Le Syndicat Agricole 29 octobre 2015 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

Un traitement médiatique à charge contre la viande rouge et la charcuterie

La récente publication de résultats scientifiques révélant un lien entre viande rouge, charcuteries et cancer, met le feu aux poudres chez les professionnels de la viande.

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À l’instar d’Interbev, le Circ rappelle dans  ses conclusions l’importance de la viande  dans l’équilibre alimentaire avec ses apports nutritionnels tels que les protéines comme le zinc, le fer ainsi que des vitamines du groupe B dont © J.C. Gutner Sans pâturage, la progression de la friche diviserait par 4 la biodiversité végétale en moins de 20 ans. © E. Bignon

« Probablement cancérogène pour l'homme », c'est ainsi qu'a classifié le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), l'agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la viande rouge, dans un rapport publié dans la revue scientifique Lancet Oncology, le lundi 26 octobre. Les produits carnés transformés (par salaison, maturation et autres procédés), et en particulier ceux de la charcuterie sont, quant à eux, classés « cancérogènes ». La publication, qui se base sur près de 800 études collectées, informe que le cancer colorectal arriverait en tête des maladies associées à la consommation de viande rouge. Ainsi, une consommation de 100 g de viande rouge par jour augmenterait de 17 % le risque de cancer colorectal. Concernant la viande rouge transformée, ce même risque passerait à 18 % pour une portion de 50 g ingérée. « Je ne veux pas qu'un rapport comme celui-là mette encore plus la panique chez les gens », a, pour sa part, réagit le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll, appuyant : « On peut et on doit consommer de la viande, mais on doit le faire de manière raisonnable ». Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, regrette l'accumulation des problèmes concernant le secteur de l'élevage, « Les éleveurs doivent se demander si tout ça est bien sérieux, alors qu'ils connaissent les plus grandes difficultés ». L'interprofession bétail et viande (Interbev) a également riposté, dans un communiqué de presse, soulignant le fait qu' « il ne s'agit pas d'une nouvelle étude scientifique mais d'un jugement d'experts ayant fait un état des lieux d'études existantes ». De son côté, Robert Volut, président de la Fédération des industriels de la charcuterie (Fict), a aussi réagit : « Il n'y a rien de nouveau. C'est la compilation d'un certain nombre d'études, sans porter assez d'attention aux quantités consommées ».
Aux États-Unis, l'Institut nord-­américain de la viande (Nami) dénonce de manière catégorique la fiabilité des conclusions de l'étude, pointant du doigt « des données triturées pour obtenir un résultat bien précis » ajoutant que « si l'on s'en tenait juste à la liste (...) du Circ, il serait clair que le simple fait de vivre sur terre serait un risque de cancer ». Pour l'Institut, l'argument avancé, et repris depuis par tous les industriels du secteur, est le suivant : « La science a montré que le cancer est une maladie complexe qui n'est pas provoquée par de simples aliments ». Selon Interbev, en France, les niveaux de consommation de viande rouge cuite seraient « en dessous du seuil de 500 g par semaine (soit environ 70 g par jour) », et donc inférieurs au seuil préconisé par l'organe de l'OMS.
Le Circ, à l'instar d'Interbev, rappelle d'ailleurs lui même l'importance de la viande dans l'équilibre alimentaire avec ses apports nutritionnels tels que les protéines comme le zinc, le fer ainsi que des vitamines du groupe B dont la B12, présente uniquement dans les produits carnés. Un aspect peu repris sur le plan médiatique suite à la parution du rapport.

Consommation des viandes en France en 2014
Dans l'Hexagone, la consommation de viande en 2014 atteignait 86,3 kg par habitant et par an, après avoir atteint un pic à 94 kg en 1998, selon le récent bilan 2015 de FranceAgriMer. En 2014, la viande de porc (y compris transformée) restait la plus prisée des consommateurs à 32,5 k/hab/an malgré une baisse de 10 % entre 1994 et 2014, suivie des volailles à 26,3 kg/hab/an (progression de plus de 64 % en 35 ans) dépassant depuis 2012 celle des bovins à 24,2 kg/hab/an (en baisse constante depuis la crise de la vache folle), et enfin les ovins-caprins à 3 kg/hab/an. La consommation de viande de cheval reste anecdotique avec 200 g/hab/an en 2014. Le récent scandale ou « horsegate » a néanmoins contribué, selon FranceAgriMer, à un « regain d'intérêt de la part des consommateurs ».

Interview de Marc Pagès, directeur général d’Interbev

« On est loin d’une problématique de santé publique »

Quelle est votre réaction face à la nouvelle étude sur la consommation de viande ?
Suite à la publication de la monographie internationale « Viande rouge et produits carnés transformés » le lundi 26 octobre, l’Interprofession élevage et viande (Interbev) tient à clarifier ces conclusions qui évaluent la cancérogénicité de la consommation de viande rouge et de produits carnés transformés. Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une nouvelle étude scientifique mais d’un jugement d’experts qui compile des études déjà existantes. De plus, aucune étude scientifique à ce jour n’a permis d’affirmer qu’un aliment pouvait être à lui seul la cause d’un cancer, une maladie complexe et multifactorielle.

Vous souhaitez une lecture des résultats « remise en perspectives ». Quelles sont-elles ?
Le Centre de recherche international sur le cancer (Circ) précise bien que leurs propres classifications indiquent une cause éventuelle de cancer pas un niveau de risque réel (le Circ analyse différentes études pour en tirer différentes catégories de classement, ndlr). Ce dernier devrait prendre en compte le niveau d’exposition tel que les quantités consommées, la régularité, le mode de vie... Les niveaux réels de consommation de viande rouge et l’équilibre global alimentaire sont propres à chaque pays. Ils diffèrent donc de pays à pays. Que dit le Fonds mondial de recherche sur le cancer (WCRF) sur la viande rouge ? Il préconise une consommation de viande rouge cuite inférieure à 500 grammes par semaine et par habitant, soit environ 70 grammes par jour. Or, la consommation française moyenne de viande de boucherie (bœuf, veau, agneau, viande chevaline, porc hors charcuterie) est seulement de 52,5 grammes par jour et par personne, selon l’étude du Crédoc sur les comportements et consommations alimentaires en France de 2013. Les quantités consommées en France aujourd’hui font qu’on est loin d’une problématiques de santé publique. »

Et les éleveurs dans tout ça ?
Nous ne pouvons qu’être déçus par une telle annonce qui met une fois de plus à mal les éleveurs déjà en grande détresse économique et sociale.

Propos recueillis par Thierry Michel

Zoom sur... Une plaquette pour aider les éleveurs à valoriser leur travail

L’élevage et les éleveurs rendent de nombreux services à la société : production d’aliments pour nourrir la population, création d’emplois et de dynamisme sur les territoires, préservation de la biodiversité et des cours d’eau, stockage de carbone, entretien des paysages, production d’énergie renouvelables... La Charte des bonnes pratiques d’élevage, démarche portée par les éleveurs depuis 1999, a décidé en juin dernier d’éditer une plaquette destinée aux éleveurs qui répertorie ces aspects positifs. Elle va être distribuée à tous les éleveurs adhérant à la Charte. L’objectif de la plaquette est notamment de rappeler aux éleveurs la richesse de leur métier et la nécessité du maintien de leur activité sur le territoire. Un autre document, à destination du grand public cette fois, a également été réalisé. Il présente quelques chiffres clés sur les services que les éleveurs rendent à travers leur activité.
Documents téléchargeables sur www.charte-élevage.fr.

L’élevage rend des services à la société

- 75 % de la viande bovine consommée en France y est produite.
- 99 % du lait de vache transformé en France y est collecté.
- 570 kg de carbone sont stockés par an sous un hectare de prairies.
- 13 millions d’hectares de prairies sont valorisés par les herbivores, soit 20 % du territoire.
- 220 800 équivalent temps plein travaillent dans les exploitations d’élevage bovin.
- 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires sont générés par les filières herbivores.

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