Le Syndicat Agricole 23 septembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Une réponse collective à la crise subie par les agriculteurs du Nord-Pas de Calais

Crédit agricole Nord de France, Chambre d’agriculture, représentants de l’État, coopératives et négoces se sont réunis pour présenter des mesures et porter un message de confiance.

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François Macé a annoncé un nouveau prêt « Pause 2016-2017 » permettant une reprise des annuités sous forme d’un nouveau crédit avec un taux de 1,1 %, plafonné à 100 000e par exploitation. © DR « Nous sommes allés au-devant de chaque partenaire de la profession pour bien comprendre les besoins et concevoir un ensemble de mesures très adaptées », a déclaré Bernard Pacory. © DR

Le Crédit agricole Nord de France a rassemblé les différents acteurs du monde agricole du Nord-Pas de Calais, vendredi 16 septembre à Arras. L’organisme bancaire a présenté une série de mesures qui doivent permettre aux agriculteurs de toutes les filières de faire face à la crise. Coordination des partenaires, solidarité : face à une situation difficile et de longue durée pour les filières de l’élevage et les rendements très faibles des récoltes 2016, c’est une réponse collective qui a souhaité être apportée, accompagnée d’un message d’espoir et de confiance. « L’agriculture est un moteur de l’économie régionale », a rappelé Bernard Pacory, président du Crédit agricole Nord de France. Les mesures annoncées visent à soutenir les exploitations dont la trésorerie ne permet pas de faire face aux échéances des mois qui viennent ainsi qu’à préparer la campagne 2017.
Pour ce plan d’accompagnement, le Crédit agricole Nord de France mobilise une enveloppe de 100 millions d’euros (75 millions d’euros avaient déjà été mobilisés par la banque en 2015-2016). La première priorité de la caisse régionale est de gérer les échéances immédiates. « Depuis maintenant huit ans, des dispositifs de souplesse existent, avec possibilité d’étalement », rappelle François Macé, directeur général, avant d’annoncer un nouveau prêt « Pause 2016-2017 » permettant une reprise des annuités sous forme d’un nouveau crédit avec un taux de 1,1 %, plafonné à 100 000 € par exploitation. Les frais de dossiers seront en outre pris en charge par l’établissement bancaire. Ce prêt sera d’une durée de 2 à 5 ans avec une année de différé possible. Pour certaines situations particulières, François Macé rappelle également la possibilité de restructurer globalement les dettes bancaires.

100 conseillers bancaires mobilisés sur le terrain
Afin de préparer la campagne 2017, les agriculteurs peuvent bénéficier de solutions de financement tels que les lignes court terme « prime PAC », qui existent déjà mais qui « sont très peu utilisées », souligne le directeur général. Autre solution, les lignes pour le financement de l’approvisionnement 2017, en partenariat avec les organismes stockeurs (coopératives et négoces), avec un plafond de 550 €/hectare. Enfin, pour sécuriser l’avenir, le Crédit agricole devrait renforcer son conseil auprès des agriculteurs et proposer des diagnostics précis en termes d’assurances, notamment d’assurances récoltes. La caisse a rappelé que ses 100 conseillers étaient mobilisés sur le terrain (2 000 conseillers au niveau national). « Nous apportons un contact personnalisé avec un accompagnement prioritaire pour les jeunes agriculteurs, récemment installés et pour ceux qui ont récemment investi », souligne François Macé.
L’ensemble des mesures annoncées est opérationnel dès à présent. « Nous estimons qu’il pourrait y avoir 4 000 dossiers à traiter », a signalé Bernard Pacory. Au niveau national, ce sont 5 milliards d’euros de prêts qui vont être mobilisés par le Crédit agricole. Sur ce total, « 3,5 milliards seront des prêts de trésorerie, donc à court terme », précise le président du groupe Dominique Lefebvre. À cela s’ajoute 1,5 milliard d’euros qui servira à reconstruire les fonds de roulement, sur du plus long terme. Si les caisses régionales étaient libres de fixer les taux d’intérêt, le groupe recommandait un maximum de 1,5 %. Dominique Lefebvre, qui a demandé à l’État d’apporter sa garantie financière à ces prêts via la Banque publique d’investissement, n’exclut pas qu’il faille une contribution supplémentaire.

Un plan global de soutien bientôt présenté
Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll devrait prochainement annoncer que l’État cautionnera ces prêts via la Banque publique d’investissement (BPI) dans le cadre d’un plan global de soutien. Lors de sa visite au Space, le ministre a en effet annoncé la présentation, dans les prochains jours, d’un plan pour l’ensemble des filières et en particulier pour les céréaliers. Ce thème du refinancement des exploitations est porté depuis plusieurs semaines par la FNSEA, qui demande une caution de l’État pour permettre aux agriculteurs de refinancer leurs exploitations et de profiter de la faiblesse actuelle des taux d’intérêt.
Aujourd’hui, les pertes sont estimées entre 500 et 700 €/ha pour un céréalier. La mobilisation du monde agricole a déjà permis d’obtenir l’exonération de la taxe foncière sur le non-bâti (cf. édition du Syndicat agricole du 16 septembre, p. 5) ; d’autres acteurs du secteur doivent également présenter leurs propres mesures face à cette situation exceptionnelle. Tout le monde semble en tout cas d’accord pour dire que le modèle agricole tel qu’il existe aujourd’hui doit évoluer. « Il faut aborder le fonctionnement de l’agriculture de manière différente, repenser le modèle », a insisté Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais.

Laura Béheulière

Zoom sur... Unéal présente des mesures pour accompagner ses adhérents

En amont de la conférence de presse du Crédit agricole Nord de France, vendredi 16 septembre, la coopérative Unéal a annoncé ses propres mesures destinées à ses adhérents et qui viennent en complément des mesures mises en place par les autres acteurs. « Elles vont permettre, en plus de notre accompagnement au quotidien et de ce qui est mis en place par d’autres structures, de sortir de cette situation », estime Bertrand Hernu, président de la coopérative Unéal. Pour rappel, les adhérents ont enregistré, en blé, une baisse de rendements de plus de 30 % par rapport à la moyenne décennale de la coopérative.
Trois mesures exceptionnelles, validées par le conseil d’administration fin août, ont été présentées. La première vise à financer et optimiser les charges pour réussir la moisson 2017. Elle se décline ainsi :
- une avance court terme sera proposée systématiquement en partenariat avec les principales banques ;
- Unéal prendra en charge la partie administrative et sera le relais auprès des banques pour instruire les dossiers ;
- une distribution exceptionnelle sera proposée à l’assemblée générale de décembre 2016 visant le doublement de la redistribution classique, avec un minimum de 2,50 M€. Elle sera fonction des activités des agriculteurs avec la coopérative sur l’année précédente. Productions végétales et animales sont concernées.
La deuxième mesure vise à aider particulièrement les jeunes agriculteurs (installés depuis moins de 5 ans). 230 jeunes sont concernés, pour une enveloppe de 7 M€ :
- le paiement de factures semences et produits de santé et nutrition des plantes sera décalé jusqu’à la moisson 2017, soit au 30 septembre 2017 ;
- le décalage de trésorerie sera intégralement pris en charge par la coopérative.
Enfin, la troisième mesure repose sur ce qu’Unéal appelle « la solidarité intergénérationnelle » : la coopérative proposera aux agriculteurs qui disposent de trésorerie de payer par avance leurs approvisionnements en productions végétales, avec escompte de 0,5 % par mois, soit 6 % par an. Une avance qui permettra de financer le report d’échéance proposé aux jeunes agriculteurs.
« Dès le mois de mars, une enveloppe de 250 000 € avait été validée par le conseil d’administration, destinée aux éleveurs qui auraient des actions à mener suite à un audit financé par la Région, rappelle Françoise-Emmanuelle Boussinesq, directrice opérationnelle. Tout au long de la moisson, la coopérative a mis en place des actions. On a réagi pour que la collecte ne soit pas pénalisée, notamment en améliorant la qualité des grains par l’allotement. Autre exemple, dès la première benne livrée, une avance de 100 €/t a été versée à chaque livreur. » Une commission exceptionnelle paritaire a en outre été mise en place, activée dès juillet et qui s’est réunie plusieurs fois au mois d’août ; son rôle est d’apporter des solutions à la crise. En octobre 2015, la coopérative avait proposé de garantir 20 % de collecte de blé à 170 € (contrat coopérateur avec PCMG – prix de campagne minimum garanti). Ce PCMG a été porté à 180 € suite aux rendements constatés lors de la récolte.

L.B.

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