Le Syndicat Agricole 12 février 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Un fonds et des négociations tripartites pour aider les éleveurs

La création d’un fonds de soutien aux producteurs de porcs, lors de la réunion du 8 février à Matignon, reste suspendue à l’avis des Autorités de la concurrence française et européenne.

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FranceAgriMer décrit une industrie française bonne dernière en matière de valeur ajoutée. Elle produit, par exemple, moins de valeur ajoutée que ses concurrents européens lorsqu’elle exporte des viandes por © C. Gérard Le Premier Ministre Manuel Valls, entouré de Stéphane Le Foll et d’Emmanuel Macron. © Actuagri

Alors que la mobilisation des agriculteurs se poursuit, notamment à travers le blocage de centrales d’achat ces derniers jours dans la région, le gouvernement et la grande distribution se sont réunis le 8 février à Paris, sous l’égide de Manuel Valls.
Pour faire face à la baisse des prix dans les filières porcine, laitière et bovine, plusieurs initiatives ont été proposées lors de cette réunion à Matignon. Des négociations sont en cours, entre les distributeurs et la FNSEA, quant à la création d’un fonds pour aider les éleveurs de porcs. Le dossier, qui comporte plusieurs points techniques, devra ensuite attendre la validation en aval des Autorités de la concurrence française et européenne. « On parle de dix centimes d’euros le kilo », déclare Serge Papin, PDG du groupe Système U, part de la contribution des distributeurs. Au sujet du secteur laitier, l’instauration de négociations tripartites entre producteurs, industriels et distributeurs a été débattue. La loi de modernisation économique (LME), mise en place en 2008 sous l’ère Sarkozy, pourrait ainsi faire l’objet d’un réexamen afin d’y intégrer les organisations de producteurs. « Un consensus fort », estime le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. Pour Serge Papin, cela « permettrait de tout résoudre », expliquant militer pour cette mesure depuis des années. Ces deux mesures substantielles avancées à l’issue de la rencontre devront s’appliquer dans le respect de la concurrence, a souhaité rappeler le ministre de l’Économie. « La prudence est de mise », souligne Stéphane Le Foll. L’intégralité des distributeurs présents lors de la rencontre, à savoir Auchan, Carrefour, Casino, Cora France, Leclerc, Intermarché, Lidl et Système U, a donné son accord pour converger vers une meilleure organisation des filières. « L’ensemble des enseignes a très clairement reçu le message », a ainsi affirmé Jacques Creyssel, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Le Premier ministre, qui ambitionne la mobilisation de tous les acteurs des filières et la refonte de leurs organisations, devrait rencontrer le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, samedi 13 février, pour évoquer avec lui l’embargo sanitaire sur la viande porcine (cf. encadré Précisions).

Étiquetage et cotations
La grande distribution s’est déclarée totalement favorable au système de l’étiquetage. « Les industriels, plutôt, ont été ceux qui ont freiné ce mouvement », a tenu à rappeler Jacques Creyssel. Un décret sera publié dans la semaine, concernant « Viande de France », a indiqué de son côté le ministre de l’Agriculture. Une étude de l’association de consommateur UFC Que choisir vient de révéler, au même moment, que l’indication de l’origine des viandes est absente sur plus de la moitié des produits carnés. La préférence pour les produits français ou le fameux « patriotisme alimentaire » serait de quelques centimes plus onéreux que la majorité des produits importés selon Serge Papin. La menace d’importations massives et le risque de voir disparaitre les productions de porcs et de lait français en seraient à ce prix. En outre, une réforme relative aux cotations sur la viande bovine publiées par FranceAgriMer sera mise en place pour y inclure la notion de qualité. D’après Jacques Creyssel, « c’est un système daté », insistant sur la nécessité d’aller le plus possible vers la qualité.

Valls accuse Bruxelles de faire « trop peu ou trop tard »
À la sortie de la rencontre entre le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture, celui de l’Économie et les patrons de GMS à Matignon, Manuel Valls s’en est pris à la Commission européenne, qu’il accuse de faire « trop peu ou trop tard ». La Commission européenne « ne peut pas réinventer la roue », rétorque-t-on à Bruxelles. L’exécutif européen a été saisi d’un mémorandum français sur la question, et souligne que ce document concerne ses services chargés de l’agriculture, mais aussi ceux de la concurrence. Il répète qu’une enveloppe exceptionnelle de 420 millions d’euros a été dégagée à l’automne dernier, en plus des aides au stockage des produits laitiers et du porc, et que les États membres peuvent y adjoindre des mesures nationales dont la compatibilité avec les règles communautaires doit être vérifiée. Pour l’heure, la Commission, qui fait valoir ses contraintes budgétaires, se contente de souligner les possibilités offertes par la politique de développement rural pour répondre à cette crise.

Zoom sur... La faiblesse de l’industrie française, l’autre raison de la crise

En une décennie, les industriels européens de l’abattage-découpe sont passés progressivement de la vente de carcasses à celle de pièces de découpes, de plus en plus élaborées. Une étude récente de FranceAgriMer montre que la France est restée en retrait de cette aventure industrielle, gourmande en main-d’œuvre et en investissement.
Les industriels allemands ont été les plus rapides à transformer leurs outils bénéficiant d’abord « d’un faible coût de main-d’œuvre pour, dans un second temps, investir dans l’automatisation de la découpe », estime FranceAgriMer. Les Espagnols ont également tiré leur épingle du jeu, « portés par un modèle d’intégration très compétitif » ; ils ont particulièrement bien répondu aux demandes de jambons prêts à cuire des salaisonniers français, jusqu’à représenter 20-25 % du marché hexagonal. Un constat partagé par les industriels : « En Pologne, en Espagne, en Allemagne, où le coût de main-d’œuvre est moins cher, ils sont capables de vendre des produits élaborés moins chers, résume Paul Rouch. Plus il y a de valeur ajoutée, plus il y a du travail et de la main-d’œuvre ». Face à ces aventures réussies, la filière porcine française connaît donc « une passe difficile », explique FranceAgriMer. Ce que le président de la Cooperl résume comme ceci : « Plus on élabore, moins on est compétitifs ; on a un coût du travail 2,5 fois plus élevé, c’est pas compliqué ».

La France tire moins de valeur ajoutée à l’export
Chiffres à l’appui, FranceAgriMer décrit une industrie française bonne dernière en matière de valeur ajoutée. Elle produit, par exemple, moins de valeur ajoutée que ses concurrents européens, lorsqu’elle exporte des viandes porcines en Europe, estiment les analystes.

L’Allemagne et l’Espagne ont pris de l’avance
Autre manière de prendre la mesure du retard : la part des carcasses dans les exportations de viande porcine d’un pays. Entre 1995 et 2013, elle a été réduite à une portion congrue dans les exportations espagnoles, passant de 29 à 3 %, et de manière significative dans les envois des Pays-Bas (de 28 à 17 %). En revanche, en France, elle est restée à un niveau élevé jusqu’en 2010 (30 %), avant de reculer sur la période récente (24 % en 2013). À l’autre bout de la chaîne de valeurs, la part de viandes désossées (produits élaborés) est passée de 24 % à 32 % dans les échanges intracommunautaires entre 2006 et 2014. C’est essentiellement le fait de l’Allemagne, dont la part des viandes désossées dans ses exportations est passée de 20 à 50 % entre 2000 et 2014, et de l’Espagne (de 25 % à 44 % sur la même période). Plus généralement FranceAgriMer décrit un paysage de l’abattage découpe européen dans lequel la France fait pâle figure. Entreprises de petite taille comparées aux géants allemands et danois ; usines également plus petites, et moins automatisées.

La Commission européenne entrevoit de nouvelles négociations avec la Russie

Les Commissaires européens semblent favorables à la réouverture des négociations avec la Russie concernant les produits issus de la filière porcine, du moins sur l’aspect sanitaire. L’embargo sanitaire appliqué depuis février 2014, jumelé à l’embargo politique consécutif à une crise politique entre l’Union européenne (UE) et la Russie, a fortement participé à alimenter la crise agricole actuelle. Pour la filière porcine française, les pertes liées à l’embargo sanitaire uniquement s’évaluent, selon le ministre Stéphane le Foll, à hauteur de 44 millions d’euros. La hausse des exportations vers la Chine n’ayant pas suffi à compenser la fermeture du marché russe. Les sanctions économiques infligées par l’UE sont supposées prendre fin au 31 juillet 2016. La profession agricole dans son ensemble ne cesse de demander la réouverture des flux commerciaux avec la Russie pour désengorger l’offre volumineuse responsable en partie de la chute des prix.

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