Le Syndicat Agricole 03 avril 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Une ferme en complète autonomie énergétique

Économique et écologique, l’exploitation agricole de la famille Ronckier s’est dotée d’installations uniques dans la région.

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1 - La plantation de saules, qui traitent de manière naturelle les effluents de l’exploitation, grandit de 4 m en moyenne par an pour un rendement de 8 à 12 t/MS/ha/an. © DR 2 - Le biobaler scalpe les tiges puis les compacte. © DR 3 - Une balle de bois à la sortie du biobaler. © DR 4 - Le stock de « ballots biomasse » servant à chauffer l’exploitation. © DR

Système de filtration des eaux, biobaler et unité de gazéification, les équipements de la ferme Ronckier située à Killem (59) peuvent surprendre. Pour cause, après avoir été la première exploitation agricole régionale à intégrer une technique de traitement des effluents par les végétaux en 2002, Jean-Bernard et Thérèse Ronckier sont aujourd’hui les premiers Français à chauffer leur propriété à l’aide d’une chaudière à balles de bois.


Un assainissement alternatif en « saule » majeur
Dans cette plaine des Flandres dont l’altitude frôle parfois le niveau de la mer, la gestion du territoire est une réflexion quotidienne pour les agriculteurs. Avec sa soixantaine de Montbéliardes, la famille Ronckier produit environ 450 000 litres de lait par an et s’est spécialisée dans la fabrication de fromages régionaux, beurre et crèmes fraîches ou glacées. Des procédés à forte consommation d’eau. « Afin d’épurer et d’épandre les eaux de lavage de la salle de traite et celles issues de l’atelier de transformation, nous avons implanté un bassin de 3 hectares de taillis de saules à très courte rotation (TTCR), explique Jean-Bernard Ronckier. Le saule, plante à croissance rapide, filtre les eaux usées et fixe naturellement les éléments en suspension par décantation ». Dans cette station d’épuration naturelle, les organismes présents dans le sol transforment ensuite les éléments nutritifs (nitrate, phosphate, potassium). À travers un réseau d’irrigation sous les pieds des saules, plus de 2 000 mètres cube sont ainsi dispersés chaque année par goutte-à-goutte sur la parcelle. « Sur ce type d’installation, la coupe des pousses de saules doit être effectuée tous les trois ans en moyenne pour en valoriser le bois, précise Christian Cuingnet, consultant chez Ovive, agence spécialisée dans le traitement des eaux, et en charge de l’unité. Pour cela, Jean-Bernard Ronckier utilise un outil peu connu dans la région : le biobaler.


Des pelotes de bois pour une chaudière danoise
Plutôt que d’ensiler ou de déchiqueter les tiges pour en faire des copeaux, l’exploitant a fait le choix du bottelage. Comme une presse à paille classique, le biobaler scalpe en un passage les branches pour produire des balles rondes et compactes. Les ballots de bois sont ensuite directement transformés en énergie. « Nous cherchions depuis longtemps un chauffage qui permettrait de valoriser notre système de taillis, se rappelle Jean-Bernard Ronckier. Après plusieurs années de recherches, je me suis rapproché d’une entreprise au Danemark qui fabrique des chaudières capables de brûler toute sorte de bois ». En juin 2014, la ferme Ronckier a donc investi dans une chaudière à gazéification, à travers laquelle la biomasse est transformée en gaz ayant une forte valeur énergétique. À l’aide d’un télescopique, l’agriculteur introduit les balles (200 kg lorsqu’elles sont sèches) dans l’insert. « En hiver, 1 à 2 ballots de bois par jour suffit à alimenter le process, indique le propriétaire. Une cabine informatisée me permet de contrôler la température, l’alimentation et les autres réglages ». Depuis neuf mois, les bâtiments, l’eau sanitaire, la chaîne de production et même les caves d’affinage de ces agriculteurs avant-gardistes sont chauffés par cette installation nordique. Un dispositif moderne mais qui complète la fabrication traditionnelle du Palet de Killem, un fromage au lait cru et à pâte molle, la spécialité de la ferme.


Simon Playoult

Jean-Bernard Ronckier, exploitant à Killem, près de Dunkerque, utilise la biomasse de son système d’assainissement pour sa chaudière à gazéification (en arrière plan).
Jean-Bernard Ronckier, exploitant à Killem, près de Dunkerque, utilise la biomasse de son système d’assainissement pour sa chaudière à gazéification (en arrière plan). - © DR

Zoom sur... Deux autres techniques d’épuration par les végétaux

Le 24 mars dernier, la Chambre de commerce et d’industrie Grand Lille, en partenariat avec le bureau d’étude Ovive et l’Agence de l’eau Artois-Picardie, a présenté plusieurs processus d’assainissement de l’eau existants :
- le procédé FPR (filtre planté de roseaux) qui retient les matières en suspension à la surface du filtre et la matière organique, à la traversée du massif filtrant ;
- le LSPR (lit de séchage planté de roseaux) qui utilise des roseaux plantés à la surface d’un massif pour développer un maillage de racines assimilable à un réseau de drainage qui se propage durant l’accumulation régulière de boues sur toute la hauteur de la couche (généralement plus d’un mètre).

7 plantations de taillis à très courtes rotations (TTCR) dans la région

La technique du TTCR, qui valorise en biomasse des effluents, est pratiquée depuis 16 ans déjà dans le Nord-Pas de Calais. L’usine Leroux, basée à Orchies (59), fut la première industrie agro-alimentaire à intégrer 15 ha de plantation sur son site en 1999. Depuis, 6 entreprises de la région se sont lancées dans le traitement des effluents par les végétaux en TTCR, soit 29 ha en tout. La plus vaste installation est celle de la sucrerie Cristal Union de Sillery (51) avec 21,5 ha en TTCR, suivie par d’autres sites dans toute la France : Saint-Louis, Suez ou encore Véolia sont entrés dans la démarche.

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