Le Syndicat Agricole 28 août 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Viande bovine - Le « cri de désespoir » des éleveurs face à la grande distribution

Près de 150 éleveurs venus de toute la France ont fait le déplacement pour une action surprise de contrôle dans un magasin de la région parisienne.

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Vérification de l'étiquetage dans les rayons du magasin Leclerc de Vitry-sur-Seine. © Actuagri Pierre Vaugarny et Jean-Pierre Fleury devant le siège social  de Leclerc. © Actuagri

À l'initiative de la Fédération nationale bovine (FNB), des éleveurs venus de toute la France ont manifesté mardi 26 août pour alerter consommateurs et distributeurs des difficultés croissantes rencontrées par la filière. Cible de leur colère, le groupe Leclerc et sa politique de prix bas qui contribue à l'étranglement des producteurs. À Vitry-sur-Seine, en région parisienne, ils étaient près de 150 à avoir fait le déplacement pour une action surprise dans le magasin Leclerc de la ville. L'objectif : vérifier l'origine des viandes et sensibiliser le consommateur à la nécessité de soutenir l'élevage français.


Quelques affrontements avec les forces de l'ordre
Arborant des casquettes « Police des viandes », les éleveurs ont vérifié l'étiquetage, découvrant de la viande « origine UE » sans précision du pays producteur. Un étiquetage qui ne serait pas réglementaire, et vite remplacé par des stickers « baisse des prix aux éleveurs : les grandes surfaces s'engraissent ». La manifestation qui se voulait « ferme mais calme » s'est néanmoins musclée lorsque les éleveurs ont voulu se rendre dans la chambre froide pour vérifier les déclarations du directeur du magasin affirmant proposer à 90 % de la viande française.
Refusant de n'envoyer qu'une petite délégation « pour des raisons de normes sanitaires » à la demande du directeur, les éleveurs ont tenté d'entrer en masse face à une cohorte de CRS qui les attendait à l'intérieur. Repoussés avec force, l'affrontement s'est poursuivi plusieurs minutes à grands jets de tomates, viande hachée puis à la lance à incendie.


Une forte mobilisation
Ce que les éleveurs dénoncent avant tout, c'est « le décrochage de plus en plus insupportable entre les prix payés au producteur, qui ne cessent de baisser, et les prix à la consommation qui sans cesse augmentent », rappelle Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB. En un an, les éleveurs ont ainsi perdu 300 euros par animal. Ainsi déterminés à exprimer « leur désarroi face à la grande distribution qui, à travers ses pratiques commerciales, participe à l'étranglement d'une profession, de gens qui travaillent tous les jours pour des produits de qualité ».
Les éleveurs se sont ensuite dirigés vers le siège social du groupe Leclerc à Ivry-sur-Seine, où la météo peu clémente n'a pas entamé leur motivation. « Michel-Edouard Leclerc aime répéter qu'il est proche des producteurs, il est plutôt très proche de son porte-monnaie », raille devant le bâtiment un éleveur venu de Moselle.
Les organisateurs attendaient environ 100 personnes, ils étaient 50 de plus à avoir répondu présent, signe peut-être des difficultés extrêmes que traverse la filière viande. Face à eux, 160 CRS alignés empêchaient tout accès au parvis du bâtiment.


Leclerc participera à une réunion interprofessionnelle
Outre les prix de plus en plus bas, les éleveurs citent les investissements faits pour moderniser leurs exploitations, la directive nitrates, les contrôles fréquents et les normes pointilleuses auxquelles ils se soumettent pour fournir une production de qualité, alors que les distributeurs semblent quant à eux bénéficier d'une liberté plus grande, regrettent-ils.
La manifestation recueille le soutien de l'ensemble de la profession : Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, rappelle qu'« il n'y a aucune explication pour ces prix rabaissés en ce qui concerne la viande rouge », ajoute-t-il. Après plus de deux heures de négociations, une délégation menée par Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, finit tout de même par être reçue par Stéphane de Prunelé, numéro 2 du groupe Leclerc. Seule avancée tangible, Leclerc a accepté de participer à une réunion qui devrait se tenir dans les quinze jours entre les producteurs, la FCD, les distributeurs indépendants, et les abattoirs, précise encore le président de la FNB. Les revendications des agriculteurs ne devraient pas se cantonner au secteur de la viande. « La rentrée syndicale commence par la viande bovine, mais elle se généralisera à d'autres productions car la spirale à la baisse touche tous les produits », conclut Joël Limouzin.

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