Gérer son silo pour ne pas trop perdre en qualité
« Il faut adapter son arrachage en fonction de sa date d’enlèvement », avance Suzanne Blocaille de l’ITB. - © DR
L’Irbab constate que, en plus des conditions météo, le réglage des machines a un impact : « une intensité accrue des organes de nettoyage lors de l’arrachage augmente les pertes dues à la respiration et les moisissures sur les tissus blessés ». L’Irbab note aussi un effet variété : « Des différences entre variétés peuvent être mesurées pour de longues conservations et des arrachages difficiles ». Mais l’Institut tempère : « Toute variété arrachée dans de bonnes conditions se conservera mieux que n’importe quelle variété arrachée dans des conditions difficiles ».
Adapter sa date d’arrachage
C’est un élément essentiel à prendre en compte. « Il faut adapter son arrachage en fonction de sa date d’enlèvement », avance Suzanne Blocaille de l’ITB. Elle rappelle que « la betterave évolue à l’intérieur du silo et sa teneur en sucre diminue à cause de la respiration, du gel et du dégel, de la repousse ou encore du développement des pourritures. » L’ITB estime qu’en moyenne, les pertes en sucre (fixes et variables) sont de 5 % à 40 jours de stockage de betteraves à 18° de richesse.
Concernant le développement des pourritures, c’est la température qui est déterminante. On considère qu’un niveau d’attaque important (gravité supérieure à 1 %) est constaté en moyenne à partir d’une somme cumulée de température de 270-300° jours. Suivant la date de récolte et l’année, cette somme n’est pas atteinte au même moment. Par exemple, pour un ramassage entre le 15 et le 31 décembre, il faut éviter d’arracher avant la fin octobre. Pour un enlèvement fin janvier, la fenêtre d’arrache est très courte, car après la fin novembre, les conditions deviennent trop difficiles.
On note également des « facteurs parcelles ». « Les sols à cailloux peuvent entraîner des blessures supplémentaires et les sols de craies sont, eux, plutôt favorables à la bonne conservation du silo. Enfin, en cas de maladie de racines au champ, la longue conservation est aussi à éviter », précise Suzanne Blocaille.
Des écueils à éviter pour limiter les problèmes de stockage
Quand c’est possible, la spécialiste préconise de retarder la date de récolte pour ne pas dépasser les 270° jours de stockage, tout en restant dans de bonnes conditions. Si l’on ne peut pas attendre, voici les règles à respecter selon l’ITB :
- éviter d’arracher si des températures chaudes (> 13°) sont prévues pendant la semaine suivant la récolte ;
- favoriser les betteraves peu scalpées ;
- limiter les blessures en réduisant l’agressivité du nettoyage et récolter dans de bonnes conditions ;
- enfin, éviter d’abîmer les betteraves lors du chargement de la benne et de la confection du silo.
Virginie Charpenet
zoom sur...La jupette, une innovation belge
Une fois le tas constitué, il faut le conserver dans les meilleures conditions possibles jusqu’à l’enlèvement. Objectif : ne pas trop perdre en quantité et en qualité. Pour ce faire, dans un contexte d’allongement de la durée des campagnes, le bâchage est devenu une étape indispensable. Il permet notamment de protéger les betteraves contre le gel.
L’ITB rappelle que « le bâchage a d’autant plus d’impact qu’il est utilisé dans des silos en fin de campagne, avec des tares plus élevées et des durées de stockages plus longues ». Il existe 2 types de bâches :
- la bâche Toptex : une toile blanche en polypropylène, non-tissée, perforée de petits trous d’aiguilles ;
- la bâche noire en plastique.
La bâche Toptex est efficace pour aérer et assécher le tas après l’arrachage et aide à réduire la tare terre. De plus, elle protège les betteraves de la pluie et des premiers froids. En revanche, elle ne protège pas contre le gel. C’est pourquoi l’Irbab a mis en place une solution alternative à la bâche plastique pour le surbâchage des tas en cas de prévisions de fort gel. Le principe consiste à protéger la base du tas de betteraves contre le gel à l’aide d’une « jupette ». Il s’agit en fait d’une bâche équipée de bandes auto-agrippantes cousues sur toute la longueur et sur les côtés, permettant de la fixer sur la bâche Toptex. La jupette ne nécessite pas de lest et se retire facilement. Elle permet également d’évacuer la neige à la base du tas.
zoom sur...Le paillage du silo
Autre innovation, proposée par Tereos, pour protéger les betteraves du froid : le paillage du tas. La technique est expérimentée par la coopérative depuis 2008. « Dans certains cas, quand le tas est très grand et qu’il n’y a pas assez de main d’œuvre par exemple, le remplacement de la bâche noire ou Toptex par de la paille est une solution », estime Jean-Michel Chassine, responsable du service agronomique de Tereos. Des essais ont été menés avec de la paille hachée (< 5 cm) posée grâce à des pailleuses hacheuses ou des ensileuses sur une épaisseur de 10-15 cm. Pour que le paillage soit efficace, le silo doit être déterré et la paille doit être de bonne qualité. D’après les résultats obtenus, le silo paillé a montré une protection similaire à une protection Toptex. Son efficacité est légèrement inférieure à une bâche PVC noire, mais la paille présente l’avantage de ne pas réchauffer le silo en cas d’adoucissement des températures. En 2010, Tereos a paillé 80 000 t de betteraves, pour la campagne en cours, ce sera 400 000 t.
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