La croissance durable comme objectif d’avenir pour l’agriculture
Hervé Plagnol, Jean-Bernard Bayard, Jean-Louis Robillard, Géry Capelle et Pierre de Saintignon. - © DR
«L’agriculture est un domaine qui n’est pas suffisamment intégré dans les projets économiques de la région », Pierre de Saintignon, vice-président du Conseil régional en charge du développement économique, le reconnaît. Il s’est exprimé dans le cadre de la table ronde organisée lors de l’Assemblée générale de la FDSEA du Pas-de-Calais le 7 juin. La discussion a réuni Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d’agriculture de région, Jean-Louis Robillard, vice-président du Conseil régional en charge de l’agriculture, Géry Capelle, responsable du développement technique agricole chez Bonduelle, et Pierre de Saintignon. C’est Hervé Plagnol, rédacteur en chef d’Agra Presse, qui a animé la table ronde.
Écophyto 2018
Les thèmes abordés ont fait écho à celui du rapport d’orientation « Inscrire nos exploitations agricoles dans la croissance durable » proposé par la FNSEA lors du congrès de Saint-Malo (cf. encadré « Précisions »). Il a notamment été question de la responsabilité environnementale des agriculteurs et des perspectives avec Écophyto 2018.
« Il ne faut pas stigmatiser les agriculteurs concernant les problèmes d’environnement, affirme Jean-Louis Robillard, le consommateur a aussi sa part de responsabilités. » Pour Jean-Bernard Bayard, « tout le monde doit s’y mettre ». Il rappelle que l’utilisation des produits phytosanitaires est venue répondre dans les années 1950 à une exigence de consommation et de production. Aujourd’hui, le regard de la société n’est plus le même, il faut donc s’adapter, « sans exclusivité dans les schémas répondant aux demandes des consommateurs et des industriels ». Géry Capelle regrette le manque de moyens et de formations mis à disposition des agriculteurs pour faire face à l’exigence de diminution des intrants. Il affirme qu’il est possible de réduire la quantité de matière active par hectare sans diminution de la productivité. « Depuis plusieurs années déjà, les agriculteurs ont pris conscience de ces nouvelles pratiques », précise-t-il.
Distorsions de concurrence
« La nécessité de prendre en compte le regard de la société fait le consensus, mais les règles sont-elles les mêmes pour tous ? », interroge Hervé Plagnol. Sur ce point, Jean-Bernard Bayard ne cache pas son étonnement : « Le principe de précaution n’est-il pas inscrit dans la Constitution ? Pourtant, on laisse rentrer des produits qui ne respectent pas ce même principe de précaution, cela pose un problème de sécurité alimentaire. » Une des solutions préconisées est de communiquer sur la qualité et l’origine des produits.
Pour Jean-Louis Robillard, il faut travailler avec les consommateurs sur les budgets familiaux. « Les Français doivent prendre conscience qu’on ne peut pas demander la qualité sans payer un prix », estime-t-il.
Foncier
« Faut-il protéger le foncier agricole et diminuer l’utilisation non alimentaire des sols ? » C’est en ces termes qu’Hervé Plagnol a interrogé les participants de la table ronde sur le dernier thème abordé : le foncier. Jean-Louis Robillard constate qu’il existe « des processus irrationnels qui visent à créer des zones d’activités (ZAC) dans tous les sens ». Il affirme qu’il faut « préserver l’usage agricole du foncier et créer de la médiation territoriale pour permettre à chacun de s’exprimer dans les secteurs conflictuels ».
Si les problèmes de foncier ne se limitaient qu’aux ZAC, Jean-Louis Robillard et Jean-Bernard Bayard seraient sans doute tombés d’accord. Mais ce dernier constate que « le consensus politique autour de la protection du foncier agricole ne se traduit pas sur le terrain ».
Et de conclure : « Le monde agricole est favorable à un développement économique qui passe par la création de zones d’activité, mais une politique comme le Plan régional de boisement interpelle : planter des arbres et de l’herbe sur des terres agricoles est difficilement acceptable par la profession. »
Avenir de l’agriculture : il n’y a pas de fatalité
« Inscrire nos exploitations agricoles dans la croissance durable ». C’est le thème du rapport d’orientation de la FNSEA présenté à Saint-Malo en mars. « Il s’agit d’affirmer que l’avenir de l’agriculture passe pas la croissance », rappelle Jean-Bernard Bayard, vice-président de la FNSEA. « Il y a des signes de déclin de l’agriculture française dans un contexte de distorsions de concurrence au sein même de l’Union européenne », avance-t-il : perte de compétitivité, menace de rupture entre les agriculteurs, les acteurs environnementaux et les pouvoirs publics sur la question de l’environnement, instabilité des prix et des revenus qui freinent les démarches à long terme...
« Mais il n’y a pas de fatalité, la réponse se trouve en bonne partie dans la croissance durable », affirme Jean-Bernard Bayard. La croissance durable, à l’instar du développement durable, se joue à 3 niveaux :
- une logique de croissance économique pour redonner de la visibilité aux producteurs. « Le rapport d’orientation de la FNSEA préconise un renforcement des interprofessions qui doivent être le lieu des débats. La place de l’agriculteur dans les filières doit être renforcée. Le regroupement de l’offre est un outil indispensable de gestion du marché », détaille Jean-Bernard Bayard ;
- la croissance durable doit allier performance économique et performance environnementale. « Produire plus et produire mieux sont 2 notions indissociables », affirme le rapport d’orientation de la FNSEA. Mais Jean-Bernard Bayard précise qu’il faut « refuser toute mesure environnementale qui serait source de distorsions de concurrence, les règles doivent coller à la réalité des exploitations ». Le rapport d’orientation prône le dialogue avec la société civile, qui a de fortes attentes en matière d’agriculture ;
- elle doit placer les hommes au cœur des préoccupations (volet social) avec un accompagnement (informations, formations, conseils de la part de la FNSEA et de son réseau). « Il faut aider les agriculteurs à intégrer les nouvelles exigences. »
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