centimètres, jusqu’à 50 cm de profondeur. La densité du sol est représentée par les couleurs, qui vont du jaune (pas de résistance) au rouge (forte résistance). C’est un bon complément au profil cultural, mais il ne permet pas de détecter les lissages, et est très sensible à l’humidité du sol (plus le sol est sec, plus il résiste
à la pénétration).
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