Le Syndicat Agricole 22 avril 2015 à 12h00 | Par Le syndicat agricole

Une politique pour réduire le gaspillage alimentaire de 50 %

Guillaume Garot a formulé des propositions concrètes qui reposent sur la responsabilisation de tous les acteurs de la chaîne alimentaire.

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La défiscalisation, aujourd’hui possible pour les dons de lait, de fruits et légumes et d’œufs, devrait être élargie aux produits transformés.
La défiscalisation, aujourd’hui possible pour les dons de lait, de fruits et légumes et d’œufs, devrait être élargie aux produits transformés. - © Banques alimentaires

« Quand on parle de gaspillage alimentaire, il faut d’abord poser les enjeux : enjeu éthique, c’est l’évidence, c’est un scandale de jeter quand tant d’êtres humains ont faim (...), enjeu économique, c’est une question de pouvoir d’achat quand 20 à 30 kg de nourriture par personne sont jetés chaque année (...), enjeu écologique puisque le gaspillage alimentaire est le 3e responsable des émissions de gaz à effet de serre », a rappelé Guillaume Garot en présentant ses grandes propositions pour une politique publique de lutte contre le gaspillage alimentaire. Chargé de cette mission par le Premier ministre il y a six mois, le député de la Mayenne et ancien ministre de l’Agroalimentaire a rendu son rapport le 14 avril à la ministre de l’Écologie Ségolène Royal et au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.
Pour Guillaume Garot, un objectif : « faire reculer de moitié le gaspillage d’ici 2025 », grâce à la mise en place d’une politique publique dédiée. Le parlementaire a proposé des pistes concrètes qui reposent avant tout sur la responsabilisation de tous les acteurs de la chaîne alimentaire. Des mesures sont ainsi avancées pour la grande distribution, comme la généralisation des rayons anti-gaspi  avec des produits moins chers dont la date limite de consommation est proche, l’obligation de donner les invendus à une association caritative habilitée qui en aura fait la demande, ou encore la valorisation du circuit de l’alimentation animale si les produits ne sont plus bons pour la consommation humaine, voire utiliser ceux-ci pour l’énergie avec la méthanisation. Côté industriels, il s’agirait d’améliorer les pratiques de transformation pour limiter les pertes et valoriser les coproduits, mieux protéger les produits pendant le transport, ou encore rendre le don possible pour les produits marque distributeurs refusés par l’enseigne par exemple pour des raisons de mauvais étiquetage.

Élargir la défiscalisation
Si le gaspillage est faible à l’échelon de la production, il est tout de même généré par les conditions climatiques (surproduction ou altération des produits), les aléas économiques, contractuels ou concurrentiels à l’origine d’invendus. Pour valoriser ces produits, un certain nombre de freins réglementaires, administratifs, logistiques ou techniques sont à lever. La défiscalisation, aujourd’hui possible pour les dons de lait, de fruits et légumes frais et d’œufs, devrait être élargie aux produits transformés. En effet, les produits agricoles ont souvent besoin d’être conditionnés et transformés avant d’être donnés (compotes ou jus de fruits, pommes de terre en flocons...) ce qui a un coût et « génère souvent un transfert de propriété entre le donateur et l’association bénéficiaire, rendant le dispositif de défiscalisation plus difficile à mettre en place juridiquement et plus difficile à contrôler », note le rapport. « On travaille pour autoriser la défiscalisation des légumes et fruits transformés », a confirmé de son côté Stéphane Le Foll.

Une stratégie nationale
Cette prise de conscience généralisée passe aussi par la restauration collective, et les consommateurs qu’une campagne d’information pourrait sensibiliser. Pour mettre en œuvre une politique publique nationale, il faut « des outils nouveaux », « simplifier le droit existant », ajoute Guillaume Garot qui souhaite aussi que l’Ademe se voie confier la mission d’instance publique contre le gaspillage : « les acteurs de terrain ont besoin d’un lieu de partage, où trouver de l’information », explique-t-il. Pour Ségolène Royal, le sujet mobilise déjà les acteurs dans les territoires. Alors que 20 projets devaient être retenus suite à l’appel à projets « Zéro gaspillage, zéro déchet » lancé par le ministère de l’Écologie, ce sont finalement 58 qui ont été sélectionnés, rappelle la ministre. Mais « des efforts considérables restent à faire », ajoute-t-elle. La France doit donc aller plus loin, « elle est crédible et attendue là-dessus », insiste Guillaume Garot qui fait remarquer que la lutte contre le gaspillage alimentaire sera partie intégrante des propositions de la France lors de l’Exposition universelle de Milan qui s’ouvre le 1er mai.

Solaal appelle
à « transformer l’essai »
Solaal, association facilitant le lien entre les donateurs des filières agricole et alimentaire et les associations d’aide alimentaire, a salué les propositions du rapport de Guillaume Garot qui reprend « des demandes portées par notre association », indique-t-elle.
Solaal organisait le même jour en Bretagne une opération illustrant un dispositif mené en partenariat avec les Chambres d’agriculture de Bretagne, relais de Solaal, et la Fondation Carrefour, pour faciliter l’acheminement des dons agricoles : « les produits donnés par les agriculteurs bretons sont ramenés par les camions Carrefour en retour de livraison vers l’entrepôt de l’enseigne pour être ensuite distribués aux associations d’aide alimentaire, ont expliqué les trois organisations concernées. En place depuis mars, le dispositif a permis de collecter 9 tonnes de pommes de terre, et entre dans le cadre des propositions du rapport de Guillaume Garot qui incite à développer des actions territoriales en lien avec les différents acteurs locaux.
Si le contenu du rapport satisfait Solaal, l’association restera néanmoins « attentive à la traduction législative de ces propositions concrètes et veillera à ce que soient toujours privilégiées l’efficacité et une rapidité de mise en œuvre ».

Le gaspillage alimentaire dans le monde

Le gaspillage alimentaire concerne « toute nourriture destinée à la consommation humaine, qui à une étape de la chaîne alimentaire est perdue, jetée, dégradée ». Pour mémoire, la FAO estime qu’un tiers de la nourriture est perdue dans le monde, soit 160 kg par an et par habitant, l’équivalent de 245 repas. Le coût direct de ce gaspillage s’élève à 1 000 milliards de dollars, estime la FAO, qui ajoute à ces pertes le coût des dommages environnementaux générés, soit 3,3 gigatonnes d’équivalent CO2, et un volume d’eau mobilisé de 350 km3, trois fois la capacité du lac Léman. En France, chaque personne jette en moyenne 20 à 30 kg d’aliments par an, dont 7 kg encore emballés.

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