Le Syndicat Agricole 22 janvier 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Un seul marché de la consommation de pommes de terre sous toutes ses formes »

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) organise les 25 et 26 janvier son congrès annuel à Arras. Son président, Arnaud Delacour, a répondu à nos questions.

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Pour Arnaud Delacour, les producteurs devront cette année « privilégier les marchés porteurs ». © DR « Les producteurs de pommes de terre souffrent d'un déficit d'image, souligne Arnaud Delacour. Nous devons faire preuve de davantage de pédagogie ». © V. Marmuse, CAIA

Ce 13e congrès sera placé sous le signe de la responsabilité sociale et environnementale (RSE). L’UNPT entend ainsi mettre l’accent sur la contribution des producteurs de pomme terre au développement durable, en réaffirmant qu’ils sont des « acteurs économiques responsables en région ».

Pourquoi avoir choisi cette thématique ?
Tous les mots de l’intitulé sont importants. « Acteurs », car engagés dans les interprofessions pour la performance des filières ; « économiques », car pas de durabilité des exploitations sans compétitivité. Cette dimension économique est cruciale, car l’environnement de marché dans lequel nous évoluons est de plus en plus concurrentiel. Aussi bien sur le marché du frais que sur celui de l’industrie, la bagarre avec nos voisins européens s’intensifie. Or, la réglementation européenne est telle que certaines pratiques sont autorisées chez les uns et pas chez les autres. D’où des distorsions de concurrence qui, à terme, peuvent mettre en péril la compétitivité des producteurs français.
« Responsables » aussi, parce que nous faisons depuis longtemps de la RSE sans en avoir conscience, nous voulons maintenant le faire savoir.
Sur le plan sociétal, nous sommes parmi les principaux employeurs du secteur agricole. Une exploitation qui produit 20 hectares de tubercules génère deux emplois de plus qu’une exploitation céréalière classique. Sans oublier tous les emplois indirects dans les entreprises de l’amont et de l’aval de la filière. En maintenant de l’activité en milieu rural, nous contribuons pleinement à créer du lien social. Sur le plan environnemental, les producteurs de pommes de terre ont pris très tôt conscience de l’enjeu en développant, via Arvalis, des techniques culturales moins impactantes (localisation et incorporation des apports azotés, irrigation de précision) ou encore des outils d’aides à la décision pour les traitements phytosanitaires tel que Mileos. Bon nombre de producteurs sont certifiés « Global Gap » et ont une approche raisonnée de la culture. Pourtant, nous souffrons d’un déficit d’image. Nous devons donc faire preuve de davantage de pédagogie pour expliquer clairement ce que nous faisons déjà pour préserver l’environnement.

Globalement, quel bilan tirez-vous de la dernière campagne pour la pomme de terre française ?
Dans l’ensemble, la campagne 2014-2015 a été extrêmement difficile pour les producteurs. Pour la fécule, l’année s’avère plutôt bonne, avec de bons niveaux de rendements et surtout des marchés dynamiques qui ont permis aux industriels français (Roquette et Tereos, ndlr) de conforter leurs parts de marché. Concernant le marché de l’industrie, la contractualisation très développée a permis aux producteurs qui ont fait de hauts rendements de préserver largement leurs revenus. Il n’empêche que tous les volumes supplémentaires produits ont été littéralement bradés. Sur le marché du frais, la dernière campagne s’est avérée compliquée, avec là aussi des situations très hétérogènes selon les différents sous-segments. Pour « les lavables », toute la politique contractuelle a été mise à mal. Négociants et conditionneurs ont eu d’énormes difficultés à respecter les contrats qui prévoyaient des prix largement supérieurs aux prix du marché libre. Certains les ont cassés, en refusant des lots qu’ils estimaient non conformes au cahier des charges d’une pomme de terre « photoshopée » que personne ne peut produire. 
Nous devons en tirer une leçon importante : il n’existe pas de système automatisé et indiscutable pour évaluer la qualité des lots. Nous sommes toujours sur un accord de gré à gré, avec une grille d’évaluation visuelle qui laisse énormément de place à l’interprétation. D’où la réflexion aujourd’hui amorcée au sein de la filière sur les centres de réception agréés. L’UNPT sera très vigilante à ce qu’on y utilise tous les moyens techniques disponibles pour évaluer, dès leur réception, la qualité des lots.

Quelles sont les perspectives pour 2016 ?
Je crains que cette année ne soit celle de tous les dangers. L’an dernier, les producteurs français ont suivi nos recommandations en baissant de 3 % leurs emblavements. Ceux des autres pays du NEPG ont également réduit leurs surfaces. Les conditions climatiques aidant, les volumes de pomme de terre ont reculé de 12 % en Europe. L’équilibre entre l’offre et la demande reste néanmoins fragile.
Par ailleurs, nous sommes dans un contexte agricole négatif avec des cours du sucre en berne, et ceux du blé et de colza ne remontent pas. Compte tenu du peu de visibilité des marchés et de la faible attractivité des autres grandes cultures, les producteurs pourraient être tentés d’emblaver davantage de pommes de terre. En cas d’année climatique « normale », on risque fort de retomber dans le même écueil que les campagnes précédentes : la surproduction. C’est pourquoi l’UNPT appelle les producteurs à planter mieux, autrement dit à planter uniquement les variétés assurées d’un débouché. Les opportunités existent en fécule ou sur le marché de l’industrie (en France et à l’étranger) avec des prix de contrat qui sont tout à fait rémunérateurs. Par contre, je dis attention à ceux qui veulent se développer en chair ferme. Qu’ils se rapprochent de leurs clients négociants ou distributeurs, afin de s’assurer auprès d’eux qu’ils achèteront leur production à un bon niveau de prix.

Selon vous, « le temps des choix stratégiques est arrivé pour la filière ». Quels sont les chantiers à mettre en œuvre ?
Nous sommes effectivement à la croisée des chemins et deux options s’offrent à nous. Soit, dans une approche totalement libérale, nous laissons faire le marché, et ce sont les plus forts et les plus gros qui gagneront. Soit nous adoptons une approche proactive en fédérant les producteurs autour d’un projet collectif et en essayant de structurer le marché. L’UNPT considère qu’en tant que structure représentative des producteurs, elle doit agir pour aider la filière française à se structurer dans l’intérêt de tous ses maillons, ainsi que celui du consommateur. Nous pensons que pour gagner en efficacité il faut cesser d’opposer les producteurs livrant l’industrie à ceux qui livrent le marché du frais, voire plus largement les acteurs des filières industrielles et du frais. Il ne doit y avoir qu’un seul marché de la consommation de pommes de terre sous toutes ses formes. Il faut en finir avec cette exception française de considérer qu’il existe un réel antagonisme, alors que les problématiques des uns et des autres sont quasiment identiques. Un choc de simplification au sein de nos structures est nécessaire pour gagner à la fois en visibilité auprès des producteurs et des pouvoirs publics ; et en lisibilité sur nos stratégies communes.

Quid de l’interprofession ?
Notre système interprofessionnel nous permet de définir des objectifs et un socle de travail communs sur la recherche, les relations contractuelles ou encore les évolutions réglementaires. Nous voulons essayer de le renforcer ; pour cela, il faut que chacune des familles qui la composent ne parle que d’une seule voix. Avec l’UNPT, les producteurs ont fait leur aggiornamento en 2003, en actant la fusion de nos trois structures. Nous souhaitons que les négociants soient solidaires entre eux et puissent partager une vision commune du développement de leur business. Nous souhaitons également que les distributeurs adoptent un état d’esprit similaire, et se mettent d’accord au moins sur un socle de travail interprofessionnel. L’UNPT est prête à tisser des liens plus étroits avec la grande distribution dans ce cadre. Et ce afin de prévenir certaines pratiques inacceptables. Faire un coup en cassant les prix même lorsque le marché est équilibré est déstructurant pour la filière sur le plan économique. Ces méthodes tirent l’ensemble du marché vers le bas aussi bien en prix qu’en volumes ; et ce, au détriment de la qualité. Il faut éviter de tomber dans ce cercle vicieux.

Propos recueillis par MDS

Zoom sur... Le Nord-Pas de Calais – Picardie devient le géant de la pomme de terre

Aux côtés de l’endive, de la chicorée ou du houblon, la pomme de terre est une des cultures typiques du Nord de la France. Depuis le 1er janvier, la nouvelle grande région est même, de loin, la première productrice de France avec 61 % de la production nationale. Deux pommes de terre sur trois sont récoltées sur ses vastes plaines, idéales au développement des tubercules. Cela équivaut à environ 94 100 ha, 5 810 exploitants (21 % du nombre total de fermes) et 4,2 millions de tonnes récoltées (730 t en moyenne par exploitation).

Une organisation régionale unique
Une politique de qualité a été lancée il y a dix ans par les professionnels du secteur. Cette réflexion s’est appuyée sur le tripode composé de trois partenaires de la filière : le Comité technique régional, pour les volets d’acquisition et de démarches de référencement ; l’Association régionale de la pomme de terre (ARPT), pour répondre notamment aux exigences de stockage ; et l’Association régionale de la promotion de la pomme de terre (ARPPT) qui organise des actions de communication et de promotion du produit. Ces démarches sont menées en lien avec les producteurs, 38 négociants régionaux, les transformateurs et 9 multiplicateurs-obtenteurs répertoriés. Le chiffre d’affaires de la filière en région s’élève à plus de 830 millions d’euros (2013).

S. PL


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