Le Syndicat Agricole 15 février 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Risques pour la santé : les salariés du secteur hippique particulièrement concernés

Les salariés du secteur hippique sont exposés à de nombreux risques, tant au titre des accidents de travail qu’au niveau des maladies professionnelles.

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3 accidents sur 4 sont liés à un contact direct avec l’animal, la moitié suite à une chute de cheval et l’autre moitié à côté de l’animal.
3 accidents sur 4 sont liés à un contact direct avec l’animal, la moitié suite à une chute de cheval et l’autre moitié à côté de l’animal. - © S. Leitenberger

La filière hippique avait, en 2012, le plus fort taux de fréquence d’accidents de travail de toutes les branches agricoles, voire de toutes les branches professionnelles. Représentant 1,3 % des salariés agricoles, elle est la source de 4,7 % des accidents avec arrêt de travail, 4,6 % des accidents graves non mortels et 4 % des accidents mortels. Taux de fréquence et taux de gravité sont parmi les plus forts.
Trois accidents sur quatre sont liés à un contact direct avec l’animal, la moitié suite à une chute de cheval et l’autre moitié à côté de l’animal, avec des variations selon la spécificité des régions. Une étude parue en 2000 faisait ressortir que les bousculades étaient plus souvent à l’origine de fractures (33 %) que les coups de pied (20 %) avec des arrêts de travail plus longs (29 jours contre 13). En interrogeant un salarié, deux réponses reviennent invariablement : « on travaille avec du vivant » ou « c’est comme ça, c’est la fatalité ».
Actuellement, les pistes de réflexion sont basées sur l’amélioration de la relation homme/animal pour augmenter la sécurité. Une analyse approfondie des « cofacteurs » de ces accidents n’existe pas. C’est ce que souligne dans sa thèse H. Pasquet : « L’analyse des facteurs de risque apparaît comme étant l’étape essentielle pour prévenir les accidents ». Il ajoute : « Selon les praticiens interrogés, 20 % des accidents n’auraient pas pu être évités » 80% auraient-ils pu être évités ? Pour l’INRS, « Les accidents de travail ne résultent jamais d’une cause unique. Ils sont la conséquence d’une combinaison de facteurs ».
L’origine d’un accident peut sembler évidente : organisationnelle (salarié qui devait séparer seul un troupeau de poulinières en deux groupes), matérielle (cheval tenu par un élastique à bâche), humaine (salarié qui voulait attraper un cheval en s’approchant par derrière), sans oublier l’animal. Pourtant, il est nécessaire de cerner le dysfonctionnement qui a créé l’accident. Manque de temps et de personnel sont souvent évoqués. Une étude effectuée dans différents haras d’élevage a montré des différences d’organisation où des haras planifiaient leurs tâches alors que d’autres travaillaient au coup par coup. Le facteur humain est également un facteur à explorer, dans ce domaine où le déni du risque semble fort. Certaines pratiques sont potentiellement génératrices d’accidents comme la conduite en groupe (25 % des accidents de conduite en mains dans l’étude 2013), l’alimentation au pré (7 accidents).
Ce manque de travaux en amont ne permet pas de cerner le rôle exact des structures. Il est pourtant possible de s’interroger sur l’influence des installations dans la survenue de certains accidents : préparation des chevaux ou soins vétérinaires dans des locaux non dédiés, voire au pré par une personne seule, structures inadaptées, intriquant zones de travail des chevaux et circulation des véhicules par exemple.


Les maladies professionnelles
L’influence des structures est certainement plus prégnante dans le développement des maladies professionnelles. L’organisme réagit à des expositions prolongées à l’origine de maladies professionnelles.
La nature physique du travail dans le secteur hippique (déplacements multiples, port de charges, postures défavorables, etc.) n’est pas contestée, mais il n’est pas certain qu’il y ait conscience de la charge de travail réelle.
Des pistes de réflexion et des préconisations ont pu être formulées pour faciliter les tâches :
- conception diminuant les déplacements ;
- diminution des postures défavorables et des travaux au sol ;
- utilisation de matériel adapté.
Beaucoup de ces solutions semblent relativement simples mais souvent difficiles à modifier bien qu’uniquement liées à des « habitudes ». Des solutions plus complexes existent également telle la mécanisation du curage.


Les affections respiratoires
En présence d’un aérosol (poussière, gaz, vapeur), l’appareil respiratoire peut réagir par une réaction « individuelle » liée au sujet (réaction allergique), ou de façon non spécifique, liée à la molécule, par irritation ou surcharge déclenchant le même type de réaction chez la plupart des individus. Les pathologies non spécifiques n’ont pas de particularité médicale, peu de marqueurs biologiques d’exposition, peu de données expérimentales ; il est donc difficile de connaître avec exactitude le nombre des salariés atteints. La symptomatologie est commune (toux, crachats, etc.) et peut évoluer vers une BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive).
Dans la filière hippique, on note une augmentation des affections respiratoires. L’empoussièrement des locaux est évident (manipulation de paille, de foin, balayage). Les concentrations réglementaires en poussières semblent régulièrement dépassées et susceptibles d’être à l’origine des troubles respiratoires.
Dans une écurie, les constituants de l’atmosphère ne sont pas seulement composés de poussières végétales, mais aussi de nombreux autres éléments tels que des allergènes animaux, des bactéries, des spores fongiques, des endotoxines. On y trouve également de l’ammoniac, et des résidus de phytosanitaires ou de biocides.


Manifestations allergiques
Les affections respiratoires de mécanisme allergique déclarées sont plus fréquentes dans ce milieu tant par rapport aux autres secteurs agricoles que par rapport au régime général. Parmi les allergènes les plus courants, on trouve les allergènes animaux et les biocides, dont l’ammonium quaternaire.
Or, ces « produits » sont souvent rencontrés en secteur hippique, pour les animaux évidemment, mais aussi les biocides pour la désinfection des locaux. Un recensement des produits agréés pour la désinfection des locaux avait dénombré 114 molécules dont de nombreux ammoniums quaternaires.
Les manifestations irritatives n’ont pas, médicalement, de caractère spécifique. Pourtant, elles semblent plus nombreuses en milieu agricole et, dans l’atmosphère des écuries, on retrouve nombre de molécules irritantes bien connues (ammoniac des urines, endotoxines, etc.).
La diminution des aérosols en suspension dans l’air doit être recherchée pour infléchir cette tendance. Par l’amélioration de la ventilation (ventilation naturelle lors de la conception ou assistance à la ventilation), ou par une diminution de l’émission des poussières (curage par aspiration des litières, humidification des sols avant le balayage).
Pour terminer, il sera fait un rappel au Code du travail stipulant que l’employeur se doit d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des salariés. Il est possible de se reporter au même Code du travail pour connaître les différentes normes d’empoussièrement, de luminosité, de bruit des locaux de travail, ainsi que la réglementation sur la manutention et les autres risques spécifiques (chimiques, biologiques, etc.).

Marc Mouton, docteur en médecine, médecin du travail
MSA Mayenne-Orne-Sarthe

Article fourni par l’Institut français du cheval et de l’équitation et disponible sur www.haras­nationaux.fr

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