Le Syndicat Agricole 13 février 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Spiruline - Du fumier à la production de micro-algues

Un système de méthanisation agricole permettant de chauffer des bassins de spiruline est en cours de construction dans la région.

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Les algues de spiruline, riches en vitamines, protéines et minéraux, sont transformées en  « spaghettis » puis séchées. © Fédération des spiruliniers de Franc Gautier Meausoone, exploitant du projet, et Arnauld Etienne, conseiller à la Chambre. © DR La totalité du chantier a été réalisé par des entreprises régionales. Ici, les 4 digesteurs sur caillebotis en cours de construction. © DR

Il fut un temps où la mare aux nénuphars était au centre du corps de ferme, particulièrement chez les agriculteurs de l’Avesnois. Aujourd’hui, elle revient sur le devant de la scène, sous une forme plus moderne. Gautier Meausoone et son frère Gery, du Gaec de la Fresnaie à Frasnoy (59), construisent une unité de méthanisation sèche unique dans le Nord-Pas de Calais dont la chaleur servira à la production de spiruline, une micro-algue qui se développe en bassins d’eau chaude. Un projet précurseur qui pourrait être le fer de lance d’une nouvelle source de diversification pour les exploitants de la région.


« Une refonte complète de l’exploitation »
Tout a démarré il y a 6 ans lorsque Gautier et Gery Meausoone ont désiré intégrer une unité de méthanisation sur la ferme familiale. « Nous avons laissé mûrir le projet au fil de nombreuses visites et de recherches avant de bien le définir et d’y incorporer cette nouvelle fonctionnalité. La fabrication de spiruline nous a paru une bonne alternative, mais une refonte complète de l’exploitation a été nécessaire ainsi qu’un gros travail sur la partie administrative, qui est très lourde », souligne Gautier Meausoone qui a consacré une journée par semaine, de janvier 2012 à février 2013, à la réflexion et aux études réelles de la conception. Les agriculteurs ont souhaité dimensionner la nouvelle installation à la taille de l’exploitation, notamment avec le choix de la voie sèche et en gardant 70 % des intrants provenant de la propriété. Les travaux d’aménagement ont débuté en octobre 2013 pour une mise en production en avril ou mai prochain.

4 digesteurs sur caillebotis
Le fonctionnement est le même que celui d’une méthanisation sèche classique. Les déchets et le fumier de l’exploitation seront récupérés, ainsi que quelques déchets issus de la production d’un verger voisin (marc de pomme) et des tontes de pelouse de la collectivité. Ils seront ensuite placés au télescopique dans 4 digesteurs de 220 m3 chacun. « Le cycle d’un digesteur est d’environ 8 semaines . Le volume d’effluents est de 3 000 t par an. Une partie liquide s’écoulera sous les caillebotis et la partie solide fermentée produira le biogaz », explique l’agriculteur. Pour davantage de sécurité et afin de maximiser l’économie d’énergie, l’ensemble du processus sera recouvert d’un bâtiment pour une meilleure isolation et afin d’éviter les problèmes liés au vent ou aux chutes de neige. Un moteur de cogénération, d’une puissance de 110 kW électriques, produira l’électricité qui sera revendue à EDF. Au niveau de la valorisation de la chaleur, 20 % servira à alimenter le système et le reste sera utilisé pour chauffer les bassins de spiruline.


Spiruline : l’apparition d’un marché
À une centaine de mètres de l’unité de méthanisation, installés dans une parcelle indépendante afin d’empêcher tous risques sanitaires et mélanges de flux, deux bassins d’eau douce serviront à la production de spiruline. Il s’agit d’une algue bleue et verte, cultivée en raison de sa valeur nutritionnelle (cf. encadré). « La spiruline peut se multiplier 20 fois en 24 heures. Pour cela, elle a besoin d’une grande luminosité, d’une eau chaude, d’une température ambiante de 30 °C mais de très peu de profondeur », précise Gautier Meausoone. Les bassins mesureront 16 cm de profondeur, 25 m de long et 6 m de large chacun. Le tout recouvert d’une serre à double paroi. Après avoir subi une double filtration, les algues récoltées sont transformées en « spaghettis » puis séchées à basse température. « Nous envisageons d’en produire 400 à 500 kg par an, mais notre système de commercialisation et notre placement sur cette filière naissante n’est pas encore défini », poursuit l’exploitant. Le prix de la spiruline est très variable selon sa qualité et peut aller de 30 à 200 € le kg. « L’agriculteur pourra faire le choix d’une production intégrée au système de la ferme ou de se spécialiser dans une production haut de gamme avec un débouché territorial », indique Arnauld Étienne, conseiller référent énergie et biomasse à la Chambre d’agriculture de région. Actuellement, la France ne produit que 5 % de la spiruline qu’elle consomme, et le technicien croit en l’émergence d’une filière dans le Nord-Pas de Calais. « La production de spiruline peut permettre une bonne valorisation de la chaleur pour les unités de méthanisation agricoles de la région et peut apporter d’autres solutions de valeur ajoutée pour les exploitants ». D’autant plus que l’installation du Gaec de la Fresnaie prévoit la création d’un emploi à plein temps pour la gestion du processus.

Simon Playoult

La richesse de la spiruline

La spiruline est une cyanobactérie en forme de spirale, vieille de 3,5 milliards d’années. Découverte récemment, en 1961, par une équipe de chercheurs belges au Tchad, elle aurait été une source de nourriture pour les Aztèques jusqu’au XVIe siècle. Elle est une des seules sources de protéines non animales, avec le soja, à contenir tous les acides aminés essentiels.
Son analyse révèle qu’elle contient aussi de nombreuses vitamines et des anti-oxydants comme le bêta-carotène, ainsi que des minéraux et des oligo-éléments (calcium, phosphore, magnésium ou fer). En France, les producteurs spécialisés se situent principalement dans le Sud du pays, notamment dans le Var qui bénéficie d’un groupe de recherche.

Le Gaec de la Fresnaie : polyculture-élevage

- 110 vaches laitières.
- 147 hectares.
- 950 000 € : le coût global de l’installation (méthanisation + bassins de spiruline).

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