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l’agriculture européenne au cœur des préoccupations

L’Assemblée générale de la FDSEA du Pas-de-Calais s’est tenue vendredi 11 juin à Artois Expo, à Arras.

18 juin 2010 Le Syndicat Agricole Vu 829 fois
Les participants de la table ronde : Stéphane Le Foll, Claude Cochonneau, Grégoire Dublineau,
Maciej Krzysztofowicz, Christian Pees et Michel Dantin.

Les participants de la table ronde : Stéphane Le Foll, Claude Cochonneau, Grégoire Dublineau, Maciej Krzysztofowicz, Christian Pees et Michel Dantin. - © le syndicat agricole

La PAC : 40 % du budget de l’Union européenne (UE), mais moins de 1 % du PIB européen. Le secteur dans lequel l’intégration communautaire est sans doute la plus poussée est au cœur des débats. L’après-2013 suscite des inquiétudes dans le monde agricole.
Lors de l’Assemblée générale de la FDSEA 62, qui a réuni près de 400 personnes, une table ronde animée par Grégoire Dublineau, directeur de la FOP (Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), a permis d’apporter des éclairages instructifs. Selon les intervenants, voici les principaux points de discussion concernant la future PAC :
- le budget, qui sera sans doute maintenu au niveau d’aujourd’hui ;
- les DPU, point sur lequel les questions d’harmonisation et de conditionnalité sont toujours en suspens ;
- la régulation des marchés, qui devra être renforcée par de nouveaux outils ;
- et enfin, la compétitivité des agriculteurs européens par rapport au reste du monde, mais aussi entre pays membres, devra être protégée.

La question du budget
« En ce qui concerne le budget, la crise nous a installé dans une spirale négative » concède Stéphane Le Foll, député européen. Le déficit et l’endettement des États de l’UE ont entraîné la mise en place de politiques domestiques d’austérité. « Dans ces conditions, on peut craindre des conséquences sur le budget européen, car ce sont les États membres qui assurent son financement », précise-t-il. Le député propose deux pistes de réflexion pour atténuer cette dépendance du budget européen vis-à-vis des États membres :
- la taxe carbone, si elle doit exister à une échelle communautaire, devra être affectée au budget de l’UE et non aller dans la poche des budgets de chaque pays ;
- une taxe sur les transactions financières pourrait voir le jour et être une source de financement pour le budget européen, et donc pour la PAC.

Les DPU
« Les agriculteurs européens fournissent aux consommateurs une alimentation abondante et de qualité. Est-ce si cher payé de leur assurer un revenu décent ? », s’interroge Claude Cochonneau, vice-président de la FNSEA. Pour lui, « l’harmonisation des DPU est une hérésie, car les normes environnementales, la réglementation sociale ou encore le climat ne sont pas les mêmes partout en Europe. »
Le vice-président ne s’oppose pas à ce que certaines aides soient soumises à condition, mais « une partie du soutien financier aux agriculteurs doit rester directe. Cela est justifié par la difficulté d’intégrer dans le prix du produit final vendu aux consommateurs les prestations, non liées à la production agricole, effectuées par les exploitants. »

La gestion de la régulation
« Avant 2007, il était difficile de défendre la thèse de la régulation des marchés au niveau européen. Mais l’envolée des prix, puis leur chute brutale depuis les deux dernières années, ont permis de redonner du crédit à l’intervention sur les marchés agricoles », avance Michel Dantin, député européen. Maciej Krzysztofowicz, membre polonais de la Direction générale de l’agriculture à la Commission européenne, assure lui « qu’il existe déjà des mesures de régulation du marché qui fonctionnent et qu’il n’est pas question qu’elles soient complètement supprimées ». Des propos de nature à inquiéter Christian Pees, président du Cogeca. « Non seulement il ne faut pas les supprimer, mais les filets de sécurité doivent même être renforcés », a-t-il affirmé.

La compétitivité
« En 1960, la PAC a été créée pour permettre l’autosuffisance alimentaire, pour assurer la sécurité alimentaire de l’Europe en termes de quantité, aujourd’hui c’est la qualité qui est en jeu, c’est un choix collectif qui entraîne un surcoût », a précisé le député européen Michel Dantin. Surcoût qui entraînerait une distorsion de compétitivité entre l’Europe et le reste du monde, mais aussi au sein même de l’UE des 27. L’analyse et le contrôle pour les produits importés ne sont pas aussi strictes que pour la production européenne. Pour Christian Pees, « les règles du jeu doivent être les mêmes pour tous ». Concernant la compétitivité de notre agriculture, Claude Cochonneau a mis en garde sur la tendance française à toujours vouloir « laver plus blanc que blanc ».

Virginie Charpenet

 

Le syndicalisme est une force

Invité lors de la table ronde, Maciej Krzysztofowicz a participé pour la première fois à une assemblée d’exploitants agricoles en France. Bien que travaillant à la Commission européenne (DG Agriculture) depuis quelques années, ce haut fonctionnaire polonais a été surpris de la forte participation des exploitants. « En Pologne, il y a trop de syndicats. Nous en comptons 4 principaux et d’autres plus petits. Certains travaillent pour des filières précises. Mais on constate une forte concurrence entre eux. D’où une dispersion des producteurs. » Autre surprise : « ici tout se passe dans le calme, l’atmosphère est détendue, alors qu’en Pologne, il y a davantage de revendications ». Il faut dire que le passé communiste est encore présent dans les mentalités et que de nombreux exploitants n’ont pas confiance dans les syndicats. La Pologne compte actuellement 3,5 millions d’exploitants, dont seulement 500 000 ont une production qui est vendue sur le marché. La grande majorité des agriculteurs vit de sa production. L’entrée de la Pologne en Europe a vu l’arrivée de la PAC pour les exploitants qui ne comprennent pas tout : « ils reçoivent des aides, ne savent pas pourquoi. Il leur manque tout l’historique de la PAC. De même, les agriculteurs ne comprennent pas pourquoi ils doivent répondre à certaines exigences » poursuit le fonctionnaire de Bruxelles. La mise en place des DPU a modifié le paysage agricole : « ces soutiens à l’hectare ont donné une valeur à la terre et entraînent aujourd’hui une pression foncière qui n’existait pas auparavant. Autre difficulté : les années de référence retenues sont 1990 et 1991. Or, à cette période, nous venions de sortir du communisme et ce furent les deux pires années en termes de rendement et de production. » Enfin, la production polonaise a bénéficié d’une forte demande de la part des consommateurs. Lassés de voir des produits alimentaires arriver de partout en Europe, ils ont exigé des produits locaux, entraînant un redémarrage de l’agriculture polonaise.

Marc de Langie

 

 

 
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