Le Syndicat Agricole 15 décembre 2016 à 11h00 | Par Le Syndicat Agricole

Betteraves : Une plateforme de stockage gigantesque pour anticiper la fin des quotas

Tereos, qui souhaite accroître sa production, investit dans la conservation longue durée des betteraves avec une unité pilote à la sucrerie de Lillers (62).

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La nouvelle aire de conservation « longue durée » de Lillers a une capacité de 60 000 à 70 000 t de betteraves (2,5 ha). © Tereos Gautier Leblanc et Yves Jouannic, respectivement responsable du service betteravier et directeur du site de Lillers. © DR En fonctionnement depuis le 22 novembre à Lillers, la cour de stockage devrait progressivement être étendue à toutes les unités de Tereos. © Tereos

Des betteraves à perte de vue. À la sucrerie de Lillers, c'est probablement le plus grand silo de France qui prend forme en cette fin de campagne sucrière 2016. Le groupe Tereos vient d'inaugurer une nouvelle aire de conservation capable d'accueillir plusieurs milliers de tonnes de betteraves en un même lieu et sur le long terme. Une innovation pionnière permettant d'anticiper l'arrivée de volumes supplémentaires et l'allongement des périodes de réception lors de la prochaine campagne.

Des volumes attendus en forte hausse dès 2017
Dans exactement dix mois, les quotas sucriers prendront fin. Pour tirer parti de cette liberté de production et d'exportation, Tereos a lancé un plan d'investissement de 100 millions d'euros sur cinq ans dans ses sucreries françaises. « Il s'agit de moderniser les outils industriels afin de gagner en compétitivité face à une situation qui va totalement chambouler la filière », indique Yves Jouannic, directeur du site de Lillers. Les volumes récoltés au niveau national par le groupe coopératif devraient passer de 15 à plus de 19 millions de tonnes en quelques mois. Ainsi, dans le secteur de l'usine lilléroise, les quantités de betteraves récoltées vont s'accroître progressivement de 20 % environ entre 2015 et 2017. Les emblavements régionaux ont déjà augmenté de 9 % rien qu'en 2016. « Les associés coopérateurs ont répondu présents et se sont engagés à atteindre durablement ces objectifs », assure Gautier Leblanc, responsable du service betteravier. Des paramètres qui demandent une réorganisation complète des neuf unités que compte Tereos dans les Hauts-de-France et de leur zone d'approvisionnement. « Nous avons priorisé des actions à mettre en oeuvre sur le terrain, expliquent les dirigeants. À commencer par l'annonce d'un prix minimum garanti pour la betterave, un accompagnement technique, le renforcement de notre réseau de distribution en Europe et à l'international et le développement du bâchage ou du paillage des silos ». Un dernier point directement lié à l'extension des futures campagnes.

Le premier site français muni d'une aire de conservation
Basées sur une moyenne de 110 jours depuis plusieurs années, les périodes de ramassage des silos aux champs vont être étendues de 20 jours environ l'année prochaine pour faire face à la hausse des chantiers. « Avec la physiologie des sols régionaux, il est difficile d'assouplir le rythme des arrachages sous peine de ne plus pouvoir rentrer dans les parcelles avec les machines en fin de saison », rappelle Gautier Leblanc. Tereos s'est donc penché sur la question de la conservation des silos sur une durée plus longue. Un enjeu essentiel dans le cadre de l'allongement de la collecte. Après plusieurs essais menés dans différentes sucreries, l'unité de Lillers a fait le choix de s'équiper d'une plateforme de stockage d'une capacité de 60 000 à 70 000 t de betteraves (2,5 ha). Une première en France. « C'est une avancée majeure dans la préparation de l'après-quotas, déclare Yves Jouannic. Les betteraves peuvent ainsi être placées dans des conditions optimales de conservation afin d'anticiper la fin des réceptions quatre à cinq jours avant ». « Cet investissement nous permettra surtout de faire face à d'éventuelles conditions climatiques difficiles (neige, barrières de dégel...) et de maintenir l'activité de l'usine lors de ces périodes qui interviennent généralement en janvier et février », complète Gautier Leblanc. En fonctionnement depuis le 22 novembre, la cour de stockage se remplie peu à peu. Lillers fait office de « site pilote » à l'échelle du groupe. « Une attention toute particulière sera portée au suivi de la conservation et de nouvelles méthodes seront expérimentées afin de pouvoir stocker certaines betteraves durant plus d'un mois », annonce le responsable betteravier. Avec cette nouvelle organisation, la sucrerie (210 employés) prévoit de recruter 15 salariés supplémentaires dès janvier 2017. Ce dispositif technique devrait progressivement être étendu à toutes les unités de Tereos. D'autres investissements de grande ampleur devraient également voir le jour l'année prochaine à Escaudoeuvres (59).

Simon Playoult

Zoom sur... Drones et robots bientôt dans les parcelles de betteraves ?

Depuis le lancement de la campagne 2016, Tereos teste plusieurs outils d'aide à la décision (OAD) : utilisation de drones et de satellites sur les parcelles de prélèvement pour les prévisions de rendement ou encore développement de la reconnaissance des adventices en vue d'un désherbage de précision. « Levier de compétitivité agricole majeur, l'innovation agronomique chez Tereos est un process continu qui a pour objectif de concilier la nécessaire croissance des rendements avec une réduction des intrants », a déclaré Jean-Michel Chassine, directeur agronomique chez Tereos, le 13 décembre lors d'un point presse organisé à la sucrerie d'Origny-­Sainte-Benoite (02). Tereos a d'ailleurs créé une cellule dédiée à l'innovation et au big-data en vue de vulgariser et d'adapter ces techniques innovantes au plus grand nombre. Parmi les projets en cours, le groupe va mettre en expérimentation, dans la ferme Tereos polycultures à Chevrières, un robot désherbeur qui se pilote à l'aide d'une tablette ou d'un Smartphone et travaille ensuite en toute autonomie. Ce robot, alimenté à 100 % par des panneaux solaires, effectue un désherbage écologique et économique des cultures. Équipé d'une caméra, la précision de cet outil permet d'appliquer le désherbant directement sur la mauvaise herbe et non pas sur la culture, diminuant ainsi la dose d'herbicide utilisé. Le prochain Carrefour de l'innovation qui aura lieu en mai 2017 sera dédié à ce thème.

Une récolte finalement « correcte »

La campagne betteravière qui se poursuit à Lillers a démarré le 21 septembre et devrait se terminer début janvier. Cette année, la sucrerie va transformer 1,5 million de tonnes de betteraves récoltées sur une surface de 19 000 ha. « Le rendement moyen est de 86,5 t/ha à 16°, annonce Yves Jouannic. C'est correct et dans la moyenne quinquennale ». Avec des conditions d'arrachage plutôt clémentes, le taux de tare terre est même inférieur à 8 %. Malgré quelques craintes en début de saison, le Nord-Pas de Calais semble donc une nouvelle fois sortir son épingle du jeu. La Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) annonçait en effet la semaine dernière un rendement national de 85 t/­ha plus faible que l'an passé (87 t/ha).

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