Le tassement des sols, une menace qui s’étudie et se gère
En réduisant les capacités d’aération et d’infiltration, en limitant l’enracinement des cultures, le tassement affecte la plupart des fonctions agronomiques et environnementales des sols. - © .
En raison de son orientation « grandes cultures », et notamment les productions industrielles telles que betteraves et pommes de terre, la région Nord-Pas de Calais s’apparente à un territoire particulièrement concerné par le risque « tassement des sols ».
« En dehors d’effets agro-environnementaux négatifs communs à toutes les régions, c’est certainement dans les régions de grandes cultures fortement orientées vers les cultures industrielles que le risque tassement est le plus élevé et que son impact peut être le plus important » assure Michel Martin, ingénieur d’Arvalis - Institut du végétal.
Organisé par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), dans le cadre du Sima, un colloque sur le tassement des sols a permis d’en apprendre un peu plus sur les conséquences de ce dernier sur le plan agronomique et sur les moyens d’atténuer le phénomène. À l’heure de la mécanisation rampante et de la course à la productivité par l’emploi de machines de plus en plus imposantes, ce colloque a au moins permis une mise au point sur les connaissances acquises.
Aux origines du tassement
des sols
« Le tassement est provoqué par le passage d’engins mécaniques lourds sur des sols, particulièrement en conditions extrêmes d’humidité, a détaillé ainsi Didier Rat, chargé de mission Sols au ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Il apparaît en cinquième position dans la liste des principales menaces pesant sur les sols, après l’érosion, la perte de teneur en matière organique, les contaminations et l’imperméabilisation ; et avant la perte de biodiversité, la salinisation, les glissements de terrain et l’acidification. »
Difficile à évaluer, la menace tassement semble néanmoins s’être accentuée au cours des dernières années. « Elle est principalement liée à la mécanisation des activités agricoles et forestières, explique Guy Richard, directeur de recherche de l’unité Science du sol à l’Inra d’Orléans. Les passages successifs d’engins, surtout en conditions humides, engendrent des processus de compression et de cisaillement qui aboutissent à une diminution de la porosité structurale. En réduisant les capacités d’aération et d’infiltration, en limitant l’enracinement des cultures, le tassement affecte la plupart des fonctions agronomiques et environnementales des sols. »
Loin d’être égal sur l’ensemble du territoire, le risque tassement dépend fortement de plusieurs facteurs, tels la nature des sols et du climat, les pratiques culturales utilisées ou encore les types de matériels employés.
Des solutions restent encore
à trouver
En termes économiques, le tassement serait également synonyme de dégradation de revenu. Et pour cause : « Des simulations effectuées avec le modèle économique pour deux régions de grande culture ont montré que le tassement aboutissait à une diminution de la marge brute des principales cultures d’environ 10 % » rapporte Guy Richard.
« La prévention des tassements passe avant tout par une utilisation raisonnée des agroéquipements » assure Michel Martin. Qui invite les agriculteurs à concevoir différemment les chantiers de travail, sans pour autant disposer encore de réponses plus pertinentes à apporter : répartition de la charge à l’essieu, choix et pression des pneumatiques, veiller à n’intervenir qu’en conditions favorables…
D’autre part, « l’intégration grandissante des nouvelles technologies de l’information et de la communication (GPS, DGPS embarqués) dans les pratiques agricoles pourrait déboucher sur une meilleure connaissance et une meilleure localisation des zones tassées » explique-t-il. Comme cela se fait déjà sur d’autres continents ; Australie en tête.
Zoom sur...
Prévention du tassement des sols : le monde forestier s’y applique aussi
Dans le domaine sylvicole, l’Inra et l’Office national des forêts (ONF) constatent également que des efforts restent à envisager en matière de prévention des dommages liés au tassement des sols.
Expert dans l’exploitation forestière et logistique à l’ONF, Didier Pischedda l’affirme : « Les travaux forestiers, entretien, éclaircie, récolte, sont de nos jours réalisés avec des engins de plus en plus lourds. De ce fait, les sols forestiers sont soumis à des contraintes physiques dont les incidences sur leur porosité et par conséquent sur leur fonctionnement (transfert des fluides, géochimie, activité biologique) mais aussi sur l’avenir des peuplements (développement des racines, respiration, parasites) sont loin d’être négligeables. »
Toutefois, la gestion de l’effet tassement semble déjà pouvoir bénéficier d’enseignements :
« L’Office national des forêts a inclus dans sa politique environnementale le maintien d’un état du sol favorable au milieu forestier, explique Didier Pischedda.
L’objectif visé est de limiter le tassement des sols, tout particulièrement dans les forêts de plaine. »
Un guide à destination
des opérateurs forestiers
Cette volonté de l’ONF passe notamment par « la mise en œuvre d’une méthode de diagnostic pragmatique basée sur la texture du sol et son taux d’humidité, permettant au gestionnaire et à l’intervenant en forêt de prendre des précautions ciblées en termes d’organisation raisonnée de la circulation des engins, soit d’adaptation du matériel ou du système d’exploitation. » Autrement dit, plus question pour l’ONF de laisser aux exploitants forestiers la liberté de faire n’importe quoi.
Afin de favoriser l’adhésion du plus grand nombre à ces bonnes pratiques, un guide de vulgarisation (Pischedda, 2009) sera prochainement diffusé « auprès des services de l’ONF et de la forêt privée, des entrepreneurs de travaux forestiers, des centres de formation, des services de l’État » indique son auteur.
Tandis qu’à l’ONF, « une note de service sur la protection des sols accompagnera sa diffusion. Elle mettra particulièrement l’accent sur la nécessité de mettre en place des cloisonnements sur lesquels doivent circuler impérativement tous les engins forestiers pour le bûcheronnage, le débardage et les travaux sylvicoles » ajoute M. Pischedda.
en bref
FCO
Le site www.fcoinfo.fr, entièrement dédié à la maladie du même nom, vient de mettre en ligne plusieurs informations nouvelles. Un premier article traite de l’éradication de la fièvre catarrhale de sérotype 4 en Espagne. Deuxième grand article : la maladie en Europe, avec plusieurs cartes en couleurs, sur la répartition de la maladie. Troisième nouveauté : une découverte fortuite d’une souche non pathogène du virus de sérotype 11 en Belgique. également nouveau, une note de service de la Direction générale de l’alimentation qui précise la liste des laboratoires vétérinaires agréés, pour une durée de 5 ans renouvelable, d’une part pour les analyses virologiques de diagnostic de la fièvre catarrhale du mouton par la technique RT-PCR en temps réel, d’autre part pour le typage moléculaire des virus de la FCO.
Céréales
Arvalis – Institut du Végétal met à la disposition des acteurs du conseil agricole et des distributeurs un nouvel outil pour prévoir la date d’apparition des stades du blé tendre. Stadi-LIS® délivre sur Internet les prévisions d’apparition de 11 stades du blé tendre, sous une forme très visuelle, rapide à comprendre, et simple à utiliser. « Sur la base de situations agronomiques type, croisant variété et date de semis, Stadi-LIS® présente des cartes détaillées à l’échelle de l’aire de collecte et mises à jour quotidiennement » explique Philippe Gate, responsable de Stadi-LIS®. Ce nouveau service, complémentaire des autres outils de la gamme de l’institut, fournit des informations opérationnelles pour mieux accompagner les agriculteurs dans leurs interventions et anticiper leurs questions.
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