Le Syndicat Agricole 21 avril 2016 à 15h00 | Par Le Syndicat Agricole

Utilisation des antibiotiques critiques en médecine vétérinaire

Une nouvelle réglementation est entrée en vigueur le 1er avril 2016.

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N’hésitez pas à vous rapprocher de votre vétérinaire traitant pour discuter de l’utilisation des antibiotiques.
N’hésitez pas à vous rapprocher de votre vétérinaire traitant pour discuter de l’utilisation des antibiotiques. - © C. Delisle

Le Journal officiel de la République française du 18 mars 2016 a publié le décret « antibiotiques critiques » n° 2016-317 qui a été signé officiellement le 16 mars. Ce décret restreint la prescription, la délivrance et l’usage des antibiotiques critiques, notamment en rendant obligatoire un antibiogramme, pour démontrer l’absence d’autres antibiotiques efficaces ou adaptés, qui justifie ainsi ce recours. Ce décret est entré en vigueur le 1er avril.
Liste des antibiotiques critiques (avec autorisation vétérinaire indiquée chez des animaux de rente) :
Céphalosporines de troisième et quatrième générations pour bovins ou porcins :
• céfopérazone (Pathozone intra-mammaire pour vache en lactation) ;
• cefquinome (Cefaxxess intra-mammaire pour vache en lactation, Cefimam° intra-mammaire pour vache en lactation, gamme Cefquinor intra-mammaires pour vache au tarissement ou en lactation, gamme Cobactan et Virbactan) ;
• ceftiofur (gamme Cefenil, Cefokel, Ceftiocyl, Ceftiosan, Cemay, gamme Cevaxel, Curacef, Eficur, gamme Excenel, gamme Naxcel, Readycef et Truleva flow) ;
Fluoroquinolones en « -oxacine » pour bovins, lapins, porcins ou volailles :
• danofloxacine (gamme Advocine),
• enrofloxacine (gamme Baytril, gamme Chanenro, Colmyc, gamme Enrocare, gamme Enrotron, Enrox, gamme Floxibac, Kariflox, Lanflox, Nyoflox, Quinoex, Quinoflox, gamme Quinotryl, Respitryl, Spectron, Tenotryl) ;
• marbofloxacine (Actimarbo, Boflox, gamme Forcyl, Kelacyl, gamme Marbiflox, gamme Marbocare, gamme Marbocyl, gamme Marbonor, gamme Marbosol, Marbox, gamme Marfloquin, gamme Ubiflox).

Les antibiotiques autorisés dans certains cas
Ces molécules sont interdites en antibio-prévention* mais les antibiotiques critiques peuvent toujours être prescrits en curatif**, ainsi qu’en métaphylaxie*** pour une maladie grave lorsque la « propagation rapide à l’ensemble des animaux est inévitable ». Avant prescription, le vétérinaire prescripteur doit lui-même réaliser un examen clinique préalable des animaux destinataires (ou faire réaliser une autopsie), ainsi que des prélèvements pour analyse microbiologique avec antibiogramme « sous réserve que la localisation de l’infection, le type d’infection ou l’état général du ou des animaux permettent le prélèvement d’échantillon ». Les résultats de ces analyses sont valables trois mois pour justifier de la prescription d’un antibiotique critique « pour le même animal ou des animaux du même stade physiologique présents sur le même site et pour la même affection ».
Il est dorénavant interdit au vétérinaire d’inscrire des antibiotiques critiques dans un protocole de soins permettant la prescription hors-­examen préalable des animaux destinataires : le vétérinaire ne peut plus prescrire des antibiotiques critiques qu’au « chevet » des animaux destinataires. De plus, cette prescription n’est valable qu’un mois pour permettre la délivrance des médicaments contenant des antibiotiques critiques, délivrance dont le renouvellement est désormais interdit à l’aide de l’ordonnance ayant déjà permis la délivrance initiale des médicaments contenant des antibiotiques critiques.

Des obligations pour l’usage d’antibiotiques
N’hésitez pas à vous rapprocher de votre vétérinaire traitant pour discuter de l’utilisation des antibiotiques et, plus largement, à raisonner l’usage des médicaments adaptés à votre élevage. Rappelons à ce sujet que depuis le 11 septembre 2015, lendemain de la parution au Journal officiel de la République française de l’arrêté du 22 juillet 2015 relatif aux bonnes pratiques d’emploi des médicaments contenant une ou plusieurs substances antibiotiques en médecine vétérinaire, des obligations quant à l’usage des antibiotiques en général incombent aux vétérinaires prescripteurs comme aux détenteurs professionnels d’animaux :
– l’usage préventif* de médicaments antibiotiques est limité à des situations particulières et pour lesquelles il n’existe pas d’autre moyen de gestion. Cet usage ne peut en aucun cas se substituer à une indispensable maîtrise sanitaire. La limitation de ces modes d’usage des antibiotiques passe également par une réflexion sur l’évolution des pratiques et sur les alternatives possibles, notamment vaccinales ;
- l’administration par voie orale d’un antibiotique incorporé dans l’aliment ou l’eau de boisson à une bande ou lot d’animaux n’est mise en œuvre que sur des bandes ou lots d’animaux homogènes. Les propriétés des médicaments administrés ne sont pas altérées par le mode de distribution via l’aliment ou l’eau. L’administration via l’eau de boisson n’est entreprise qu’après s’être assuré de la compatibilité physicochimique de l’antibiotique et de l’eau distribuée. Les détenteurs des animaux vérifient également auprès du vétérinaire prescripteur la compatibilité du traitement entrepris avec les méthodes d’assainissement de l’eau employées. Enfin, le matériel utilisé (pompe doseuse, seringue…) est régulièrement entretenu, nettoyé et révisé afin d’assurer son fonctionnement optimal ;
– les détenteurs des animaux observent des obligations en matière de conditions de stockage des médicaments contenant des antibiotiques (détention dans un meuble et/ou local accessible aux seuls responsables des soins et dans le respect des températures préconisées). Les aliments médicamenteux contenant des antibiotiques sont quant à eux stockés de telle sorte qu’aucune contamination croisée avec d’autres aliments pour animaux ne puisse se produire ;
– la réutilisation éventuelle des antibiotiques en cours de validité est conditionnée à la rédaction d’une nouvelle ordonnance vétérinaire adaptée à un nouveau traitement ;
– les médicaments antibiotiques non utilisés, ainsi que leurs conditionnements primaires, sont éliminés par une filière appropriée, notamment via le vétérinaire ;
– une extraction à partir du registre d’élevage des quantités et des catégories des antibiotiques utilisés sur une période donnée et pour un atelier donné doit être possible.
Rappelons enfin que tout cet arsenal réglementaire n’est que la concrétisation pratique de la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 qui a introduit des dispositions d’encadrement et de surveillance de l’utilisation des antibiotiques, et parmi elles un nouvel article L. 5141-14-3 du Code de la santé publique qui prévoit que « le recours en médecine vétérinaire à des médicaments contenant une ou plusieurs substances antibiotiques est effectué dans le respect de recommandations de bonnes pratiques d’emploi destinées à prévenir le développement des risques pour la santé humaine et animale liés à l’antibio-résistance ».

Communiqué des GDS 59 et 62

Définitions extraites de l’annexe 1 du guide de bonnes pratiques d’emploi des antibiotiques en médecine vétérinaire contenu dans l’annexe de l’arrêté du 22 juillet 2015 relatif aux bonnes pratiques d’emploi des médicaments contenant une ou plusieurs substances antibiotiques en médecine vétérinaire, ainsi que du I de l’article R. 5141-117-1 du code de la santé publique paru via le décret n° 2016-317 du 16 mars 2016 relatif à la prescription et à la délivrance des médicaments utilisés en médecine vétérinaire contenant une ou plusieurs substances antibiotiques d’importance critique :
* « Traitement préventif : tout traitement prophylactique, individuel ou collectif, appliqué à des animaux sains, exposés à un facteur de risque pour une maladie infectieuse considérée ». La prévention est dorénavant interdite à l’aide d’un antibiotique critique.
** « Traitement curatif : tout traitement, individuel ou collectif, des seuls animaux présentant les symptômes d’une maladie ».
*** « Traitement métaphylactique : tout traitement appliqué à des animaux cliniquement malades et aux autres animaux d’un même groupe, qui, bien que cliniquement sains, présentent une forte probabilité d’infection du fait de leur contact étroit avec les animaux malades ».

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