Le Syndicat Agricole 14 mai 2015 à 14h00 | Par Le syndicat agricole

Une technique performante et respectueuse de l’environnement

La pratique du séchage en grange des fourrages offre de nombreux avantages.

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La technique consiste à récolter une herbe riche à un stade précoce
La technique consiste à récolter une herbe riche à un stade précoce - © Le Syndicat Agricole

Peu développée dans notre région, la technique du séchage par accumulation offre pourtant de nombreux avantages. Outre la qualité des fourrages herbe et leur digestibilité, ce système offre un confort de travail hivernal optimal pour l’éleveur. Le coût de construction d’un séchoir est compris entre 50 et 140 000 € pour 40 vaches laitières. Cependant le système cache des économies de pressage, de distribution hivernale et d’achat de concentrés.

Comment ça fonctionne ?

La technique consiste à récolter une herbe riche à un stade précoce. Bien conservée, cette récolte donnera un foin de très haute qualité nutritive, ingéré en grande quantité par les animaux, et sans gaspillage. L’herbe préfanée pendant 24 à 48 h est récoltée en vrac au moyen d’une auto-chargeuse. Une zone de déchargement prévue à cet effet accueille le fourrage, qui est aussitôt repris à l’aide d’une griffe ou d’un tapis déméleur. L’herbe est alors disposée soigneusement dans une cellule de stockage, dont le fond est équipé de caillebotis. De l’air préalablement réchauffée sous les toitures d’un bâtiment, est pulsée à l’aide de ventilateurs. L’air traverse de bas en haut le fourrage et le sèche progressivement. On retrouve trois types de fourrages dans la cellule de séchage/stockage. Les foins secs rentrés depuis plus de 5 jours, les foins en cours de séchage engrangés depuis 1 à 5 jours, et les fourrages humides (45 à 65% de MS), rentrés la veille ou le jour même. L’engrangement en couches successives ne nécessite pas de beaucoup manipuler le foin, à l’exception des foins trop humides et qui ont tendance à se plaquer. En se colmatant, ils empêchent le passage de l’air. Dans ce cas le foin doit être « dégriffé », c'est-à-dire déplacé avec la griffe de façon à l’aérer.

Organiser son chantier de récolte

La chaîne de récolte est entièrement mécanisée et peu pénible. Il est possible de travailler seul ou en groupe limité. Les chantiers fractionnés évitent de jouer une grande partie de la récolte sur un seul jour. Les éleveurs utilisateurs apprécient de façon unanime l’indépendance, la rapidité et l’efficacité des chantiers. Il faut faucher vite pour intervenir rapidement derrière. Le premier fanage intervient le plus tôt possible après la fauche. Celui-ci doit être dynamique et énergique, pour obtenir un tapis homogène d’herbe sans paquets. Les paquets posent problème plus tard car ils arrivent jusqu’au séchoir, et empêchent la bonne circulation de l’air dans la cellule. L’andainage a toute son importance. Andainer rapidement évite au soleil de détériorer la valeur alimentaire de l’herbe. Enfin, l’auto-chargeuse de bonne capacité, adaptée à la taille des chantiers comporte des couteaux. Le fourrage coupé en brins de 15 à 20 cm, se tasse convenablement dans l’auto-chargeuse puis dans la cellule. Il est important de veiller à ne pas trop tasser au chargement et à respecter le débit du séchoir. La première couche représente généralement 2 m de hauteur, puis 1 mètre à chaque couche supplémentaire. La densité remarquée dans les séchoirs est de 100 kg MS/M3.

Une technique qui préserve la qualité du fourrage

La valeur d’encombrement des foins est en moyenne de 0,98 UEL par kg de MS. Ces foins exempts de moisissures, sont généralement équilibrés (0,78 UFL – 100g PDIE – 97g PDIN) et appétant. Une vache laitière en pleine lactation en consomme le plus souvent 18 à 20 kg/jour. Les éleveurs travaillent avec des variétés diploïdes car les tétraploïdes, bannis des séchoirs, sont trop difficiles à sécher. Les associations graminées-légumineuses sont évidemment à privilégier, d’autant plus que la technique permet de conserver correctement les feuilles de légumineuses. Les plus fortes valeurs énergétiques sont obtenues avec les associations RGA-TB, mais ces associations sont souvent moins productives que les mélanges de « grandes graminées » (dactyles, fléoles, fétuques) associés à du trêlfe violet et/ou de la luzerne. Les foins de prairie permanente ont une valeur souvent comprise entre 0,75 et 0,8 UFL.

Jean TERREL, Conseiller élevage Biologique - Chambre d’agriculture de Région Nord Pas-de-Calais.

Côté organisation du chantier de récolte, Alexandre Smagghe effectue 3 coupes dans l’année.
Côté organisation du chantier de récolte, Alexandre Smagghe effectue 3 coupes dans l’année. - © Le Syndicat Agricole

La Gaec Camberlin engrange le foin

À Willies, dans l’Avesnois, le Gaec Camberlin a opté pour le séchage en grange il y a 3 ans. Alexandre Smagghe est à la tête d’un troupeau de 130 vaches laitières, dont 90 % de race Montbéliarde. L’exploitation compte en tout 300 bêtes (18 mères allaitantes). C’est dans le Jura que l’éleveur a découvert la technique du séchage en grange. « Dans cette région, le parcellaire très resserré autour de la ferme se prête à cette technique », avance-t-il. Dans l’Avesnois, le parcellaire est plus morcelé mais les conditions climatiques, qui n’offrent que de courtes périodes pour récolter, et le grand nombre d’élevages organisés en système herbager, est aussi favorable au séchage en grange.

C’est sa conversion en bio en 2011 et la grande surface d’herbe (170 ha) de l’exploitation qui a incité l’éleveur à investir dans un séchoir. « Le système d’élevage bio nécessite de nourrir les vaches à l’herbe toute l’année, rappelle l’éleveur. La première année, j’ai utilisé de l’ensilage traditionnel, mais la qualité nutritionnelle et l’appétence de l’herbe séchée en grange sont bien meilleures ». Il a constaté que les vaches consommaient jusqu’à 15 % de fourrage séché en grange en plus que le fourrage ensilé. Autres avantages selon l’éleveur : la santé des animaux s’est globalement améliorée et les vaches ont une production de lait constante tout l’année, autour de 6 000 l. Il met aussi en avant le confort de travail en hiver. « Pas besoin de sortir pour aller ouvrir le silo, explique Alexandre. L’herbe est récupérée dans le séchoir à l’aide de la griffe puis distribuée aux animaux. Il faut compter environ 15 minutes pour nourrir 30 vaches ».

Côté organisation du chantier de récolte, l’éleveur effectue 3 coupes dans l’année : une première fauche a lieu entre mi-mai et début juin sur 80 ha, une deuxième l’été sur 50 ha et une dernière en septembre-octobre sur 40 ha. D’une capacité de séchage totale de 600 tonnes, le bâtiment de séchage est composé de 6 cellules, 3 pour la première fauche et 3 pour la deuxième et troisième. L’éleveur est équipé de son propre matériel pour effectuer la récolte de l’herbe. Seul bémol du système selon lui : les différents chantiers à effectuer entre mai et septembre prennent du temps. « Il ne faut pas avoir trop de kilomètres à faire pour récolter », précise l’éleveur.

Virginie Charpenet

 

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