Le Syndicat Agricole 09 mars 2017 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

Stéphane Le Foll en visite dans la région pour parler « bioéconomie »

Le ministre de l’Agriculture s’est rendu sur le site du groupe Roquette de Lestrem (62) pour évoquer la stratégie « bioéconomie » présentée cette semaine par le gouvernement.

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Pour Stéphane Le Foll, « la France doit devenir un leader de la bioéconomie en Europe ». © DR Le ministre de l’Agriculture et Édouard Roquette, président du conseil d’administration de Roquette. © DR

À quelques mois des élections présidentielles, la stratégie française de la bioéconomie semble enfin sur les rails. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui avait présenté la stratégie nationale en janvier dernier, est venu dans le Pas-de-Calais réaffirmer ses engagements. Il définit ainsi la bioéconomie comme « l’économie de la photosynthèse, et plus largement, du vivant ».

Les axes du programme français
Deux priorités ont été définies : la « mobilisation accrue et durable de la biomasse » et « l’optimisation de l’utilisation de la biomasse ». La stratégie doit permettre « d’intégrer dans une même perspective toutes les politiques publiques s’intéressant à la biomasse (projet agroécologique, initiative 4 pour 1000, plan énergie méthanisation autonomie azote, loi transition énergétique, Nouvelle France industrielle). » L’enjeu est de taille. Le ministère estime que deux millions d’emplois directs et indirects sont en jeu avec un chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros. Au-delà, l’enjeu est aussi environnemental, rappelle le gouvernement. La bioéconomie est un moyen de lutter contre le changement climatique.
Un comité stratégique réunissant tous les opérateurs économiques des filières de la bioéconomie (chanvre, forêt-bois, biocarburants, insectes, etc.) ainsi que les pouvoirs publics et la société civile, a été créé et s’est réuni pour la première fois le 7 mars. « Cette enceinte dédiée devrait notamment permettre de traiter les questions de normalisation et d’évolutions réglementaires ayant trait à la bioéconomie mais également d’aborder les éventuels conflits d’usage et de communiquer auprès du grand public », décrit le ministre. Sur la concurrence entre les débouchés, les pouvoirs publics insistent : l’objectif est de « trouver un équilibre satisfaisant entre sécurité alimentaire et besoins non alimentaires ».

Des actions concrètes à définir
Derrière la stratégie et son comité, le ministère entend mettre en place des actions concrètes. Sébastien Couderc, conseiller chargé des productions végétales et des biocarburants du ministre, explique que l’objectif est de mettre en place un plan d’actions. À la veille de se rendre dans les Hauts-de-France, le ministre a posé les principes de la trajectoire qu’il souhaite voir émerger : « le potentiel de la photosynthèse, sous-utilisé, mérite d’être mieux valorisé à travers les couverts végétaux pour réduire la fertilisation chimique et augmenter la production de biomasse et à travers la méthanisation des déchets. L’utilisation de toute l’énergie solaire sur tous les toits, les vitres et les routes permettrait de couvrir tous les besoins énergétiques ». Stéphane Le Foll ambitionne que le plan d’action soit lancé en avril, à la veille des élections. « Nous lançons le processus, d’autres décideront ensuite », a-t-il reconnu. Et d’ajouter : « Un tel projet doit être pris en compte sur le long terme, il faut que la France devienne un leader de la bioéconomie en Europe ».

L’exemple de Roquette à Lestrem (62)
Pour illustrer cette vision d’avenir, le ministre de l’Agriculture a visité, mercredi 8 mars, le site du groupe Roquette de Lestrem (62),  spécialisée dans la transformation de matières premières végétales : maïs, blé, pommes de terre, pois et microalgues. Figurant parmi les leaders mondiaux de l’industrie amidonnière, et partenaire du consortium « Protéines France », cette entreprise fournit les secteurs de la nutrition humaine, de la pharmacie-cosmétologie, du papier-carton ondulé, de la chimie-bioindustrie, et de la nutrition animale. « Roquette est un exemple de réussite de la bioéconomie depuis plusieurs dizaines d’années déjà », indique Stéphane Le Foll. « Votre société, qui combine dans son fonctionnement des performances économique, environnementale et sociétale est en cohésion avec la stratégie que nous souhaitons développer sur le territoire », a-t-il déclaré devant quelques salariés de l’usine et Édouard Roquette, président du conseil d’administration. « La France a tous les atouts pour valoriser au mieux ses ressources végétales, à condition d’éviter la surrèglementation franco-française qui viendrait nuire à ce développement », a répondu le dirigeant. Après son déplacement dans la région, le ministre se lance dans un tour de France pour défendre la biocéconomie. Plusieurs visites d’entreprises pionnières sont au programme de son agenda la semaine prochaine.

Simon Playoult Avec Agrapresse

Zoom sur... La place de la bioéconomie en Europe

La bioéconomie gagne du terrain chez nos pays voisins : Finlande, Allemagne, Italie, Pays-Bas... et d’autres encore au-delà du Vieux continent.
La Finlande est recouverte à 80 % par la forêt. Satu-Marja Tenhiälä, spécialiste en politique forestière pour l’Union centrale des producteurs agricoles et propriétaires forestiers de Finlande (MTK), est intervenue lors d’une conférence sur le sujet au Sima de Paris : « Le gouvernement soutient la filière bois. Aujourd’hui, il est utilisé en chimie, en textile, en carburants... » Le pays scandinave est probablement un des États européens les plus avancés en termes de bioéconomie qui représente 16 % de son PIB, 50 % provenant de ses ressources forestières. L’Italie, avec une surface à 90 % rurale, mise quant à elle sur la biodiversité présente sur son territoire. Fabio Fava, représentant italien dans le programme UE Horizon 2020, consacré aux enjeux de la bioéconomie, précise : « Nous devons exploiter cette biodiversité, l’explorer pour trouver de nouveaux produits de la chimie verte. » En Allemagne, Tilman Schachtsiek, chargé de mission au bureau bioéconomie du ministère allemand de l’Agriculture, explique que « la volonté politique de tourner le dos au nucléaire a été moteur dans le développement du biogaz. »
Si chaque bioéconomie est différente selon les territoires, un objectif est commun à tous les États : générer des revenus. Jan Van Esch, conseiller pour la stratégie et la recherche sur la bioéconomie au ministère de l’Économie des Pays-Bas, poursuit : « Face à la fin des quotas sucriers prévue par la politique européenne, les producteurs de betteraves se sont organisés. Aujourd’hui, 10 % de leurs revenus sont liés à la bioéconomie. » Le représentant de la France est plus direct. « On ne va pas être producteur de biomasse que pour le plaisir », a déclaré Daniel Peyraube, président de l’AGPM (producteurs de maïs). La juste répartition de la valeur au sein des filières de la bioéconomie est, comme dans les filières classiques, une condition nécessaire pour leur développement. Claude Roy, président du club des bioéconomistes, affirme qu’« il ne faut pas taxer les agriculteurs, mais valoriser les externalités positives. »


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