Le Syndicat Agricole 05 novembre 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Viande bovine : un avenir à « reconstruire »

L’ensemble des acteurs de la filière, sauf Bigard, se sont de nouveau rassemblés pour trouver des solutions pour sortir de la crise.

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Les actions syndicales et structurelles vont se poursuivre au niveau de la filière pour la revalorisation des prix de la viande bovine.
Les actions syndicales et structurelles vont se poursuivre au niveau de la filière pour la revalorisation des prix de la viande bovine. - © S. Leitenberger

La filière viande bovine affronte un contexte particulièrement difficile. Le ministre de l’Agriculture a réuni à Paris, le mardi 27 octobre, un comité de suivi de la table-ronde de la filière viande bovine. L’objectif était que l’ensemble des acteurs économiques du secteur, notamment les abatteurs et les distributeurs, fassent preuve de responsabilité en permettant que les prix de vente de la viande bovine conduisent à une juste rémunération de l’éleveur. Ce comité de suivi fait suite à la dernière table-ronde qui avait eu lieu le 17 juin dernier, durant les blocages d’abattoirs, dont celui de Bigard à Feignies. À l’issue de ces actions syndicales fortes, le ministre avait annoncé plusieurs mesures afin de faire face à la crise que traversent les éleveurs : engagement des abatteurs et des distributeurs de faire monter le prix de la viande payée aux éleveurs de 5 centimes par semaine, prise en charge des cotisations sociales, fonds d’allégement des charges, transparence sur les modalités de fixation des prix... Cette table-ronde avait ainsi permis de déterminer une feuille de route pour répondre aux urgences à court terme et pour recréer de la valeur au bénéfice de tous les maillons. Tout cela pour pérenniser l’élevage bovin viande sur tout le territoire. Force est de constater que les engagements sur le prix n’ont pas été tenus, laissant les producteurs interrogatifs, désabusés pour certains. Le comité de suivi de la semaine dernière devait permettre de reprendre les engagements des acteurs et lancer les nouveaux travaux sur la structuration de la filière autour de la contractualisation. Les participants ont collectivement indiqué qu’ils étaient d’accord pour s’engager dans des démarches contractuelles génératrices de valeur ajoutée pour chaque maillon de la filière.

Bigard absent de la table-ronde
Le patron du premier transformateur français de viande bovine Bigard s’est attiré les foudres des éleveurs à cause de son absence lors de la table-ronde. Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine (FNB), déplore l’attitude du président du groupe Bigard et assure que la réponse des éleveurs sera syndicale : « Nous ne pouvons pas rester sans réagir face à ce comportement insupportable. Les consommateurs doivent savoir que Bigard ne respecte pas les producteurs. » La FNB réfléchit à des actions de déréférencement des produits Bigard des rayons des supermarchés. Le ministre a d’ailleurs indiqué qu’il recevrait le patron du numéro un des viandes en France pour lui mentionner que « l’intérêt d’une grande entreprise comme Bigard ne peut pas se confondre avec l’intérêt de la filière ». Le travail syndical va s’opérer directement avec chaque enseigne de la distribution pour définir un nouveau positionnement des races à viandes du cœur de gamme. Le syndicalisme va travailler avec les distributeurs pour mettre en route cette relation commerciale. « Bigard refuse de travailler sur ce sujet car il veut imposer ses marques d’entreprise Bigard et Charal », explique Jean-Pierre Fleury.

Un avenir de filière à reconstruire
Les leviers en capacité de redonner une perspective à la filière sont identifiés. L’avenir passe par une meilleure organisation et une adaptation accrue de l’offre à la demande des consommateurs. Les actions syndicales et structurelles vont se poursuivre au niveau de la filière pour la revalorisation des prix. Ce travail doit se faire collectivement sans que les marques d’un groupe soient plus fortes que la relation entre producteurs et consommateurs. Tout cela doit se coupler avec la mise en avant de l’origine française, avec les logos et la traçabilité de la démarche Viandes de France, ainsi qu’un travail de fond pour l’export dans les pays tiers en regroupant l’offre française à l’international sous une même bannière.

 

Les montants de l’ABA viennent d’être confirmés.
Les montants de l’ABA viennent d’être confirmés. - © S. Bourgeois

 

Zoom sur... L’Aide aux bovins allaitants

Les chiffres viennent d’être confirmés. Après avoir effectué une première analyse des demandes PAC 2015, l’administration a annoncé que toutes les vaches allaitantes devraient être primées. L’ABA sera de 181 € de la 1re à la 50e vache, de 136 € de la 51e à la 99e vache et d’environ 70 € jusqu’à la 139e vache. Le plafond de 3,845 millions de vaches qui avait été fixé pour garantir les montants d’aides ne devrait pas être atteint, ou de très peu. Le ministère de l’Agriculture propose donc de simplifier le dispositif mis en place. Le but est de doter l’ensemble des animaux sans passer par un système de réserve et de pouvoir verser les aides à compter de début février 2016. La FNB s’inquiète par rapport au fait que ce dispositif incite les éleveurs à augmenter leur cheptel en 2016.

Réaction : « Les éleveurs ne céderont pas »

L’absence insupportable du numéro un français de l’abattage à la réunion de la filière viande bovine confirme son profond mépris des éleveurs et de l’ensemble de la filière. Le voile est enfin levé, les intérêts particuliers de cet industriel l’emportent sur l’intérêt général. Nous sommes aussi indignés de la présentation, pour le moins avantageuse, de l’évolution des prix payés aux producteurs depuis le 17 juin dernier. Non, les producteurs ne peuvent se satisfaire d’une progression des prix de 9 centimes par rapport à 2014, année également de crise qui s’est prolongée en 2015 justifiant le plan de soutien à l’élevage ! La question est claire et ne souffre d’aucune ambiguïté : où est passé l’argent des hausses consenties par la distribution ? Pas chez les éleveurs ! Plus que jamais, la loi de l’offre et de la demande, à l’amont de la filière, ne fonctionne plus. La construction des prix et la répartition des valeurs ont été confisquées par l’aval, et plus particulièrement par le numéro un des industriels qui impose sa loi d’airain sur l’ensemble de la filière. Et pourtant, construire le prix sur la valeur marchande des produits dans le cadre de contrats est possible : à qualité constante, prix constant ! Les enseignes de la grande distribution, en lien avec la demande du consommateur, devront être actives à la définition de ces nouvelles relations commerciales. Le groupe Bigard ne peut constamment se soustraire à ses responsabilités dans cette construction de l’avenir de la filière dont dépend le sort de dizaines de milliers de familles de producteurs de viande. Les liens qui unissent éleveurs et consommateurs sont forts. Plus forts que les marques de ce groupe qui ne répondent plus aux valeurs d’équité et de respect portées par la société d’aujourd’hui.

Le bureau de la FNB

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