Le Syndicat Agricole 05 janvier 2017 à 14h00 | Par Le Syndicat Agricole

Un monde d’espions

Le musée de l’Armée, à Paris, accueille jusqu’au 29 janvier « Guerres secrètes », une exposition qui nous plonge au cœur du monde du renseignement.

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Chapeau équipé d’un étui de pistolet (tweed, cuir, métal), Combined Military Services Museum, Maldon, U. K. © Paris-Musée de l'Armée Machine de chiffrement électromécanique Enigma, Seconde Guerre mondiale, DGSE-Ministère de la Défense. © Paris-Musée de l'Armée Boîte aux lettres « morte » sous forme de branche creuse, utilisée par Vladimir Petrov, membre du KGB devenu agent du DST. Combined Military Services Museum, Maldon U. K. © Paris-Musée de l'Armée Tenue complète de plongée, Guerre froide. DGSE-Ministère de la Défense. © Paris-Musée de l'Armée « Descriptive catalogue of special devices and supplies », volume 2, apprenant aux agents à changer d’apparence. Compilé et édité par le War Office (Bureau de la guerre) britannique. © DR

«Le renseignement n’est pas une fin en soi, mais un instrument de la décision politique », a écrit Constantin Melnik dans « Un espion dans le siècle. La diagonale du double », publié en 1994. Tous les États, même amis, s’espionnent. Il faudrait être naïf pour penser le contraire. L’exposition « Guerres secrètes » qui rassemble près de 400 objets, tous plus intéressants les uns que les autres, nous plonge dans cet univers particulier, souvent fantasmé, en faisant se confronter fiction et réalité depuis la fin de l’Empire jusqu’à la fin de la Guerre froide. En France, pays servant de fil conducteur à cette exposition, les services secrets s’institutionnalisent à la fin du XIXe siècle avec le deuxième bureau qui dépend de l’armée et qui évolue jusqu’à la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle ont été créés les services secrets tels qu’on les connaît aujourd’hui. Les agents secrets viennent d’horizons très variés, c’est pourquoi le terme « d’agent » n’est en réalité pas approprié parce qu’il cache une réalité complexe : ces hommes et femmes peuvent être cryptologues, officiers traitants sous couverture, opérateurs radio clandestins, officiers de liaison, analystes, ingénieurs, agents d’écoute... Leur formation peut prendre des mois et des écoles sont parfois créées, comme en Angleterre ou entraînement physique, saut en parachute, filature, sabotage, codage et transmission radio sont au programme. D’étonnants documents d’apprentissage sont exposés, dans lesquels on explique comment recruter un agent, de quelle façon crocheter une serrure ou encore de quelle manière se sortir victorieux d’un combat à l’arme blanche. Et puis il y a le matériel, celui qu’on connaît grâce aux films, notamment les « James Bond ». La plupart des services qui conduisent des activités de renseignement sont dotés d’ateliers spécialisés capables de produire des équipements répondant aux besoins spécifiques des missions. D’ailleurs « Q », l’inventeur des gadgets les plus extravagants pour l’agent 007, est inspiré de Charles Bovill, chef du service technique du Special Operations Executive (SOE) britannique. Et dans ce domaine, la réalité dépasse souvent la fiction. Des armes à feu sont camouflées dans des pompes à vélo, un rouge à lèvres, un chapeau. Un vrai rat mort est truffé d’explosifs. Le matériel se miniaturise comme les appareils photo, d’écoute ou d’enregistrement. Le Minox, produit en Allemagne après la guerre, devient l’appareil photo « espion » le plus populaire alors qu’il est un objet grand public.

Guerre psychologique
Des manuels apprennent aussi aux agents à se maquiller et à se déguiser pour changer d’apparence, se « désilhouetter » comme on dit dans le jargon. Une étonnante boîte comprenant perruques, fausses moustaches, moule en plâtre pour la fabrication d’un faux nez et du maquillage illustre ce qu’utilisait la Stasi pendant la Guerre froide.
La collecte d’informations est un des grands enjeux de l’espionnage. L’interception née au cours de la Première Guerre mondiale s’est considérablement développée au cours de la Seconde, avant de devenir, avec la Guerre froide, la première source d’information des États contemporains. « Une information devient un renseignement quand elle est vérifiée et utilisée », explique Carine Lachèvre, une des commissaires de l’exposition. Et pour obtenir ces informations, d’extraordinaires et ingénieux moyens sont déployés comme cet ensemble d’objets servant à ouvrir et refermer un courrier. Et si les États interceptent des informations, ils doivent aussi en transmettre et ce de manière sécurisée. Tout un éventail d’appareils de chiffrement et de codage est déployé. La machine de chiffrement électromécanique Enigma, créée dans les années 1930, qui servait à crypter les informations, est sans doute la plus célèbre. Un autre moyen de transmission est la stéganographie, le fait de cacher un message ou un objet dans un autre objet. Les espions appellent ce dispositif une « boîte aux lettres morte » qui peut prendre la forme d’une branche creusée. Et puis, point d’espionnage sans contre-­espionnage qui met en œuvre tous les dispositifs pour contrecarrer l’action des espions étrangers qu’on soumet parfois au détecteur de mensonges comme celui de l’exposition qui a été prêté par le Mossad. Les services secrets français et britanniques n’utilisent pas ce genre de matériel. Les États ont aussi recours à la guerre psychologique visant à utiliser les techniques de la désinformation, de la manipulation et de la déstabilisation (émission de faux billets pour ruiner l’économie par exemple). « Vos succès sont tus, vos échecs retentissent », a déclaré John Fitzgerald Kennedy à l’attention du général William Colby dans un discours prononcé au quartier général de la CIA en 1961. Il est vrai que quand une opération échoue, elle devient une affaire.

Valérie Godement

Du pseudonyme à la légende

Un agent clandestin peu, au sein de son propre service, utiliser un faux nom, un « pseudonyme ». Sur le terrain, il peut avoir un ou plusieurs noms de code, pour ses différents interlocuteurs extérieurs. Pour les besoins d’une mission, un agent peut être amené à se déguiser. La « légende », quant à elle, est bien plus que cela : il s’agit d’une identité fictive, nécessitant parfois plusieurs années pour être construite et mise en place. Afin de se fondre dans l’environnement, l’intéressé, doté de nouveaux papiers d’identité, est amené à apprendre un nouveau métier et éventuellement à changer définitivement d’apparence. Contrairement à l’agent qui bénéficie d’une couverture diplomatique, celui qui opère sous identité fictive est un « illégal » ne pouvant espérer aucune protection en cas d’arrestation.

Tenue spéciale de plongée

Il s’agit d’une tenue de plongée française équipée de bouteilles d’oxygène à récupération de C02, c’est-à-dire qui n’émet pas de bulles pour ne pas se faire repérer. Lorsqu’ils quittent la base navale d’Arzew en Algérie en 1953, les nageurs de combat du Service Action du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) s’installent à Toulon, puis à Collioure, avant de rejoindre en 1961 la base d’Aspretto, près d’Ajaccio, où est créé le Centre d’instruction des nageurs de combat (CINC). Pendant plus de vingt ans, ils mènent des opérations de reconnaissance de ports et d’installations militaires de pays hostiles et participent à des opérations clandestines dans le monde entier. Après l’échec du Rainbow Warrior, le CINC quitte la Corse et s’installe en Bretagne.

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