Le Syndicat Agricole 22 avril 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Abattoirs : Un préjudice porté à toute la filière

Les professionnels du secteur, choqués par les images de maltraitance animale diffusées dans les médias, rappellent que des règles strictes encadrent leur activité.

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Pour les professionnels du secteur, les vidéos diffusées sont des cas particuliers qui ternissent l’image  de toute la filière. © DR Tout au long de la chaîne d’abattage, les abattoirs doivent suivre  des procédures très précises sous l’œil vigilant d’agents de l’État. © DR

La diffusion de vidéos, tournées en camera cachée dans trois abattoirs français à Alès (14 octobre), à Vigan (23 février) et à Mauléon-Licharre (29 mars) par l’association de protection animale L214, a soulevé l’indignation du grand public, des professionnels et du ministre de l’Agriculture. Les films montrent des images de bovins mal étourdis et reprenant connaissance avant la saignée, de moutons jetés par-dessus des barrières, d’un agneau écartelé vivant, l’utilisation d’aiguillons électriques, le rire de certains employés… « Ces images sont catastrophiques, c’est de la maltraitance. C’est gens n’ont rien à faire dans un abattoir. En tant que professionnels, on ne conçoit pas comment cela est possible », s’insurgent Laurent Pruvost et Guillaume Toutin, respectivement directeur et responsable QSE de la Douaisienne d’abattage (groupe Pruvost Leroy) à Douai. Ils s’étonnent que de telles pratiques aient pu se produire. Dans chaque site est présente une équipe dimensionnée au volume abattu par l’abattoir, composée de plusieurs vétérinaires d’État ou vacataires et de plusieurs techniciens d’inspection vétérinaire formés par l’État. « Les agents sont physiquement présents, à quelques mètres de chaque étape de la chaîne d’abattage », rappelle Yves Carpentier, directeur général de la coopérative Cévinor, basée à Haut-Lieu (59), utilisatrice des abattoirs de Feignies et de Valenciennes.

Des agents de l’État présents en permanence
« En ce qui concerne le site de Douai, neuf personnes, dont deux vétérinaires, de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) sont présentes en permanence sur le site pour contrôler la production », avance Laurent Pruvost. Dans un gros abattoir, comme Feignies, cet effectif atteint au moins 20 personnes. Même son de cloche à l’abattoir de Fruges où Jean-Jacques Hilmoine, président de l’abattoir, rappelle que « toutes les équipes respectent des procédures précises et écrites dès l’arrivée de l’animal. Un vétérinaire permanent et neuf préposés sanitaires (services de la DDPP) veillent au quotidien au bon déroulement de la chaîne d’abattage et sont eux-mêmes régulièrement inspectés par la Direction des services vétérinaires ».

La réaction des professionnels de la région
Les industriels de la viande rappellent qu’« en aucun cas […] ces actes inadmissibles » constituent « une généralité en France ». Stéphane le Foll, ministre de l’Agriculture, parle d’« images horribles ». Dans ce contexte, il a lancé un plan d’action, assurant « qu’il n’avait pas attendu la publication des images pour lancer cette stratégie ». Ses propositions visent surtout à protéger les lanceurs d’alerte et à instituer un « Monsieur Bien-être animal » dans chaque établissement.
Les professionnels du secteur semblent favorables à ces annonces mais estiment que les solutions existent déjà. « Les mesures annoncées par le ministre ne sont qu’un effet d’annonce ! Pourquoi inventer de nouvelles mesures alors que l’on a déjà tout un protocole d’inspection ante mortem et post mortem, extrêmement strict, assuré par l’État lui-même ? », s’étonne Yves Carpentier.

Des « lanceurs d’alerte » dans les abattoirs
De plus, depuis 2013, les exploitants d’abattoirs ont l’obligation de nommer un responsable « protection animale » pour les sites qui abattent plus de 1 000 unités de gros bétail par an (plus de 150 000 volailles ou lapin). Son rôle est de veiller au respect des procédures de l’arrivée des animaux à leur mise à mort. Il dispose d’un certain nombre d’indicateurs pour vérifier que le travail est fait correctement par les opérateurs et doit informer sa direction en cas de problème matériel ou humain. À la Douaisienne d’abattage, c’est Guillaume Toutin qui est le responsable de la protection animale. « Si besoin, je peux stopper l’abattage à tout moment », explique-t-il. Les opérateurs doivent également être formés et avoir un certificat de compétence délivré par un organisme agrée par l’état. « Ce sont des métiers difficile pour lesquels nous peinons à recruter », ne cache pas Laurent Pruvost ».
Si les propositions de Stéphane Le Foll sont retenues, des salariés pourraient avoir le statut « de lanceurs d’alerte » et auraient la possibilité de court-circuiter leur direction pour prévenir les pouvoirs publics s’ils constatent des maltraitances animales.
Si les professionnels approuvent les mesures de Le Foll, ils redoutent les conséquences sur la consommation de viande qui n’avait pas besoin de ces scandales dans la situation économique actuelle.
Laurent Pruvost rappelle pour sa part que de mauvaises conditions d’abattage peuvent entraîner une mauvaise qualité de la viande. Pour lui, la qualité se joue à tous les niveaux de la filière. « Nous contrôlons le pH de chaque carcasse pour s’assurer que les animaux n’ont pas eu trop de stress, précise Guillaume Toutin. Le but est ensuite de savoir où il y a eu un problème et d’améliorer notre processus ».
Stéphane Le Foll a demandé une inspection des abattoirs qui a commencé début avril et doit se finir le 30 avril, mais pour le moment, les abattoirs de la région cités ci-dessus assurent n’avoir eu aucun contrôle suite aux annonces du ministre.

Simon Playoult et Virginie Charpenet (avec Agrapresse)

3 questions à Alain Dupont, président de la section Bovine de la FDSEA du Nord

« Des cas particuliers mis en avant de manière excessive »

Pourquoi la Fédération nationale bovine (FNB) a décidé de porter plainte contre X suite à la diffusion des images de l’abattoir de Mauléon-Licharre ?
C’est logique que les éleveurs portent plainte à travers la FNB. Ce type d’images est un préjudice porté à l’ensemble de la filière. Tous les maillons ont conscience de l’importance de communiquer sur nos façons de travailler.

En tant qu’éleveur, quel est votre sentiment ?
Je suis choqué par ces images. Nous nous efforçons, tout particulièrement en France, de produire de la viande de qualité. Notre travail ne peut pas être ainsi mis à mal dès le premier maillon de la chaîne que sont les abattoirs. Par ailleurs, je regrette que ces cas particuliers soient mis en avant de manière excessive. Pour moi, c’est de « l’info spectacle ».

Justement, la filière viande communique-t-elle assez sur ses efforts en matière de qualité ?
Il n’y a jamais assez de communication face aux attaques répétées contre la viande dans les médias.
Il faut rappeler aux consommateurs que, tout au long de la chaîne de production, les professionnels ont de nombreuses règles très strictes à respecter.

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