Le Syndicat Agricole 19 décembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Transports - Le député Rémi Pauvros propose un Canal Seine Nord plus raisonnable

En suspens depuis plus d’un an, le projet du Canal Seine Nord Europe a été remanié par le député-maire de Maubeuge, Rémi Pauvros.

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Rémi Pauvros propose un canal de catégorie Vb, permettant à des bateaux de 185 m de long x 11,4 m avec un tirant d’eau de 3 m et un tonnage de 4 400 t (soit 180 camions) de naviguer.
Rémi Pauvros propose un canal de catégorie Vb, permettant à des bateaux de 185 m de long x 11,4 m avec un tirant d’eau de 3 m et un tonnage de 4 400 t (soit 180 camions) de naviguer. - © DR

4,5 milliards d’euros au lieu de 7 milliards. C’est ce que devrait finalement coûter le Canal Seine Nord. C’est en tout cas ce que propose dans son rapport le député-maire de Maubeuge Rémi Pauvros, qui s’était vu confier par le ministre chargé des Transports Frédéric Cuvillier, en avril 2013, la mission de relancer le chantier. À son arrivée au gouvernement, ce dernier avait en effet suspendu le projet devenu trop onéreux et irréalisable. Dans son rapport de 300 pages remis mercredi 11 décembre au gouvernement, Rémi Pauvros imagine donc un canal moins pharaonique. La balle est maintenant dans le camp de l’exécutif qui devra décider si oui ou non, il sortira finalement de terre.
« J’ai demandé une enquête économique complémentaire qui confirme l’utilité du projet, a déclaré à la presse Rémi Pauvros, le jour même de la remise de son rapport au gouvernement. La justification économique s’impose pour le fret, notamment pour les céréaliers, pour la grande distribution, le bâtiment, la récupération. Le fret fluvial est parfaitement adapté. » Au cours de sa mission, le maire de Maubeuge affirme avoir constaté une « remobilisation générale des acteurs » pour ce projet de 106 km de long reliant Compiègne et Douai.


Les pistes d’économie
Afin de rendre le projet réalisable, des pistes d’économie ont été recherchées. Rémi Pauvros suggère notamment de réutiliser sur environ 10 km le canal du Nord, de supprimer une écluse et de réduire de moitié la hauteur de l’écluse la plus haute. Il propose également de différer, tout en gardant possible, certains équipements spécifiques, comme l’approvisionnement en eau de la région autour de Lille. Le député-maire a également souhaité que « ce projet ne soit pas considéré uniquement sous l’angle d’une infrastructure de transport mais bien comme un outil de compétitivité des ports et des territoires, synonyme de croissance, de développement durable et d’emploi ».


Le financement
Élément clé du dossier, et qui après des années d’attente relance les espoirs, la participation de l’Europe a été revue à la hausse : initialement prévue à hauteur de 6 %, elle sera de 40 % pour le chantier et de 50 % du coût des études. Le rapport de Rémi Pauvros précise que cette participation a été confirmée par la « déclaration de Tallinn », cosignée le 17 octobre 2013 par les ministres français, wallon, flamand, néerlandais et le commissaire européen aux transports Siim Kallas. « L’Europe confirme ainsi que le Canal Seine Nord Europe fait partie des 5 grands projets européens du nouveau mécanisme d’interconnections en Europe », conclut le rapport.
Les régions ont, quant à elle, réaffirmé leur engagement et participeront à hauteur d’un milliard d’euros (210 millions pour l’Île-de-France, 80 millions pour la Picardie et 220 millions pour le Nord-Pas de Calais), tout comme l’État. Les départements ont déclaré vouloir rediriger leur appui à l’infrastructure elle-même, pas uniquement vers les plateformes. « La banque européenne d’investissement ainsi que la Caisse des dépôts et consignations proposent des financements importants à des taux bas et sur des durées longues (plus de 40 ans) », précise le rapport. Et Rémi Pauvros d’ajouter : « Les partenaires privés seront prêts à investir quand ils auront une visibilité. Il y a une forte attente qui s’est exprimée. » Le projet ne sera plus construit au moyen d’un PPP (partenariat public privé) mais par une entité publique, une société dont les actionnaires seront VNF et les collectivités.
Le développement des plateformes multimodales est, lui, confié aux régions et collectivités territoriales. « C’est le marché qui décidera de leur nécessité. Elles seront donc construites au fur et à mesure, selon les besoins », estime Rémi Pauvros pour qui Marquion s’impose comme une plateforme stratégique incontournable.


Un canal exemplaire
« Il faut rendre ce canal compétitif », a insisté Rémi Pauvros qui propose un canal de catégorie Vb, permettant à des bateaux de 185 m de long x 11,4 m avec un tirant d’eau de 3 m et un tonnage de 4 400 t (soit 180 camions) de naviguer. « Ce n’est pas un concurrent au ferroviaire », tient-il à préciser avant de souligner la complémentarité des transports. En France, le fluvial ne représente que 6 % des moyens de transport, contre 20 % en Belgique. « Le canal Seine Nord Europe, c’est la relance du fluvial en France, espère-t-il. Le fluvial, par les charges emportées, permet de réduire les coûts de transports et conduit donc à plus de compétitivité. »
Rémi Pauvros imagine enfin un canal exemplaire en matière d’environnement, une « référence emblématique » : « Je propose que nous ayons des contraintes fortes comme l’utilisation de l’hydroélectricité, la pose de panneaux solaires partout où cela sera possible, quelques éoliennes. » « Le projet fluvial ouvre en outre une possibilité de report vers un moyen économe en consommation d’énergie, 1 kg équivalent pétrole permet en effet de transporter une tonne sur 50 km pour un poids lourd contre 275 km pour un convoi fluvial de 4 400 t. Une péniche de 1 500 t émet 4 fois moins de CO2 à la tonne transportée qu’un poids lourd », précise le rapport.


Retombées
Le cabinet Setec International a confirmé que le chantier permettrait de créer en moyenne 10 000 à 13 000 emplois directs et indirects par an durant les 6 à 7 années de chantier. À l’horizon 2050, du fait du développement de nouvelles activités, 50 000 emplois sont envisagés. « Il y aura une place pour les entreprises locales. Réglementairement, cela sera imposé », a précisé Rémi Pauvros lors de sa présentation à la presse.
Concernant le calendrier, il estime que « 2022 est une perspective possible. » « C’est techniquement réalisable pour le canal et les interconnexions ; les plateformes pourront venir par la suite, ce n’est pas le plus urgent. » Il prévoit donc un démarrage des travaux préparatoires en 2015 et le cœur du projet en 2016-17. Mais aujourd’hui s’ouvre encore une période de négociation avant la décision de l’exécutif. Rémi Pauvros prévient : « Si on ne le fait pas, on passe à côté de l’Europe ».

Laura Béheulière

Zoom sur... La Safer en attente d’une décision

« Le projet est relancé, c’est un point positif », a réagi Hubert Bourgois, directeur de la Safer Flandres Artois. La société d’aménagement foncier et d’établissement rural se prépare au chantier depuis 2004. « Mais c’est seulement un rapport et nous attendons que les décisions soient prises », souligne-t-il.
Dans le cadre du projet, la Safer est aujourd’hui propriétaire de 780 ha, soit 30 ha de plus que l’an dernier, mais la plupart des échanges de terres sont à l’arrêt. « Nous attendons le tracé et l’aménagement foncier prévu par le Conseil général qui sera déterminant, précise Hubert Bourgois. Ensuite, on pourra s’organiser et faire les échanges nécessaires. »
Les surfaces dont la Safer est propriétaire sont aujourd’hui exploitées à titre précaire. « Les exploitants sont en attente de calendrier. Il y a toute une activité agricole qui a été mise sous cloche, le développement d’entreprises a été freiné », rappelle Hubert Bourgois, optimiste quant à la suite du projet.

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