Le Syndicat Agricole 10 septembre 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Résignation… ou détermination ?

La FRSEA et les JA Nord-Pas de Calais, associés aux départements du Nord Bassin Parisien, sont pleinement investis dans le combat et restent mobilisés.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La région s’est fortement mobilisée tant à Paris qu’à Bruxelles.
La région s’est fortement mobilisée tant à Paris qu’à Bruxelles. - © DR

Depuis des mois, la souffrance et l’exaspération ont enflé dans nos campagnes. Réforme de la PAC, zones vulnérables, chute des prix pour toutes les viandes, le lait, les céréales, le sucre, complexification et alourdissement des charges (compte pénibilité, taxes sur les produits phytos…). Il fallait que la colère s’exprime car elle est plus que légitime et les agriculteurs sont en droit d’attendre des réponses et des solutions. Malgré les avertissements successifs (et on peut reprendre les communiqués et les revendications de la FNSEA depuis la réforme de 2002), la Commission européenne a engagé l’agriculture dans une politique libérale et environnementale. Nous allions dans le mur car c’est incompatible avec l’agriculture de territoire que nous revendiquons. Comment maintenir une agriculture diverse et active si l’on considère que le curseur de prix est le lait extensif de Nouvelle-Zélande, la viande des immenses pampas argentines ou des feed lot aux hormones des USA, le blé ukrainien, le sucre brésilien ou la fraise marocaine ? Bien sûr que notre rôle est de fournir aux citoyens européens une alimentation de qualité à un prix accessible pour tous, mais pas à n’importe quel prix. Si l’on veut assurer la pérennité de l’approvisionnement alimentaire d’origine européenne et une agriculture répartie sur les territoires alors il faut des stabilisateurs volume-prix. Il n’est pas question de choisir entre le repli sur soi et le libéralisme à tous crins, mais bien d’affirmer une politique de sécurité alimentaire, quantité et qualité, et de pouvoir répondre aux besoins des populations qui ne peuvent couvrir sur place leurs besoins alimentaires. Il n’y a que les écologistes les plus dogmatiques pour penser que tous les pays ont le potentiel agronomique et climatique d’assurer les besoins alimentaires de leur population.
Mais dans une PAC que nous voulons recalibrée, la France ne peut pas être à la traîne. Le manque de volontarisme depuis de nombreuses années a entraîné la dégringolade de notre agriculture dans le concert des puissances agricoles. C’est donc potentiellement moins d’installations et moins d’emplois, perdus par manque de compétitivité. Dans un marché qui se veut unique, la liberté de circulation des produits doit s’accompagner d’une équivalence des charges et des contraintes. C’est loin d’être le cas. Les réponses apportées après la manifestation de Paris ne font pas le compte, c’est le moins que l’on puisse dire. Une consolidation des remèdes à court terme, mais pas de traitement sur le fond. Rien sur les négociations commerciales. L’autorité de la concurrence peut encore étrangler la filière endivière ou laitière ou même la filière de la saucisse de Morteau mais continuera à encenser le regroupement des enseignes de distribution qui bénéficie d’une incroyable connivence politique. Les pouvoirs politiques qui se sont succédés ont tous préféré, sous couvert de pouvoir d’achat, sacrifier les outils de productions, agricoles ou autres, pour le « panier de la ménagère ». Ils avaient oublié que nos emplettes sont nos emplois.
Rien non plus sur l’évolution de la fiscalité qui ne nous permet pas de mettre de côté les années fastes pour les années difficiles. Rien sur l’emploi en agriculture non plus pour les nombreux agriculteurs employeurs asphyxiés et découragés par une réglementation incohérente et des risques juridiques de plus en plus grands.
Le Premier ministre a annoncé une pause dans la réglementation et un changement de méthode de travail. Nous attendons de voir. Les sujets ne vont pas manquer : mise aux normes, plan Ecophyto, cours d’eaux, compte pénibilité… Nous jugerons à ce moment-là.
Nous attendons surtout la définition d’une vraie ambition agricole, nationale et européenne. Celle qui redonne de la confiance et de la perspective, celle qui permet l’installation des jeunes et dynamise les territoires. Si nous sommes déçus par des réponses sous-dimensionnées, nous n’en sommes pas pour autant résignés. La profession sait par son unité, sa solidarité et surtout par son envie de vivre, organiser et réussir des mouvements qu’aucune autre corporation ne peut imaginer. Gardons cette force. Il n’y a pas d’autres solutions pour pousser nos dirigeants à avancer sur les vraies solutions. Il est trop facile, pour ceux que cette force dérange, d’organiser le dénigrement et la suspicion. La FNSEA, ce sont ses adhérents avant tout. Le syndicalisme, c’est la promotion de l’Homme. L’économie au service de l’installation et de la promotion humaine et non le contraire. Nous ne sommes pas au bout du chemin mais nous savons où nous voulons aller. Comme dit le dicton : « Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ».

C.Durlin, membre du bureau de la FRSEA

Point de vue de Luc Smessaert, président de la FNSEA Nord Bassin Parisien et membre du bureau de la FNSEA

« Des avancées et un combat qui continue »

1 200 tracteurs et 3 000 personnes : les FDSEA du Nord Bassin Parisien étaient au rendez-vous le 3 septembre dernier et en nombre, à l’appel de la FNSEA-JA. Je tiens à remercier les agriculteurs pour cette mobilisation, sans accident ni incident. La FNSEA et les JA ont démontré une fois de plus leur capacité d’organisation et leur sens des responsabilités malgré la forte détresse.
Le Premier ministre a fait des annonces portant sur le court et moyen terme. Il nous faut capitaliser là-dessus. À court terme, les agriculteurs en situation difficile seront aidés. L’année blanche devra être élargie à nos exploitations les plus en difficulté. L’objectif à atteindre est une restructuration des dettes. La diminution pour tous de 376 € de MSA, pour les cotisations maladie, est un premier pas intéressant dans la baisse des charges. Les enveloppes de soutien FAC et prise en charge MSA doivent être complétées pour toucher toutes les exploitations de notre région en difficulté dont celles en polyculture-élevage.
Concernant les prix, nous serons extrêmement vigilants à la stricte application des accords et à la transformation des paroles en actes. Le travail doit se poursuivre pour consolider les prix par la contractualisation, l’amélioration de l’efficacité des OP et la segmentation des marchés. À moyen terme, nous engrangeons également des avancées dont la pause normative. Elle doit être totale. Aucune réglementation nouvelle ne doit sortir. Les projets en cours doivent être enterrés. En matière de fiscalité, nous devons obtenir une baisse de l’assiette de calcul fiscal et social. La réforme des outils DPI et DPA va dans le bon sens. Ils devront être proportionnels aux chiffres d’affaires des exploitations et souples de réintégration. Le 3 septembre, nous avons reçu un très bon accueil des Parisiens. Leur soutien à la mobilisation, aux agriculteurs et aux territoires ruraux a fait chaud au cœur. Il doit maintenant se traduire dans leur consommation alimentaire. Le slogan « produire français » pour manger français prend tout son sens. Le combat continue.

Merci à tous !

Les bureaux de la FRSEA et des JA remercient l’ensemble des agricultrices et agriculteurs qui se sont investis pour préparer et participer aux manifestations de Paris et Bruxelles. Ce sont près de 1 500 personnes de la région qui se sont mobilisées pour ces deux grands rendez-vous. Nous remercions également les partenaires qui ont apporté leur soutien pour financer les bus, la nourriture et fournir l’assistance technique dans les convois de tracteurs (voiture atelier, cuve à fioul, porte-chars…).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui