Sécheresse: le réseau se mobilise
Le ministre de l’Agriculture a déclaré le 23 mai sur Europe 1: « (…) les autorisations de faucher (…) sont désormais levées, chacun peut faucher comme il veut, où il veut, sur le territoire français pour pouvoir nourrir les bêtes. » - © Le Syndicat Agricole
Le ministère de l’Écologie a annoncé que de nouveaux départements étaient soumis à des restrictions d’usage de l’eau. Au 25 mai, 47 départements étaient concernés et 5 autres avaient été placés en vigilance. De son côté, le ministre de l’Agriculture a lancé un appel à la solidarité entre céréaliers et éleveurs pour demander aux premiers de ne pas broyer la paille et de la céder à des prix raisonnables aux éleveurs qui n’ont pas suffisamment de nourriture pour leurs animaux. Bruno Le Maire s’est même fait menaçant : « Si d’ici 15 jours, nous n’observons pas, de la part de tous les exploitants agricoles, le niveau de solidarité conforme à ce que nous sommes en droit d’attendre de leur part, je prendrais des dispositions réglementaires nationales qui interdiront le broyage de la paille sur l’ensemble du territoire pour la mettre à la disposition des éleveurs », a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement, le 18 mai dernier.
Les éleveurs, déjà confrontés à la hausse du prix des aliments du bétail consécutive à la flambée des cours mondiaux de céréales, sont en première ligne et sont les plus exposés dans l’immédiat au déficit fourrager. La Fédération nationale bovine s’attend à une décapitalisation de 10 % sur le cheptel vaches allaitantes et à un effondrement des cours des gros bovins dans la foulée.
Côté céréales, la baisse des rendements est déjà inscrite dans les faits. Michel Portier, directeur d’Agritel, une société de gestion de risques, estime à 13 % la baisse des rendements moyens pour le blé : celui-ci n’atteindrait que 63,1 qx/ha, contre 72,5 qx/ha en 2010. La production, elle, serait en retrait de 11,5 % en raison de la hausse des surfaces emblavées l’automne dernier. Les chutes les plus importantes affecteraient le Poitou-Charentes, le Centre, l’Île-de-France, la Picardie et la Lorraine.
Plus grave qu’en 1976
Second producteur derrière la France, l’Allemagne est également touchée. L’Association des coopératives vient de revoir à la baisse à 22,3 millions de tonnes ses estimations de récolte, contre 25,5 millions au mois d’avril.
Néanmoins ces prévisions, en France comme en Allemagne, pourraient être corrigées si des pluies finissaient par arriver d’ici deux à trois semaines, au stade du remplissage des grains.
Dans un courrier à l’ensemble des parlementaires, députés et sénateurs, Xavier Beulin, président de la FNSEA, a tenu à les alerter de la nature des dégâts qui frappe les agriculteurs. Une sécheresse qu’il estime « plus grave qu’en 1976 » en raison des températures très hautes pour la saison qui se combinent avec un déficit pluviométrique important. Face à cette situation, « la FNSEA a pris ses responsabilités » indique-t-il, en demandant aux céréaliers de ne pas broyer les pailles et de garder le fourrage pour le cheptel. La FNSEA travaille également à l’élaboration de contrats type et à la mise en place de jumelage entre départements pour répertorier les disponibilités d’une part et les besoins d’autre part. Objectif : éviter la spéculation et mettre des fourrages à la disposition des éleveurs à un prix raisonnable.
Ceci étant, insiste le président de la FNSEA, la situation actuelle devrait nous faire réfléchir au stockage de l’eau. « Depuis 20 ans, pour des raisons idéologiques voire irrationnelles, notre pays a refusé de se donner les moyens pour stocker dans un cadre agricole. Ce n’est pas ou plus acceptable. » Avant d’appeler les députés et sénateurs à prendre des initiatives en ce sens.
Zoom sur… L’appel de la FNB aux pouvoirs publics
L’effet de la sécheresse commence à se faire sentir sur les marchés bovins. Les abatteurs affichent une volonté de baisse de 10 à 15 cts/kilo carcasse sur toutes les catégories en une semaine.
Faute de nourriture suffisante, les éleveurs n’hésitent pas à se séparer d’une partie de leur cheptel : les afflux sur les marchés sont plus abondants et les prix s’effondrent. D’où l’appel de la Fédération nationale bovine (FNB) aux pouvoirs publics, pour qu’ils prennent « des mesures exceptionnelles de grande ampleur ». À ce stade, la priorité est de stabiliser les cours en obtenant un renforcement des exportations par une hausse des restitutions et une mesure spécifique de stockage européen, « à des niveaux de prix réévalués par rapport aux normes communautaires en raison de l’explosion des coûts de production », précise la FNB.
Ces mesures de soutien au niveau communautaire doivent être relayées au niveau national par un plan d’aide à la trésorerie pour permettre aux éleveurs d’acheter de quoi nourrir leurs animaux. Aussi la FNB incite-t-elle ses sections bovines à se mobiliser et à interpeller les parlementaires pour les sensibiliser et obtenir leur appui pour des mesures publiques françaises et communautaires.
Précisions: Le gouvernement va réunir le fonds de garantie des calamités
Le gouvernement va réunir le fonds de garantie des calamités agricoles pour aider les exploitants et autoriser immédiatement le fauchage, alors que l’agriculture française, frappée par la sécheresse, est en crise sur plus de la moitié du territoire. Le fonds, qui est doté d’une centaine de millions d’euros, sera réuni d’ici fin juin, a annoncé le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire sur Europe 1. Le ministre va rassembler les préfets de région « dans les tout prochains jours » pour faire le point avec eux, « exploitation par exploitation, des besoins financiers », a-t-il précisé. « Le fonds va forcément être mobilisé », a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA. « Quand je vois l’état des fourrages, des pâtures, dans la plupart des régions de France, il est évident qu’on va en avoir besoin », mais cela passera par des expertises et « ne pourra se faire qu’à partir de juillet-août », lorsque les pleins effets de la sécheresse devraient être connus, a-t-il prévu.
Stockage de l’eau
La FNSEA, les JA, Orama et les Irrigants de France organisent le 28 juin à la Maison de la Chimie à Paris un colloque sur le thème : « Sécheresse : arrêtons de gaspiller l’eau ». Depuis des années, les représentants agricoles français demandent une vraie politique de stockage de l’eau. Jusqu’à présent, la réponse des pouvoirs publics n’a porté que sur la réduction arbitraire de la consommation d’eau, observent les organisations agricoles.
« Les agriculteurs se sont déjà engagés depuis plusieurs années sur la voie des économies d’eau en adaptant leurs pratiques. Mais la logique d’économie a ses limites car l’agriculture ne peut se passer d’eau » estiment les organisations agricoles. Comme le montre la situation actuelle. Les difficultés que rencontre l’agriculture pourraient être en grande partie évitées par une vraie stratégie de stockage de l’eau. D’ailleurs, sur les 170 milliards de m3 efficaces qui tombent chaque année sur notre territoire, il suffirait d’en stocker 300 à 400 millions, soit 0,2 % pour pallier aux situations de sécheresse.
Vos réactions
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je propose de récolter douze hectares de paille et de la mettre à disposition des éleveurs .Pouvez vous m'indiquer la marche à suivre
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