Le Syndicat Agricole 04 septembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Soins - Chevaux : lutter contre les insectes ailés

Taons, mouches et moustiques divers sont le lot quotidien de nombreux chevaux et induisent de nombreux désagréments plus ou moins graves.

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Il importe de bien prendre en compte les facteurs limitant la prolifération des insectes pour prévenir une infestation massive.
Il importe de bien prendre en compte les facteurs limitant la prolifération des insectes pour prévenir une infestation massive. - © L. Marnay

Le harcèlement par les insectes génère un stress chez le cheval qui se traduit par de la nervosité, une agitation, notamment de la tête, lorsque le cheval est monté. Au pré, il induit une modification du budget-temps du cheval, c’est-à-dire de la répartition dans la journée et du temps accordé aux activités telles que l’alimentation, le repos debout ou couché, les déplacements... L’activité des insectes génère également des désagréments tels que des conjonctivites, la surinfection de plaies, la transmission de maladies d’un animal à l’autre, telles que la fièvre West Nile ou l’anémie infectieuse (AIE). Enfin, une hypersensibilité à la salive des insectes piqueurs, notamment les culicoïdes (touchant jusqu’à 10 % des chevaux) est dans certains cas à l’origine d’une affection particulièrement invalidante : la dermite estivale récidivante équine (Dere).


Les principaux insectes incriminés
Le cycle de vie des insectes ailés comporte en général 4 phases (œuf, larve, nymphe et adulte). Les trois premiers stades se déroulent dans les zones humides (boue, vase, fumier, déjections), le dernier sur ou à proximité des animaux. Le cycle dure en moyenne de 3 semaines à 2 mois selon les espèces. Mouches, taons, moucherons, moustiques... sévissent particulièrement à la belle saison, d’avril à octobre avec un pic en juillet. Attirés notamment par la sueur des animaux, ils sélectionnent les zones de peau fine, souvent peu accessibles au cheval.
On distingue dans un premier temps les insectes piqueurs qui consomment du sang. Leur salive, qui favorise la piqûre (anesthésie locale) et la digestion ultérieure du sang est allergisante, déclenchant du prurit (démangeaisons) voire de la fièvre, une fatigue générale, des dermites plus ou moins localisées.
Les insectes se nourrissant des squames de peau ou de diverses sécrétions corporelles (larmes, tissus nécrosés), véhiculent des germes en passant d’un animal ou d’un support à l’autre, y compris les crottins.
Les culicoïdes sont quant à eux de petits moustiques dont seule la femelle est hématophage. Ils sont présents principalement dans l’ouest de la France, régions douces et humides. Leur piqûre induit des démangeaisons intenses. Les colicoïdes sont considérés comme le principal agent de la Dere (dermite estivale récidivante équine).
Les mouches plates (ou mouches araignées) sont des mouches d’environ 10 mm, que l’on trouve principalement sous climat doux, où elles vivent en permanence sur l’animal qu’elles parasitent. Elles affectionnent les zones sensibles (anus, périnée, intérieur des cuisses) où leur piqûre douloureuse et leurs mouvements engendrent des réactions parfois violentes. Les taons sont de taille et de répartition variable sur le territoire ; ils affectionnent la proximité des bois et les prairies humides. Leur piqûre, très douloureuse, a lieu principalement en pleine journée, gonfle et démange beaucoup. Elle génère des saignements qui attirent les autres insectes.
Les mouches domestiques consomment squames de peau et les sécrétions lacrymales, le sang issu des piqûres des taons, principalement aux heures chaudes. Se déplaçant d’un cheval à l’autre, elles sont vectrices d’affections telles que les conjonctivites.
Les gastérophiles ont une nuisance essentiellement associée au parasitisme interne de l’estomac causé par leurs larves issues d’œufs pondus sur les membres antérieurs, les lèvres, parfois la crinière du cheval et ingérés par léchage.


Prévenir une infestation massive
Supprimer complètement les insectes de l’environnement du cheval est aussi illusoire qu’indésirable. Néanmoins, il importe de bien prendre en compte les facteurs limitant leur prolifération.
Concernant la conception des infrastructures, il est important de réfléchir en amont à l’implantation des bâtiments, la localisation de la fumière, lieu de prédilection de nombreux insectes (son implantation doit se conformer aux dispositions du règlement sanitaire départemental), mais aussi à l’ambiance des bâtiments et notamment leur ventilation qui intervient sur l’ensemble des autres facteurs environnementaux. Il convient également de prendre en compte l’environnement proche : mares, zones d’eau stagnante, bétail. Ne pas hésiter à empierrer le sol dans les lieux de formation et de stagnation de boue.
Pour le bon fonctionnement des installations, veiller à l’hygiène générale par de bonnes pratiques d’élevage. L’objectif est d’entraver le déroulement des cycles des parasites en général, des mouches en particulier, en réduisant la population des générations futures. Ainsi, aux écuries, effectuez des curages intégraux fréquents, sans oublier les mangeoires et abreuvoirs et leurs abords ou encore assurer une vidange plus fréquente de la fosse à fumier à la belle saison. La désinfection se fait sur locaux nettoyés par pulvérisation du haut vers le bas des murs, du fond vers la sortie des bâtiments. Bien rincer ensuite mangeoires et abreuvoirs. Au pré, préserver les abris naturels (haies et arbres), laisser un accès aux abris d’herbages l’été mais y éliminer les crottins. Équiper l’entrée de lanières chassant les insectes du corps des animaux par contact, et enfin, gérer rapidement les fuites d’eau.
Observer les animaux permet de réagir aux premiers signes. Sortir les chevaux de préférence de nuit et tôt le matin, plutôt qu’aux heures chaudes (à l’exception des chevaux souffrant de dermite qu’il vaut mieux sortir avant 17 h). Lors de balades en extérieur, ne pas mettre un cheval sensible en tête, souvent plus attaqué que les suivants.


La lutte : moyens naturels, outils et matériel
Facteurs naturels permettant de limiter les nuisances occasionnées par les insectes, les protections naturelles du cheval sont à préserver, notamment lorsqu’il vit au pré : toupet, crinière, queue, frissons et gestes brusques. Le stationnement en groupe (position tête-bêche), permet à chacun de chasser les mouches de la tête de l’autre.
Pour les bâtiments, vous pouvez procéder à une désinsectisation, notamment avec des « pièges insecticides » sous forme de poudre à placer telle quelle ou à diluer et badigeonner. Ces produits sont à placer hors de portée des animaux et des enfants. De nombreux autres moyens existent :
- lampes fluorescentes associées à une grille haute tension ou des plaques encollant les insectes ;
- systèmes ultrasons qui agissent sur le système nerveux des insectes ;
- peintures insecticides à appliquer sur les murs ;
- fumigènes à utiliser dans les silos (vides) et les locaux (vides et fermés) ;
- pièges divers type ruban adhésif (commercialisé en rouleaux de 400 m).
La lutte biologique peut aussi être une solution, avec notamment :
- l’introduction de prédateurs naturels des espèces à éliminer placés sur les lieux de ponte ;
- huiles essentielles, répulsifs naturels à diffuser dans l’environnement ;
- ventilation active des bâtiments.
Sur les animaux, d’autres dispositifs sont conseillés :
- chemise intégrale ou « nid-d’abeilles » laissant circuler l’air mais protégeant le cheval des insectes ;
- franges fixées aux licols et masques divers utilisables au pré ou pour monter ;
- produits à appliquer : shampoings insectifuges, produits liquides, sprays, roll on... ;
- lutte biologique avec huiles essentielles, répulsifs (insectifuges) naturels dans l’environnement (pyrèthre) ou à faire manger (ail).
Penser également à en mettre sur soi lorsque l’on monte pour éviter que le cavalier ne soit à son tour couvert de mouches.


Laëtitia Marnay, IFCE

Article fourni par l’Institut français du cheval et de l’équitation et disponible sur www.haras­nationaux.fr

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