Une IGP pour reconnaître l’ail fumé d’Arleux
Pour être sous IGP, le cahier des charges détaille la manière traditionnelle de rassembler les têtes d’ail en tresse. - © DR
La démarche visant à protéger l’ail fumé d’Arleux des contrefaçons a été initiée en 2002. « L’objectif, explique Richard Boucherie, chargé de mission patrimoine légumier au Centre régional des ressources génétiques, est de lutter contre la disparition des producteurs de la région et d’éviter la vente d’ail sans garantie d’origine et de respect des méthodes traditionnelles de production. » C’est ainsi qu’en juin 2004, les producteurs se sont regroupés et ont créé, sous la présidence de Lucien Merlin (agriculteur à Arleux) le « Groupement des producteurs d’ail fumé d’Arleux ». Une dizaine d’adhérents s’est ensuite lancée dans la démarche d’Indication géographique protégée (IGP). Ce signe de qualité officiel, reconnu au niveau européen, certifie le lien entre le produit, le territoire et le savoir-faire. La « Protection nationale transitoire », première étape de l’enregistrement IGP, a été obtenue en juillet 2010. Depuis, l’ail fumé d’Arleux ne peut être produit que dans une zone protégée qui s’étend de Douai à Cambrai. Elle regroupe 62 communes situées autour d’Arleux (35 dans le département du Nord et 27 dans le Pas-de-Calais). La récolte 2011 a été la première à être sous protection. 5 producteurs se sont engagés dans le cahier des charges de l’IGP pour environ 10 ha : Lucien Merlin (Arleux), Marcel Nicaise (Fressain), MM. Pollart (Arleux), Éric Potdevin (Cuincy) et MM. Tricart (Lécluse).
Un cahier des charges pour garantir la qualité
Le cahier des charges impose en premier lieu de tresser et fumer l’ail. L’attachement au territoire d’Arleux et aux 61 communes qui l’entourent vient de la tourbe issue de la vallée de la Sensée, qui servait à l’origine à fumer l’ail. Autre raison : les sols limoneux de cette région, qui sont favorables à la plante. Cette culture si particulière se fait à petite échelle, car la récolte et le conditionnement sont presque uniquement manuels.
Les producteurs engagés dans l’IGP se font régulièrement contrôler par un organisme indépendant. Le cahier des charges exige, entre autres, une variété d’ail rose de printemps de type « ail du Nord », bien adaptée aux conditions climatiques. Les producteurs doivent utiliser au minimum 25 % de plants certifiés des variétés Arno et Gayant. Ces variétés aux fanes (feuilles) souples et sans hampe florale facilitent le tressage. De plus, leur forte dormance leur confère une bonne conservation.
Pour avoir l’estampille du signe officiel, l’ail doit bien sûr être emblavé dans l’une des 62 communes de la zone, et une rotation de minimum 8 ans doit être respectée.
Après la récolte, maîtriser l’art du bonchetage et du tressage en bouquets ou en liens de 3 à 120 têtes, tout comme le fumage, est également indispensable pour pouvoir vendre de l’ail fumé d’Arleux sous IGP.
Rejoignez les producteurs sous IGP
Aujourd’hui, le cahier des charges impose 25 % de plants certifiés car les quantités de plants sont insuffisantes. Le prochain objectif est de favoriser la production de plants dans le Nord-Pas de Calais, avec des variétés locales comme le Gayant qui ont une bonne tenue de conservation.
« Cette IGP a été créée pour protéger l’ail d’Arleux des contrefaçons qui nuisent à l’image de qualité du produit. Une plus large adhésion des producteurs est souhaitable pour que l’IGP prenne de la force », conclut Cathy Gautier, chargée de mission au Groupement de qualité Nord-Pas de Calais.
Marianne BOUTRY
Rencontre avec la famille Tricart, producteurs d’ail à Lécluse.
Une IGP pour perpétuer le savoir-faire et vendre un ail de qualité supérieure
Chez les Tricart, la production d’ail est une tradition. La récolte, le tressage et le fumage sont des moments privilégiés où plusieurs générations de la famille se retrouvent. Ces agriculteurs ont adhéré à l’IGP Ail fumé d’Arleux depuis début 2011. M. Tricart témoigne sur cet engagement :
« Nous sommes engagés dans la démarche tout d’abord pour contribuer à la pérennité de l’ail fumé d’Arleux. C’est un moyen de maintenir la qualité et le savoir-faire liés à cette culture. La quasi-totalité de notre production est vendue sur les marchés et les foires. Et lorsqu’on discute avec les consommateurs, on s’aperçoit que l’IGP est une garantie, un gage de qualité. La banderole « Ail fumé d’Arleux » et le logo IGP nous aident à capter de la clientèle supplémentaire et provoquent l’acte d’achat. Ce qui permet de mieux valoriser les liens d’ail. Au bénéfice du producteur, qui peut tenir des prix au-dessus de la moyenne. Pour notre première année de commercialisation sous IGP, nos ventes ont été très satisfaisantes.
Le cahier des charges est strict, mais applicable. Il encadre la production depuis le plant jusqu’au fumoir. Un organisme contrôle la traçabilité de l’ail : origine du plant, itinéraire cultural, manière de fumer avec de la sciure de bois pure, tressage, calibrage… Un numéro de lot suit le produit depuis la parcelle dans laquelle il a été cultivé jusqu’à son conditionnement. Ce numéro permet de retrouver la parcelle, la variété du produit et son producteur.
Pour le moment, seuls 5 producteurs font partie du groupement des producteurs d’Ail fumé d’Arleux. Je pense que pour sauver notre ail traditionnel, l’idéal serait que d’autres agriculteurs nous rejoignent. Plus nous serons, plus nous pourrons promouvoir nos produits et mutualiser la communication. Et pourquoi pas faire un groupement d’achat pour le plant ? Souhaitons que la dynamique Ail fumé d’Arleux, initiée par le maire d’Arleux, Patrick Masclet, le Groupement des producteurs (présidé par Lucien Merlin), les chargés de mission du Centre régional des ressources génétiques et du Groupement de qualité, se développe. Dans ce domaine, l’association Label Rouge Lingot du Nord est d’ailleurs un exemple où les producteurs ont su se regrouper pour valoriser leur produit. »
3 partenaires accompagnent les producteurs
- Le Centre régional des ressources génétiques/Espaces naturels régionaux ;
- Le Groupement de Qualité Nord-Pas de Calais ;
- Le Pôle légumes région Nord (Chambre d’agriculture).
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